In memoriam: 33 ans après, Grand Kallé toujours immortel

Il y a 33 ans depuis que le chanteur, auteur-compositeur congolais Joseph Kabasebe Tshamala dit « Grand Kallé » ou « Kallé Jeff » a tiré sa révérence.

11 février 1983 – 11 février 2016, il y a 33 ans depuis que le chanteur, auteur-compositeur congolais Joseph Kabasebe Tshamala dit « Grand Kallé » ou « Kallé Jeff » nous a quittes à l’âge de 53 ans.

A Kinshasa, aucune manifestation officielle n’a été organisée en mémoire de ce père fondateur de la musique congolaise moderne.

Pourtant, celui-ci a marqué d’une pierre blanche l’histoire musicale de son pays voire aussi son histoire politique.

Car, aujourd’hui, l’une de ses chansons intitulée « Indépendance cha cha », composée à l’occasion de l’accession de la République Démocratique du Congo à la souveraineté nationale et internationale, est devenue non seulement l’hymne de son pays mais également de plusieurs autres Etats africains.

Toutefois, la famille biologique de Kallé et ses proches n’ont pas manqué de commémorer le triste anniversaire de la disparition du meneur de l’orchestre African Jazz. Le souhait le plus ardent est de voir les autorités du pays rendre des hommages à ses dignes fils et filles, toutes disciplines confondues, qui ont nous ont précédés dans l’au-delà.

Le nom de Kallé Jeff est indissociable de la musique congolaise moderne. Il reste un monument.

Une vie artistique épatante

Né le 16 décembre 1930 à Palabala, près de Matadi, Kabasele Tsha­mala passe le reste de sa vie à Léopoldville (actuelle ville de Kinshasa) où ses parents se sont installés quelques jours seulement après la naissance du « petit Joseph ».

Comme beaucoup d’enfants de son âge, il débute ses études primaires à l’Institut Saint Joseph avant de poursuivre son cursus normal à l’Ecole moyenne Saint Raphael (Col­lège Elykia).
Comprenant ses talents, alors que lui-même l’ignorait encore, la chorale de son école le récupère.
Pour cause d’écarts de conduite, Kabasele Tshamala et ses quelques amis sont renvoyés de l’école.
C’est de là que Kallé ambrasse la vie professionnelle où il fut utilisé comme sténodactylographe, un métier qu’il a bien appris à l’Ecomoraph.

Entretemps, la musique se réveille en lui. . C’est ainsi qu’en 1951 il décide alors de créer African Jazz, après avoir accompagné le guitariste Zacharie Elenga dans la réalisation de ses différentes chansons sous le label de la Maison Opika de Moussa Bénathar.

Mais, il a fallu attendre encore deux ans pour qu’African Jazz démarre effectivement ses activités. En 1953, Kallé, avec sa formation musicale, connait un succès grâce aux chansons telles que « Nzela mosika », « Parafifi » ou encore « african jazz ».

Quelques années plus tard, la scène musicale congolaise est secouée par la montée en puissance de l’Ok Jazz. Franco et ses amis conquièrent les cœurs des mélomanes kinois et gagnent aussi du terrain.

Kallé, de son côté, se sent embarrassé surtout avec la décision de Moussa Bénathar d’abandonner les activités liées à l’édition musicale.

Kallé JeffFace à cette situation, Kallé Jeff passe du côté de la Maison d’édition Esengo. Malgré cela, Ok Jazz a toujours le dessus. L’année 1960 a été plus salvatrice pour l’orchestre African Jazz avec l’invitation à participer aux travaux de la Table ronde qui avaient lieu à Bruxelles.

D’où la composition et l’interprétation des célèbres chansons « Table ronde » et « Indépendance cha cha », indique Jean Pierre- François Nimy Nzon­ga dans sa publication intitulée « Dictionnaire des immortels de la musique congolaise moderne ».

Profitant du séjour bruxellois, Kallé noue de bons contacts pour relancer les activités du groupe.

Surtout que Kabasele Tshamala et son African Jazz ont laissé bonne impression durant le déroulement des travaux de la Table ronde, poursuit la même source.

Ils ont presté sur plusieurs sites durant cette courte période passée en Belgique. Kallé fait alors son entrée à la Maison d’édition « Decca-Fo­nior » via sa représentation dans la capitale congolaise «  Ecodis », entendez: Edition congolaise du disque.

En 1961, le chanteur congolais décide finalement de mettre en place ses propres éditions musicales baptisées « Surboum African Jazz ». Ses premiers enregistrements avec cette nouvelle maison sont entre autres « Bamonaki yo na Usum­bura », « Jamais Kolonga », « Lola Brigida », etc.

Ont participé à ses réalisations depuis la Belgique: Tino Baroza, Edo Clary Lutula… et le saxophoniste camerounais Manu Dibango. Ce, après le départ de Vicky Longamba, Nico Kasanda, Déchaud Mwamba et autres. Pendant cette période, le succès de « Surboum African Jazz » est total, apprend-on de certains témoignages qui ajoutent en même temps que l’apport de Franco Lwambo Ma­kiadi et de son OK Jazz a été non négligeable.

Généralement le succès mal géré occasionne la chute, si c’est en groupe cela crée des dissidences, dit-on. C’est pratiquement ce qu’a connu Kallé Jeff. En 1963, celui-ci est resté seul. Ses copains ont décidé de quitter le groupe et vont créer African Fiesta.

Loin d’être fatigué, Grand Kallé tente avec succès de réveiller son orchestre African Jazz avec surtout l’acquisition d’un instrument de musique lui offert par un grand mécène de l’époque à savoir Jean Foster Manzakila., Kallé recrute alors ses nouveaux lieutenants, notamment Jeannot Bombenga, Papa Noël Nedule, Matthieu Kuka, Rolly Nsita et les autres.

Véritable essor! Ils sont passés de succès en succès pendant plusieurs années avant que la flamme ne s’éteigne. Ambassadeur de la RDC partout où il est passé, Kabasele Tshamala a particulièrement jeté un pont entre la RDC et le Cuba.

Ces deux pays se reconnaissent mutuellement par la musique. Aujourd’hui le peuple cubain, qui a vécu cette belle époque, reste très attaché à la musique de Grand Kallé et reconnait ses capacités artistiques, essentiellement d’un chanteur attitré.

Chaque année, les Cubains se souviennent de lui à travers des manifestations organisées à l’occasion de l’anniversaire de sa mort, renseigne certaines sources. Voilà pourquoi 33 ans après sa mort, Grand Kallé reste toujours immortel.

Benj miradi/La Cite Africaine

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