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vendredi, avril 9, 2021
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Tueries à Beni: « Les ADF sont une filiale de l’État islamique, il faut les prendre au sérieux si on veut mettre fin aux tueries » ( Nicaise Kibel’bel )

Depuis plusieurs années déjà l’opinion tant nationale qu’internationale se pose des sérieuses questions sur les séries des tueries en territoire de Beni à l’Est de la République Démocratique du Congo.

Des analystes et autres observateurs cherchent à comprendre l’origine et les mobiles des criminels, leurs modes opératoires mais également les manœuvres et les objectifs derrière cette entrepris macabre.

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Nicaise Kibel’bel, journaliste d’investigation a accepté de nous livrer son analyse sur ce groupe terroriste opérant à Beni qui endeuille ce territoire de la RDC depuis plus d’une décennie.

Journaliste : Monsieur Nicaise Kibel’bel Oka, vous êtes journaliste d’investigation, l’État islamique a revendiqué la dernière attaque contre les casques bleus. Comment réagissez-vous à cette revendication.

Nicaise Kibel’Bel Oka : Cette revendication ne m’étonne pas puisque nous avons toujours dit et écrit que les ADF sont des jihadistes et que ce qui se passe dans la région de Beni relève du terrorisme islamiste. Il est donc normal que cette revendication recadre les choses pour les incrédules.

Journaliste : Comment pouvez-vous trouver cela normal alors que des experts des Nations-unies, les médias internationaux ont donné des preuves que ce sont des FARDC qui tuent la population de Beni ?

Nicaise Kibel’Bel Oka : Les gens dont vous parlez se sont mis à raconter des histoires comme à l’époque de la tradition orale c’est-à-dire sans aucune preuve. Soit ils ne connaissaient pas la nature et l’identité de l’ennemi, soit ils le faisaient par mauvaise foi dans le but de nuire. Lorsque vous lisez le rapport des experts des Nations-unies, nulle part on vous donne des preuves. C’est toujours : « notre contact a raconté… ». Personnellement, j’ai eu à échanger avec le Groupe d’étude sur le Congo (GEC) et je leur a démontré que les allégations contenues dans leur rapport était fantaisiste. Ils ne m’ont jamais contredit. Vous parlez des médias ? Y-a-t-il dans cette région médias mieux informé que le journal Les Coulisses sur ces questions ?

Journaliste : Vous doutez aussi des déclarations de la société civile et de Mbusa Nyamwisi, le leader de la région qui a même cité nommément le général Akili Mundos comme commandant des tueurs ADF et FARDC ?

Nicaise Kibel’Bel Oka : Je ne vous demande pas de me croire de même je vous déconseille de prendre des déclarations de gens comme parole d’évangile. Nous sommes dans une société de l’écrit selon la formule consacrée : pièce contre pièce. Donnez-moi des preuves tangibles qui attestent que les FARDC sont des tueurs de la population de Beni. Vous êtes libres de prendre les déclarations de monsieur Mbusa Nyamwisi comme monnaie comptant mais je vous conseille de lui demander des preuves de ce qu’il a allégué en 2014. Je peux mettre mon doigt à couper. Monsieur Mbusa Nyamwisi n’a aucune preuve de ses allégations. Ses pompeuses déclarations me rappellent le fameux massacre des étudiants de l’université de Lubumbashi. Vous connaissez Jean Nguz Karl-i-Bond, ancien ministre des Affaires étrangères de Mobutu comme Mbusa Nyamwisi sous Joseph Kabila ? L’histoire se répète dans notre pays. J’ai cru entendre qu’il a mis de l’eau dans son vin. Il reconnaît enfin que ce ne sont plus les FARDC mais des ADF qui tuent sa population et il aurait même demandé que l’armée ougandaise (UPDF) vienne au secours des FARDC.

Journaliste : Vous soutenez aussi que la société civile n’a aucune preuve que ce sont les FARDC qui tuent la population ?

Nicaise Kibel’Bel Oka : Elle n’a aucune preuve. Elle s’était emportée sans trop savoir qu’elle sera rattrapée par le temps. Parce qu’en décembre 2013, bien avant le lancement des opérations Sukola I, la même société civile avait déclaré dans un reportage vidéo sur la chaîne française France 24 que les ADF sont des terroristes islamistes et que c’étaient eux qui tuaient la population de Beni. Nous le disons avec force et sans peur d’être contredit : ceux qui tuent dans Beni, ce sont des jihadistes islamistes de MTM/ADF ainsi que leurs béquilles qui sont des groupes armés communautaires. Voilà pourquoi les revendications de l’État islamique ne nous étonnent pas. Ce n’est pas Ebola pour attendre que le laboratoire d’Atlanta aux Etats-Unis ou l’OMS puisse attester la réalité des ADF. Si la MONUSCO n’en tire pas de leçon depuis l’attaque du PK 48 en décembre 2017, elle continuera à subir des embuscades.

Journaliste : Que dites-vous du dernier rapport publié sur les violations des droits humains à Beni ?

Nicaise Kibel’Bel Oka : Chacun fait son travail. De façon générale, je dirai que c’est le meilleur rapport produit à ce jour. Toutefois, je note que le BCNUDH et la MONUSCO ne veulent pas désigner correctement les ADF même alors qu’ils signalent que le recrutement de leurs éléments se fait essentiellement au sein de la communauté musulmane et qu’ils disent clairement sans détour que les ADF entretiennent un réseau international de recrutement de combattants. Pourquoi ont-ils ont honte ou peur de reconnaître que parmi ceux qui tuent la population, nombreux sont des jihadistes islamistes ?.

Journaliste : Avez-vous un message par rapport à cette insécurité ?

Nicaise Kibel’Bel Oka : Mon peuple périt par ignorance, et, malheur aux peuples qui rêvent et croient aux leaders.
Notre pays notamment dans sa partie est fait face au terrorisme islamiste des ADF/MTM qui est une filiale de la mouvance islamiste Etat islamique dans la Province de l’Afrique centrale (IS-CAP) mais également des groupes armés locaux. Si nous continuons de rêver pour des raisons d’égoïsme politique, si nous prenons plaisir à diaboliser et à vilipender les FARDC, notre seule armée nationale, si nous restons dans la vision du tribalisme communautaire et si nous croyons plus aux étrangers qu’à nous-mêmes, alors nous ferons le lit des apôtres de la convoitise des nos ressources du sol et du sous-sol, partant de la balkanisation du pays. Nous devons prendre conscience que l’ennemi peut utiliser certains compatriotes pour arriver à ses fins. Le peuple congolais doit être vigilant mais surtout très actif dans la défense de son pays, en travaillant pour la paix, l’unité nationale et son bien-être.

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