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mardi, mars 9, 2021
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L’ONU prend Kinshasa à contre-pied

A partir du 1er avril 2018, la Monusco sera largement impliquée dans le processus électoral et la mise en œuvre de l’accord du 31 décembre 2016.Kinshasa, qui espérait à la réduction sensible de la présence des casques bleus de même que leur mise à l’écart du processus électoral. Le nouveau mandat accordé mardi à la Monusco par le Conseil de sécurité prend à contre-pied le pouvoir de Kinshasa. 

Le Conseil de sécurité a accordé, le mardi 27 mars 2018, un nouveau mandat à la Monusco. C’est à l’unanimité de ses membres – la Chine comprise – que l’organe de décision des Nations a pensé fournir à sa mission en RDC plus de moyens et assez de marges de manœuvres pour imposer la paix en RDC. Et si pour l’ONU, la paix en RDC passe par des élections inclusives, selon le chronogramme fixé par la Céni, le Conseil de sécurité estime que la Monusco devrait accompagner toutes les étapes ce processus, et non se mettre à l’écart.

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A partir de ce 1er avril, date d’entrée en vigueur du nouveau mandat de la Monusco, c’est une mission des Nations unies totalement reconfigurée qui va se déployer sur l’ensemble du territoire de la RDC. Le nouveau mandat charge aussi la Monusco d’aider à la préparation des élections, tout en ayant un droit de regard sur la conduite des opérations par la Céni.

Frustrations à Kinshasa

La résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui proroge, tout en renforçant, le mandat de la Monusco, est un cuisant échec diplomatique pour Kinshasa. En effet, depuis toujours, Kinshasa n’a cessé de plaider pour le désengagement progressif des troupes des Nations unies opérant sous le label de la Monusco. Quant à la mise en œuvre du processus, Kinshasa s’était montré plutôt favorable à une mise à l’écart des Nations unies, brandissant par moment l’argument de la souveraineté pour justifier son droit de conduire ce processus à sa guise.

Il se fait cependant que la résolution adoptée, mardi dernier, par le Conseil de sécurité s’oppose dans ses points majeurs à tout ce que pouvait espérer Kinshasa. Car, non seulement les Nations unies prorogent le mandat de la Monusco, mais également elles envisagent la possibilité pour la Monusco de faire appel aux troupes des Nations unies positionnées dans certains régions limitrophes en cas de nécessité. C’est tout dire.

Sur ce point précis, la résolution « souligne la nécessité de faire tout ce qui est possible afin d’assurer que les élections du 23 décembre 2018 soient organisées avec les conditions requises de transparence, de crédibilité, d’ouverture et de sécurité ». Ce qui n’est pas loin des fondamentaux retenus dans l’accord politique du 31 décembre 2016 négociée sous l’égide de la Cenco (Conférence épiscopale nationale du Congo).

Une fois de plus, le Conseil de sécurité repose le principe de l’inclusivité des élections de décembre 2018 pour donner une chance à la RDC de réussir la première alternance démocratique de son histoire. Autrement dit, le Conseil de sécurité redoute de la volonté de Kinshasa de donner la chance à tout le monde de concourir équitablement aux prochaines élections. Aussi a-t-il décidé de s’impliquer davantage dans le processus électoral à travers sa résolution 2409.

Cette position des Nations unies renvoie directement à l’épineux problème de la décrispation politique marquée spécialement par le maintien en détention de certains acteurs politiques (Eugène Diomi Ndongala, Jean-Claude Muyambo, et Franck Diongo) et la condamnation à l’exil forcé de Moïse Katumbi, candidat déclaré à la prochaine présidentielle. Le Conseil de sécurité recommande à sa mission en RDC d’y veiller avec minutie, de l’inscription des électeurs aux scrutins du 23 décembre 2018 jusqu’à la passation du flambeau au sommet du pouvoir attendue le 12 janvier 2019.

A lire entre les lignes, les Nations unies ont ignoré les agitations de Kinshasa en refusant de se comporter en spectateur en RDC. Avec raison car, la situation politique se dégrade au jour le jour. C’est une mission des Nations unies tournée vers l’action qui se met en œuvre à partir de ce 1er avril 2018. En réalité, le Conseil de sécurité a tiré les leçons de toutes ces années de passivité. Il a aussi d’une certaine manière cerné les intentions du pouvoir en place qui veut, en contrôlant totalement la machine électorale, s’assurer de protéger son régime au terme des élections de décembre 2018.

Malheureusement, mardi à New-York au siège des Nations unies, le message de Kinshasa n’a pas trouvé preneur. Même la Chine, membre permanent du Conseil de sécurité et généralement proche de Kinshasa, s’est alliée à la résolution préparée par la France.

Le nouveau mandat de la Monusco traduit l’engagement des Nations unies d’influer réellement sur la marche de la RDC vers l’alternance démocratique par la voie des urnes. C’est aussi un message directement envoyé aussi bien à la majorité au pouvoir qu’à tous les acteurs nationaux impliqués dans le processus en cours. Une chose est claire : pour les Nations unies, les élections de décembre 2018 sont irréversibles. Et plus rien, se dit-on à New-York, ne pourrait justifier leur report. La nouvelle résolution du Conseil de sécurité prépare déjà la Monusco à toute éventualité.

Evidemment, dans ce qui paraît comme un fiasco diplomatique pour Kinshasa, c’est la majorité au pouvoir qui doit faire un travail d’introspection pour recadrer éventuellement sa stratégie électorale. La résolution prise mardi par le Conseil de sécurité est, d’un côté, un avertissement directement adressé au pouvoir, mais elle traduit aussi la ferme détermination de la communauté internationale à ne pas laisser Kinshasa mener le processus électoral à sa guise, en choisissant éventuellement ceux avec qui il veut compétir en décembre 2018.

Un message clair

En revenant sur la mise en œuvre intégrale de l’accord du 31 décembre 2016, le Conseil de sécurité repose autrement l’urgence de lever tous les verrous artificiellement créés par la majorité au pouvoir pour exclure une catégorie d’acteurs politiques à la course électorale à la fin de l’année. Et le plus en vue s’avère être Moïse Katumbi, président de la plateforme électorale « Ensemble pour le changement ».

Les Nations unies ont fait leur choix. A Kinshasa de bien capter le message lui transmis, via la résolution prorogeant le mandat de la Monusco. Le plus évident est qu’à partir de ce 1er avril, la Monusco ne se laissera plus faire. Elle est désormais guidée par un mandat qui lui donne un large pouvoir d’agir – jusqu’à faire recours aux troupes onusiennes hors de la RDC, en cas d’urgence.

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