Les « Atalaku » des années 80 et 90 invisibles de la scène musicale congolaise

Où sont passés Bébé Ditutala, Nonon Monzuluku, Djuna Mumbafu, Robert Enkokota, Tutu Calugi, Bizima Kodos… Aucun écho sur les activités de ces talentueux artistes qui ont tracé le chemin pour un meilleur avenir de la musique congolaise Précurseurs de l’animation dans la musique congolaise...

Où sont passés Bébé Ditutala, Nonon Monzuluku, Djuna Mumbafu, Robert Enkokota, Tutu Calugi, Bizima Kodos…

Aucun écho sur les activités de ces talentueux artistes qui ont tracé le chemin pour un meilleur avenir de la musique congolaise

Précurseurs de l’animation dans la musique congolaise, les « Atalaku » des années 80 et 90, voire début 2 000, ont disparu, contre toute attente, de la scène. Les uns ont préféré résider en Europe pour se mettre à l’abri des difficultés sociales dues aux tâtonnements politiques.

Les autres séjournent depuis de nombreuses années aux Etats-Unis, alors que d’autres encore triment et moisissent à Kinshasa.

Pourtant, ils ont tracé une ligne que les jeunes ont modernisée à ce jour, surtout en Afrique de l’Ouest. Mués en « DJ », ces « Atalaku » ouest-africains tiennent, désormais, le bâton de commandement de la musique africaine. Il s’agit du Coupé-Décalé, un rythme inspiré de la musique congolaise, où la batterie et l’animation vocale sont mises en exergue.

Bébé Ditutala et Nonon Monzuluku

Anciens de « Bana Odéon », un groupe folklorique, valorisant la culture Mongo, puis de « Suede Suede », basé à Kintambo, Bébé Ditutala et Nonon Monzuluku sont plus connus grâce à Choc Stars de Ben Nyamabo et Zaïko Langa-Langa Nkolo Mboka de Nyoka Longo.

Ils sont les premiers « Atalaku » à intégrer des groupes modernes au début des années 80. Zaïko et Choc Stars ont pris le risque de les adopter dans leurs effectifs, s’écartant ainsi de la ligne tracée par leurs aînés. Et cela a marché.

Aujourd’hui, les Congolais n’ont aucune trace de Bébé Ditutala. Quant à Nonon Monzuluku, il y a de cela près de sept ans, après l’accession de Kimbuta à l’Hôtel de ville de Kinshasa, l’homme avait regagné la capitale accompagné de Nyoka Longo et quelques musiciens du groupe. Mais après, il est retourné en Europe, invisible au radar musical jusqu’à ce jour.

Djuna Mumbafu

Sorti de nulle part, Djuna Mumbafu a été connu grâce à Empire Bakuba du grand Eléphant de la musique congolaise, champion d’Afrique et des Caraïbes, Kabasele Yampanya dit Pépé Kalé.

A la différence de Bébé et Nonon, Djuna Mumbafu savait tenir le public en haleine par ses spectacles de danse, en complicité avec deux nains sur le podium, Dokolos et Jolie Bébé.

Djuna animait et dansait en même temps. Seul, il pouvait résister durant toute la soirée sans se fatiguer, pour faire plaisir au public de Pépé Kalé. Avec ce dernier, il a parcouru toute l’Afrique, toute l’Europe et l’ensemble des Etats-Unis. Empire Bakuba a même joué des concerts en Asie.

Mais après la mort de Pépé Kalé, Djuna a monté son propre orchestre. Mais cela n’a pas bien marché. Pour l’instant, c’est le silence radio du côté de ce grand artiste, un des one man show de la musique congolaise.

Robert Enkokota

Produit de « Bana Odéon », Robert Enkokota a embrassé la carrière professionnelle à partir de Wenge Musica BCBG 4×4 Tout terrain qui a vu le jour à Bandalungwa, une des communes chaudes de la ville de Kinshasa.

Sur les traces de Djuna Mumbafu, Enkokota avait lui aussi opté pour une certaine agressivité dans son animation, jusqu’à imprimer sa marque dans l’ensemble des orchestres de sa génération. Tous les orchestres avaient, vers le début des années 90, leur « Enkokota » pour ne pas évoluer à contre-courant.

Robert vit aujourd’hui en Europe, victime d’un sérieux souci au niveau de la gorge. Selon des sources, le médecin lui aurait interdit toute activité musicale, s’il tient à vivre encore longtemps sur cette terre.

Tutu Calugi

Il a créé toute une école dans la musique congolaise. Tutu Calugi a réussi à faire oublier Robert Enkokota dans Wenge pour imposer son style : une animation rythmée et chantée. Pour y parvenir, il faut préalablement être un bon chanteur.

Calugi l’a fait tellement bien qu’il a arraché la place du titulaire de l’animation au sein du grand Wenge 4×4. Premier album, Pentagone. Il a confirmé son talent, précipitant ainsi le départ de Robert.

Puis, après la dislocation de Wenge, Calugi a été au cœur de l’animation de Titanic et bien d’autres albums du groupe, avant de choisir de s’installer aux Etats-Unis d’Amérique où il poursuit ses activités musicales. Mais aucun écho n’est entendu à Kinshasa. Pas de préparation d’album, pas de studio, pas de concert…

Bizima Kodos

Ce jeune animateur a supporté le poids de l’animation du groupe Wenge Aile Paris sur son dos. Ce, à l’époque de la grande rivalité avec Wenge réuni. Malheureusement, il ne lui a suffi que d’un voyage en Europe pour qu’il s’y réfugie, abandonnant ainsi son groupe alors qu’il avait encore besoin de lui.

Depuis, Bizima Kodos ne fait plus aucun signe de vie. On ignore s’il est toujours dans l’art musical ou il a choisi autre chose pour gagner sa vie, vu certaines réalités de l’Europe. Son sobriquet a été inspiré du nom d’une personnalité politique importante du pays

Par LM