Les 19, 20 et 21 janvier 2015, la majorité présidentielle s’est découvert un ennemi redoutable : la rue. Après le 1+4 et, récemment, le gouvernement dit «de cohésion nationale», sans compter des  anciens rebelles et des transfuges d’autres partis, Joseph Kabila a toujours réussi à tout recycler, à recycler tout le monde. Mais, pour la toute première fois, le régime était défié par une hydre.

C’est un tout petit alinéa dans la loi électorale qui a réveillé la bête qui n’a ni maître, ni  dieu. Conscient de ses rangs dégarnis, l’opposition en avait appelé à la rue pour empêcher Kabila de s’accorder une rallonge. Sans coordination, sans encadrement, sans guide, la manifestation a choisi un mode d’expression désarçonnant : casser et piller les magasins, de préférence chinois, pour exiger le départ de Kabila. Stratégie  payante manifestement car, des dizaines de morts plus tard, le pouvoir congolais  a cédé à  la rue. Jamais avares de superlatifs et de conclusions hâtives et définitives, les Congolais y ont vu un « fort élan du patriotisme ».

Vous  avez dit révolution ?

Tout soulèvement n’est pas forcément une expression politique élaborée, intelligible. Sinon, à Kinshasa principalement, les magasins n’auraient pas été une des cibles principales des manifestants qui  demandaient le départ de Kabila et/ou le rejet de l’alinéa controversé. II faut y voir surtout un ras le bol d’un peuple dont l’opulence du train de vie des gouvernants nargue l’indigence de son quotidien. Il faudrait sans doute plus pour parler révolution, notamment la capacité à canaliser la révolte pour en tirer des modifications structurelles profondes de la vie politique ou une purge de la classe politique. La manifestation n’y est pas parvenue même si l’avertissement a été plus que sévère pour le régime.

« Mourrez à ma place, je vous célébrerai »

En scrutant les réseaux sociaux, je me suis demandé s’il n’y avait pas plus de Congolais à manifester sur Facebook et Sur Tweeter que dans les rues de Kinshasa, de Bruxelles, de Paris  et de Londres. Beaucoup d’acteurs politiques de Facebook se sont contentés, avec une délectation gênante, de rediffuser des informations, photos et vidéos invérifiables des violences policières. Édifiante cette  façon de mener par procuration une « révolution » en déléguant les risques de la rue à ceux qui  n’ont rien à perdre et à  jouer uniquement au comptable macabre. Pour  sa part, dans son affolement, en bloquant Internet et réseaux sociaux, le gouvernement s’est précipité de rendre aphone une pâle ombre de l’hydre, alors que la furie de la rue n’en a cure. Pour prétendre aux ors d’une révolution, la manifestation aurait dû s’appuyer sur un pendant intellectuel et politique. Il va falloir repasser pour cela.|Botowamungu Kalome (AEM)

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