Pleurs, grincements de dents et cris de colère étaient encore au rendez-vous, le mardi 29 décembre 2015 au port privé de Liaki, dans la commune de Barumbu, chez de paisibles commerçants en provenance des localités de l’intérieur du pays.

Et pour cause ! Des voleurs patentés et reconnus ont  pris d’assaut les navires qui les amenaient à Kinshasa, après un long voyage parsemé des risques de naufrage sur le fleuve Congo et le calvaire des piqûres des moustiques. « Débarquer d’une baleinière dans le port privé de Liaki relève d’un véritable parcours de combattant. Les plus durs parmi ces voyous nous font payer carrément des taxes, alors que d’autres se saisissent de force des marchandises que nous achetons difficilement à la sueur de notre front… », s’est plainte Mireille Ngomba Bukasa, commerçante qui a fait mardi, la triste expérience de la disparition d’un régime entier de banane plantain, alors qu’elle rentrait de Yumbi, dans l’ex province du Bandundu.

En effet, ce sont des paniers de poissons fumés bien fagotés, des sacs de manioc et de courges empilés, des besaces de patates douces entassés, etc. des commerçants qui sont emportés, en un temps, deux mouvements, au vu et au su de tout le monde même des agents de l’ordre en tenues. Les policiers comme endormis par des somnifères se tiennent très loin des lieux où les actions se passent. Parfois, certains font semblant de poursuivre des voleurs détectés, mais en réalité les couvrent allégrement pour un partage équitable du butin loin des regards indiscrets. « Chaque  fois, nous espérons réaliser une belle affaire dans les marchés de Kinshasa, mais la réalité nous rattrape vite dès que nous mettons les pieds à Liaki. Nos produits vivriers pourrissent souvent à Yumbi, car dès que nous accostons, c’est une meute de jeunes gens non identifiés, souvent balafrés et tatoués le long des corps, qui sautent par-dessus bord la baleinière. On dirait une invasion des pirates ! », a relaté Madame Mireille Ngomba, traumatisée par le nombre de ces filous.

Contrairement aux voleurs de grandes surfaces et  marchés de Kinshasa, qui sont bien habillés pour se mêler aux clients à qui ils arrachent de l’argent et des objets de valeur, ceux de ce « libongo » sont repérables par leurs tenues débraillées et sales. Ils portent tous, soit des sacs à dos ou des sachets dits « Market » afin d’enfouir leurs « récoltes ». « Nous avons l’impression que l’État a foutu le camp ici à Liaki. Nous demandons aux hautes autorités de mettre fin à cette forme de banditisme qui bat son plein dans presque tous les ports privés. Les voleurs d’ici sont connus de tout le monde et habitent une île située à quelques metres d’ici et surnommée ‘Lokele Monde sans loi’…. », a indiqué Mireille Ngomba, appelant de vive voix une nouvelle opération Likofi contre ces bandits, qui se transforment en «Kuluna » le long de l’avenue des Poids Lourds pour tuer le temps, en attendant de nouveaux accostages.

Livrés à eux-mêmes, les marchands sont obligés de redoubler de vigilance pour ne pas être victimes de vols. Dans le pire des cas, ils tiennent eux-mêmes des fouets et canifs afin de menacer de blesser les plus hardis des larrons. Cependant, ils craignent tous les représailles, car ne bénéficiant pas de la protection des policiers affectés dans ce port.

Pour sa part, Papy Mohamed, un ancien armateur, a révélé que ce secteur commercial n’est plus rentable à cause des voleurs intouchables qui font  leur loi, mais surtout à cause des multiples taxes. « Beaucoup d’armateurs ont abandonné le metier alors qu’ils étaient si nombreux à l’époque. Ils ont préféré aller en politique pour gagner plus facilement de l’argent. Certains, par passion, reviennent mais se sont exemptés des taxes au regard de leurs positions politiques aujourd’hui… » a-t-il appuyé.

Concernant justement lesdites taxes, Papy Mohamed a renseigné que plusieurs services sont opérationnels dans ce site, notamment la DGM, l’ANR, la DEMIAP, la Police des frontières, la Force navale, la Police nationale, l’Hôtel de ville, le ministère de l’Agriculture, etc. « Tous, perçoivent des taxes. Gare au gérant qui tentera de se soustraire à l’un des services, car on l’aura à l’œil lors de son prochain voyage. Et puis ça ne s’arrête pas là ! Il faudrait délier la bourse tout au long du voyage à cause de différentes rencontres fortuites des contrôleurs et agents de sécurité au niveau de chaque poste… », a-t-il martelé, avant d’ajouter que le fait de s’acquitter des taxes ne met pas totalement l’armateur à  l’abri des pots-de-vin. Bref, les tracasseries ont tellement la peau dure.

Tshieke Bukasa,
LE PHARE