Une tombe réclame des devises aux vivants à Kinshasa

Sur la 6ème allée, au nord du cimetière désaffecté de Kinsuka, un événement insolite s’est produit en février dernier et au début de ce mois : une tombe parle. La science est totalement bouleversée. Les principes sur la cessation de toutes les fonctions vitales après la mort n’obéissent plus. La nature semble se soumettre à des lois jusque-là inconnues du commun des mortels. Sur le lieu de cette sépulture parlante, quelques herbes folles ont envahi les tombes jusqu’à étouffer les croix.

Ce « mort » enterré en 1995 s’exprime dans un lingala impeccable. Il répond à toutes les questions qu’on lui pose sur les causes des malheurs des vivants. Pour vous surprendre, le mort vous salue en citant vos nom, post-nom et même votre pseudonyme. Dans sa curiosité, il vous demande aussi les nouvelles de votre femme et de vos enfants. « L’homme qui a eu un entretien avec le mort », Bumi Linganga alias Vieux Bulis, ajusteur, domicilié sur avenue Oua, commune de Kintambo, a déjà perdu 1.500 dollars et plusieurs biens dont un poste téléviseur couleur, une chaîne musicale et un tapis d’orient.

A la suite des menaces de mort proférées contre lui par le « mort » et ses disciples, s’il ne respectait pas leurs exigences. La victime a alerté sa famille et toutes ses connaissances. Et depuis, la tombe ne parle plus. Le « mort » s’est tu et les magiciens ont disparu de la ville de Kinshasa. Voici comment cet homme s’est fait dépouiller de ses biens.

De gros ennuis de santé

M. Bumi Linganga, marié et père de 5 enfants, avait promis à son ménage une fin de siècle haut en couleurs. L’homme propose, Dieu dispose, dit-on. En novembre 2000, une épidémie de fièvre typhoïde a ébranlé son foyer. Les nombreuses cures d’antibiotiques qu’il administrait à ses enfants restaient sans effet. La maladie se rebellait, les malaises et les soucis se multipliaient.

Pendant ce temps, le neveu de son épouse qu’il héberge depuis l’âge de 2 ans était soupçonné d’appartenir à un groupe de sorciers du quartier. L’enfant, Yannick Mabiala, 7 ans, a reconnu avoir participé à plusieurs réunions de sa bande. Les sorciers ont juré de nuire aux intérêts des victimes. Notamment, en jetant de mauvais sorts dans leurs foyers. Cette affaire a davantage démoralisé l’ajusteur de l’avenue OUA.

Pour lui, plus question d’aller dans un centre médical pour des examens. Ses problèmes de santé ont trouvé une explication. La disparition ou le vol en décembre de la caisse d’outillage de l’établissement qui l’employait et dont les soupçons pesaient sur lui, est une autre affaire venue l’assommer. Les sorciers, croyait-il, réalisaient leur plan. Il fallait conjurer le mauvais sort. Bumi Linganga a décidé de se confier à des magiciens venus du Soudan, Salim Salim, Ahmed Toukar et El Béchir Oleko.

Au cimetière de Kinsuka, son « grand-père » lui offre un parfum

Lors de la consultation, le client répond à une identification complète. Sur sa vie, son ménage et ses connaissances. Conduit une nuit au cimetière, Bumi n’en croit pas ses oreilles quand la tombe se met à parler.

“- Mon disciple El Béchir ! Si c’est ton client Bumi Linganga qui est là, demande-lui de s’agenouiller ! » L’ajusteur de l’avenue OUA s’exécute. La voix grave sort de nouveau des entrailles de la terre.

Le « mort » lui communique par la suite des exigences particulières : des dons en nature à remettre à ses disciples. Bumi, un ajusteur très naïf, obéit aux injonctions de El Béchir Oleko et de ses amis.

L’aggravation de l’état de santé de sa femme et de ses enfants le contraint à les acheminer à un dispensaire. Les examens établissent des infections relatives à la fièvre typhoïde. Au terme des soins médicaux suivis, Bumis et les siens recouvrent leur santé. L’espoir renaît.

A la vue de cette guérison, les magiciens exigent 1.000 dollars, un poste téléviseur et un tapis. Comme si cela ne suffisait pas, ils réclament une chaîne musicale. Bumi réalise qu’il était exploité. Ses absences répétées aux séances d’invocation au cimetière de Kinsuka étalent un signe de désintéressement aux pratiques fétichistes. Que des menaces de mort n’a-t-il pas reçues de la part des magiciens ? Sa famille alertée, a cherché à rencontrer les faiseurs de miracles. Se sentant recherchés par plusieurs victimes, les escrocs ont quitté Kinshasa en catastrophe. Aux dernières nouvelles, ils se cacheraient à Brazzaville. Depuis cette disparition, Bumi a réalisé bien tard qu’il était victime d’une escroquerie. Dommage !

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