Les Kinois à la merci des tapages sonores

Ces tapages ne semblent pas pour le moins du monde indisposés les responsables des débits de boisson avides de gains.

La ville de Kinshasa est depuis quelques années soumise à des nuisances sonores. En parcourant les différentes communes qui composent cette agglomération de plusieurs millions d’habitants, Kinois et étrangers sont souvent scandalisés par la prolifération des débits de boissons et des églises de réveil qui s’illustrent par les tapages aussi bien diurnes que nocturnes. Un tintamarre qui n’est pas du goût de tous.

Sur la grande artère qui s’étale du rond-point Super Lemba à l’avenue By Pass, tout le long des avenues Lubudi et Aruwimi, des bars et terrasses foisonnent de part et d’autre de cette grande route. Dès la mi-journée, des chaises et tables en plastique, généralement de couleurs bleue, rouge, jaune, blanche et noire sont disséminées à travers les espaces libres qui se profilent devant les résidences privées. Ces débits de boisson diffusent de la musique à longueur de journée. La nuit tombée, c’est l’apothéose. Chacun y met du sien. La musique résonne à un volume élevé, provoquant une cacophonie difficile à supporter pour les non initiés.

Dans cette zone très fréquentée, des baffles puissants balancent une musique tonitruante qui oblige certains passants à se boucher parfois les oreilles. Mais pour les nombreux tenanciers de bars environnants, ce concert bruyant est bien un atout indispensable pour attirer la clientèle. 
Ces tapages ne semblent pas pour le moins du monde indisposer les responsables de ces débits de boisson, avides de gains. Cette situation est quasi quotidienne pour les habitants de ce coin de la commune de Lemba qui se sentent obligés de faire avec.

Des tapages nuisibles aux malades

Au coin de l’avenue Bangamelo, une clinique fait les frais de ces musiques stridentes. Les malades hospitalisés manquent de repos et s’en plaignent. “Nos patients se plaignent sans cesse à cause du bruit qui trouble leur quiétude. Parfois, ils refusent de revenir continuer leur traitement, vu que l’environnement sonore ne leur est pas propice”, explique Lisette Sokuna, infirmière au sein de la clinique.

« Cet état des choses nous cause préjudice, renchérit Enoch Nsapu, l’administrateur adjoint de ce centre hospitalier. Si cette situation continue, nous risquons de mettre la clef sous le paillasson. Notre clinique a perdu une grande partie de sa clientèle. Quand nous essayons d’expliquer notre problème aux responsables de ces nuisances sonores, nous sommes incompris et cela se termine souvent par des disputes ».

Quand les églises dérangent

Il devient difficile ou quasiment impossible de ne trouver au détour d’une rue, une ou deux églises dites de réveil, parfois alignées côte à côte. C’est le cas de l’avenue Gonzi, à Lemba Terminus, où nous en avons dénombré trois à intervalle de deux ou quatre maisons. Ces églises rivalisent d’ardeur en tapage. De grands baffles noirs posés sur le mur de parcelle abritant les lieux de culte, diffusent à un niveau de décibel élevé, le déroulement du culte.

Les prédications, les chants des choristes, associés à la batterie et aux mélodies du synthétiseur, sont perçus à au moins 200 mètres de leurs lieux de culte. Les micros sifflants, les prédicateurs criant à se rompre les cordes vocales font effet de tintamarre à l’ouïe des passants et des habitants de cette avenue.

« Lorsque nous déplorons les bruits qu’occasionnent les cultes et les veillées de prière de ces églises, on nous traite de sorciers”, se plaint Mme Fyfy Mwenze, la quarantaine, locataire dans une parcelle voisine à ’’une église de réveil’’. “Mon défunt bailleur, rapporte-t-elle, fut traité de tous les noms quand il se plaignait, et pourtant malade, il aspirait juste à un peu de repos ».
Plaintes des victimes

Contraints de supporter ce vacarme ou redoutant carrément d’être indexés, les Kinois préfèrent laisser le tapage des débits de boisson ou des églises dites de réveil s’immiscer dans leur quotidien, sans trop chercher à exiger aux autorités compétentes de réguler cette situation.
« Nous ne pouvons pas communiquer au téléphone, ni suivre la télévision ou faire répéter les leçons à nos enfants quand il y a prière dans le voisinage, encore moins quand le bar tout proche commence à balancer ces décibels, vu la cacophonie qui nous assourdit les oreilles », fustige Bijoux Pemba, vivant non loin d’un lieu de culte. « Nous sommes contraints de nous enfermer à l’intérieur de la maison pour avoir un semblant de répit », déplore un septuagénaire, propriétaire d’une parcelle sur l’avenue Bangamelo.

Fyfy Solange Tangamu/Forum des As

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