A la découverte des incroyables réalités sur la prostitution à Maluku, dans l’Est de la capitale congolaise.
Chantal est très fière de se prostituer à Maluku, loin de chez elle. Cette fille qui habite la commune de Kinshasa n’est pas à sa première expérience du plus vieux métier du monde. Elle a eu à exercer au Marché central de Kinshasa, comme des dizaines d’autres filles assimilées aux shégués (enfants de la rue). La pénurie de la clientèle surtout sa mauvaise qualité (la plupart des males qui fréquentent les prostituées du Marché central se recrutent parmi les vendeurs de pains ambulants, les autres shégués, les picpockets qui opèrent la journée et d’autres catégories de garçons sans loi) a laissé des mauvais souvenirs dans sa tête.

Chantal pense qu’elle a réussi à s’échapper de cet enfer dans lequel elle était chaque jour broyée par une sorte de peste insolente, fruit de la mentalité des jeunes filles du coin. En effet, la prostituée de Maluku, qui se montre très pacifiste, n’avait coeur à supporter des insultes qui se profèrent là-bas, sans pudeur. Il y avait toujours des tensions entre filles, dit-elle. Des tensions motivées par des banalités. Côte relation amoureuse, Chantal continue à croire à la fidélité de Tonton qui est en Europe.

Le jeune homme, âgé d’environ 25 ans, serait émigré en l’Occident selon Chantal, en quête du bien-être social. Le voyage a été entièrement préparé par le couple avec une très grande participation de la fille. « Nous nous sommes fait la promesse de nous marier », déclare la tenancière de Grand Libulu qui ajoute : « J’ai des raisons de lui faire confiance, car je le connais ». Allusion faite au tempérament plutôt calme et responsable de Tonton. Chantal qui a fêté ses 22 ans le mois denier se montre très intellectuelle. C’est la seule fille du bordel qui manie merveilleusement la langue de Voltaire.

Elle est diplômée d’Etat en section Littéraire et manifeste une ferme détermination à poursuivre ses études. Elle rêve de devenir juriste. Je sais que je serai avocate, confie-t-elle. Elle en fait montre d’une assurance inébranlable, comptant beaucoup sur la détermination de Tonton et sur ses propres économies. A ce sujet, Chantal affirme aujourd’hui posséder en réserve près de 1.500 Usd. Somme gagnée après des dures labeurs, dit-elle, en précisant qu’elle n’a pas que des chauffeurs et des receveurs de la ligne Pascal Maluku comme clients potentiels. Chaque week-end je suis visitée par mes hommes de haute facture. Ceux-là qui mettent des paquets pour monter sur l’échelle humide. Ces affamés éternels du sexe, recrutés parmi les politiciens et les chefs d’entreprises, se lancent dans des rallyes faisant cap sur Maluku, objectif : en découdre en toute tranquillité avec l’intimité de Chantal. Ils sont affables des rondelettes de la superbe créature aux yeux doux. La voix fine de Chantal fait soupirer ces âmes nées pour la conquête.

Chantal ne les reçoit pas dans sa baraque. C’est trop modeste et surtout trop infernal pour ces assoiffés qui aiment s’exhiber à grand vu. Ce sera les mettre mal à l’aise : Grand Libulu est fait pour le petit peuple, en panne d’espèces sonnantes. Ces minables peuvent supporter les secousses de son natte-lit. Mais pas les grosses légumes. Les équipages qui font incursion dans Grand Libulu ne font pas souvent attention à ses murs délayes, à son toit en fractures et aux minuscule insectes qui parsèment son pavement troué l’exponentiel.

Tout ce qui les préoccupe c’est s’en gloutir dans le carquois du bonheur, y laisser un peu de soi et en sortir vainqueur. C’est tout. Ce déchargement rénal leur offre de la dextérité pour arpenter la route de Maluku, qui serpente des interminables collines. Les vieux singes qui y atterrissent le dimanche après de longues rêveries de la semaine, emportent la reine à d’autres endroits jugés plus confortables pour se mousser la vie. Certains pénètrent tout simplement dans la forêt oů ils se déchaînent à la grande admiration des oiseaux en pleine partition mélancoliques d’oiseaux.

A suivre.