Maluku, le charnier de Kabila

Quatre cent vingt-cinq! C’est le nombre de cadavres découverts dans une fosse commune par des habitants de la commune de Maluku. Un cas sans précédent. Selon le ministre de l’Intérieur, le PPRD Evariste Boshab, il s’agirait des dépouilles des « indigents » gardées « depuis longtemps » à la morgue centrale de l’hôpital Mama Yemo. Une morgue gardée par des militaires de la garde présidentielle.

Lors des manifestations des 19, 20, 21 janvier à Kinshasa, des organisations de défense des droits humains avaient accusé les « forces de sécurité » d’avoir emporté les corps de leurs victimes. C’est le cas notamment de l’organisation non gouvernementale américaine Human Right Watch (HRW). On espère que les familles restées sans nouvelles de leurs proches, depuis ces événements, vont se manifester auprès des ONG de défense des droits humains. On espère également qu’une enquête indépendante sera ouverte sur cette macabre découverte.

Qui sont les individus dont les corps viennent d’être déterrés d’une fosse commune au cimetière de Fula-Fula à Maluku ? A quand remonte leurs décès? Dans quelles circonstances exactes ont-ils perdu la vie? Seul un médecin légiste pourrait fournir des réponses univoques à ces interrogations. Autres questions : quelle est l’autorité qui a ordonné l’inhumation de ces corps ? Ladite autorité a-t-elle tenté de contacter les familles concernées?

Depuis au moins deux semaines, les habitants de certains quartiers de la commune de Maluku ne savaient plus respirer. En cause, des odeurs méphitiques qui se dégageaient du cimetière de Fula Fula.

Contactés par des riverains, des agents de la Mission onusienne au Congo (Monusco) sont descendus sur le lieu. La découverte est apocalyptique : quatre cent vingt-cinq corps enfouis dans une fosse commune.

Respectueuse de la « souveraineté » de l’Etat congolais et surtout du principe de la territorialité de la loi, la Monusco a saisi les autorités judiciaires compétentes afin d’ouvrir une enquête. Saura-t-on la vérité dans ce Congo démocratique où la justice est aux ordres du président de la République? Quel est ce magistrat du parquet qui oserait défier le pouvoir kabiliste en menant une enquête impartiale?

« Des corps emportés »

En attendant d’y voir plus clair, des observateurs se sont rappelés les accusations proférées en janvier dernier par des organisations de défense des droits humains. Au lendemain des manifestations des 19, 20 et 21 janvier, des ONG de défense des droits de l’Homme – c’est le cas notamment de Human Right Watch – avaient accusé les éléments de la garde prétorienne de « Joseph Kabila », déguisés en policiers, d’avoir emporté les corps de leurs victimes. But : effacer les traces.

Certaines sources soutiennent que le lundi 19 janvier, plusieurs manifestants ont été arrêtés et emmenés vers des « destinations inconnues ». D’autres arrestations avaient eu lieu mardi 20 et mercredi 21 janvier dans les milieux estudiantins. C’est le cas notamment à l’université de Kinshasa et à l’UPN (Université pédagogique nationale). Les personnes appréhendées n’ont plus donné signe de vie.

Selon des témoins au Rond-Point Ngaba et ailleurs, les membres des forces dites de sécurité ont fait preuve d’une «cruauté» inqualifiable lors de ces manifestations. Certains Kinois ont suspecté la présence de « soldats étrangers » dans les rangs du «commando » chargé de la répression. « Sans sommation, ils ont tiré sur des gens dont le crime se limite à clamer que Kabila doit dégager », déclarait un habitant de la commune de Ngaba à l’AFP.

Et voici Boshab…

Sous d’autres cieux, le moindre cas d’homicide reste de la compétence exclusive de la police judiciaire travaillant sous l’autorité du procureur. Le Congo de « Joseph Kabila » est un cas à part. En lieu et place d’un magistrat du parquet, c’est un membre du pouvoir exécutif qui a pointé son nez. Il s’agit du ministre de l’Intérieur, le PPRD Evariste Boshab.

Boshab s’est empressé de publier, vendredi 3 avril, un rapport contestant la version laissant entendre que les dépouilles découvertes seraient celles des « disparus » des manifestations précitées. On le sait, le bilan officiel s’élève à 12 morts. Bilan officieux : 42.

Selon le ministre de l’Intérieur, les quatre cent vingt-cinq restes trouvés proviendraient de l’hôpital Mama Yemo. Il s’agirait des indigents, « gardés longtemps à la morgue ». L’inhumation a été ordonnée par le gouvernement provincial de Kinshasa suite à une demande de la direction de cet établissement hospitalier.

Le juriste Boshab qui feint d’ignorer de marcher sur les plates bandes du pouvoir judiciaire a assuré que « le gouvernement central est prêt à faire exhumer les corps ». Un aveu.

« Arrêtez de tuer votre peuple »

Dans une intervention à la radio publique belge francophone (RTBF), mercredi 21 janvier, le ministre de la Communication et des médias, Lambert Mende Omalanga, déclarait que trois cent quarante-trois personnes avaient été arrêtées. Il n’a jamais révélé le lieu de leur détention. Que sont ces personnes devenues?

Président de l’Asadho, Jean-Claude Katende avait, exigé, à l’époque, l’ouverture d’une « enquête indépendante » afin de déterminer les responsabilités sur toutes ces pertes en vies humaines.

Dans un communiqué pathétique publié le mercredi 21 janvier, l’archevêque de Kinshasa, Laurent Monsengwo Pasinya, lançait ces mots en direction des autorités congolaises : « Arrêtez de tuer votre peuple ». Et d’ajouter : « Ces derniers jours, Kinshasa est dans un état de siège incompréhensible. La population est en révolte. Certains hommes politiques, avec les forces de l’ordre, sèment la désolation et créent l’insécurité générale. Nous stigmatisons ces agissements qui ont causé mort d’homme ».

Quatre cent vingt-cinq cadavres. C’est un véritable charnier. Tous ces corps étaient-ils gardés à la morgue centrale de Mama Yemo? C’est à vérifier.

Il faut espérer que le ministre de l’Intérieur va s’effacer pour laisser la charge des investigations aux magistrats du parquet assistés par des experts internationaux. Il faut espérer également que les familles congolaises qui déplorent des « disparitions » auront le courage de communiquer des renseignements utiles aux organisations de défense des droits humains. Il faut espérer enfin que « Joseph Kabila » va rompre son silence dédaigneux pour fournir des explications à une opinion congolaise « fatiguée » par les excès d’un pouvoir criminel…

B.A.W/CI

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