Ni manipulation ni intoxication.

Lorsqu’un système politique agonisant est sur le fil du rasoir, ses animateurs et ses courtisans essoufflés et en panne de ressources d’imagination sont d’ores et déjà désemparés et ne trouvent plus de branches auxquelles ils peuvent se rattraper.

Apprentis sorciers, ils se voient tellement dépassés par l’évolution précipitée du concours d’événements qu’ils sont loin de comprendre qu’ils sont eux-mêmes les naufrageurs du système à cause des maladresses, des bévues, des abus, des excès, des injustices qu’ils commettent et accumulent dans la société, au mépris des valeurs morales et spirituelles purifiantes et sanctifiantes des sociétés humaines.

Angoissés et aveuglés par l’obsession de conservation du pouvoir coûte que coûte, ils se figurent des ennemis partout, des boucs émissaires qui seraient des éléments subversifs portés à manipuler et à intoxiquer l’opinion. Par l’utilisation des procédés machiavéliques pour se cramponner au pouvoir contre vents et marées, ils énervent et exaspèrent la population dont ils se sont aliéné toute la confiance.

En cas de débordement de vase provoqué par eux-mêmes, ils font porter aux opposants le chapeau des dégâts entrainés par des réactions populaires qui en découlent, incontrôlables par un pouvoir sérieusement ébranlé par des contradictions, des paradoxes et des reniements internes.

Une population clochardisée, précarisée et chosifiée n’a pas besoin d’être manipulée et intoxiquée pour devenir consciente de l’origine de ses malheurs et souffrances, et prendre ses responsabilités, par un soulèvement inattendu et spontané d’une ampleur stupéfiante, laissant tout le monde pantois (pouvoir, opposition, communauté internationale).

Logiquement à la réflexion on peut dire que la paternité de la révolte populaire des 19, 20 et 21 Janvier 2015 à Kinshasa, que certaines villes de l’intérieur ont reprises à leur compte avec autant de fureur que dans la Capitale, demeure en tout cas une énigme.

Comment diantre les opposants qu’on raillait en prétendant qu’ils n’étaient pas capables de faire descendre dans la rue plus de 300 personnes, et que le gouverneur de Kinshasa avait instamment demandé à la population kinoise de vaquer tranquillement à ses occupations habituelles, pouvaient-ils (opposants) être crédités d’une tette capacité inouïe de battre brusquement pareil rappel de troupes trois jours d’affilée ? Voilà l’énigme de la paternité du soulèvement populaire qui a eu lieu tout dernièrement à Kinshasa. C’est l’auto-prise en charge d’un peuple qui secoue sa torpeur, montrant ainsi l’imprévisibilité de la psychologie des foules.

Les dernières cartouches brûlées

N’en déplaise aux éperviers du système qui jouent témérairement avec le feu, le message de la rue est néanmoins passé et capté cinq sur cinq.

A preuve : cette honteuse reculade par un aveu public d’avoir entendu la voix du peuple et l’adoption d’un texte expurgé, alors que le projet de loi électoral avait été voté tel quel par l’Assemblée nationale qui déclarait ne pas vouloir en démordre en cas de divergence de vues avec le Sénat ! Il est difficile de soutenir que les jusqu’au-boutistes, les stratèges en chambre et les thuriféraires qui se nourrissent aux mamelles du système auraient utilement assimilé la leçon des événements dramatique d’opposants politiques et adopté au parlement. La persécution systématique d’opposants politiques et de la société civile est signe qu’on est encore loin de la détente.

Loin de s’avouer loyalement vaincus, les faucons sont en train de ruminer leur déconfiture avec amertume. On est fondé à croire qu’ils ont finalement brûlé leurs dernières cartouches, mais ils en sont réduits à mener désespérément un combat d’arrière-garde.

Il est vrai que la révolte populaire a démoli les symboles du système et contraint les conservateurs à battre lâchement en retraite ; mais leur schéma de s’accrocher n’est pas pour autant mis définitivement au réfrigérateur.

Peut-être par la pression des circonstances dramatiques ont-ils stratégiquement reculé pour mieux sauter, caressant un espoir illusoire de parvenir d’un jour à l’autre à tromper la vigilance du peuple. Mais eux les conservateurs d’un côté, et les forces patriotes acquises au changement de l’autre, s’épient et se regardent constamment en chiens de faïence.

En d’autres termes, ils sont tenus à l’œil et tous leurs faits et gestes désormais attentivement observés et analysés. A force de narguer tout le monde, d’échafauder des stratégies maladroites, diaboliques et foireuses pour se maintenir à tout prix, mus par la volonté de puissance, l’establishment et tout son cortège de prébendier se sont enferrés jusqu’à la garde et se voient en fin de compte inextricablement gênés aux entournures, ne sachant plus comment s’en sortir avec les honneurs de la guerre. C’est la fin des haricots.

Par Jean N’Saka wa N’Saka/Journaliste indépendant