Kinshasa : le dépistage volontaire du Sida donne des sueurs froides aux jeunes

A Kinshasa, les jeunes se montrent de plus en plus réticents quand on les convient à se faire dépister volontairement. Redoutant d’être contaminés par le VIH sida, ils préfèrent plutôt vivre dans l’ignorance totale de leur état sérologique. C’est du moins ce que révèle un micro baladeur réalisé dans quelques carrefours de la capitale, en ce mois de décembre consacré à la sensibilisation au sida.

Le 1er décembre de chaque année, le monde célèbre la Journée mondiale du sida. Plusieurs activités de sensibilisation démarrent ce jour et se prolongent pendant tout le mois pour exhorter la population à prendre des précautions nécessaires pour se prémunir du sida. Malgré l’intense sensibilisation sur cette pandémie qui décime des milliers des personnes chaque année à travers le monde, des jeunes de Kinshasa continuent à se montrer visiblement hostiles au dépistage, quoiqu’il soit gratuit.

Pourquoi demeurent-ils encore réticents face au dépistage volontaire ? Quelques jeunes âgés de 20 à 25 ans ont accepté d’éclairer notre lanterne. « Je préfère vivre tranquillement en ignorant mon état sérologique que de me faire dépister », avoue Andy Kabeya, étudiante à l’Université Protestante du Congo.

« J’ai été tentée à maintes reprises de faire le test du VIH SIDA, mais à la dernière minute, je me suis souvent rétractée, commente-t-elle. Je préfère plutôt vivre sans aucun souci que d’avoir en conscience qu’un danger me guette ».

UNE DEMARCHE RISQUEE

« Je trouve que c’est inutile pour moi de me faire dépister, car je mène déjà une vie très disciplinée, rapporte Arnold M., un habitant de la commune de Lingwala. Je pense que ce test vaut la peine pour ces jeunes qui s’adonnent au vagabondage amoureux. Pas pour moi ».

« Je me suis déjà fait dépister il y a six ans, confesse Roland, B., tenancier d’une cabine téléphonique à N’Djili. Ce n’était pas du tout facile, car j’avais très peur. Je ne peux plus rééditer cette expérience, car je ne vois aucune menace sur mon état sérologique. J’ai une partenaire en qui j’ai totalement confiance ».

« QUI CRAINT DIEU N’A PAS BESOIN DE DEPISTAGE »

« Je ne vois pas personnellement à quoi sert le dépistage volontaire, lorsqu’on mène sa vie dans la crainte de Dieu. Celui qui marche selon la volonté de Dieu n’a nullement besoin de savoir son état sérologique », affirme Jérémie Ngalula, chrétienne catholique de la paroisse Saint Alphonse de Matete.

« Le dépistage volontaire n’a pas un caractère préventif à partir du moment où la personne qui se fait dépister est déjà séropositif. Seule la crainte de Dieu peut amener les jeunes kinois à une prévention sûre contre le VIH SIDA », renchérit pour sa part Vincent de Paul K., étudiant à la Faculté de Droit à l’Université de Kinshasa.

NECESSITE DU DEPISTAGE PRENUPTIAL

« Il est beaucoup plus préférable de se faire dépister avant le mariage afin de connaître l’état sérologique de son partenaire. Nombreuses sont ces personnes qui, à Kinshasa, ont regretté d’avoir épousé des partenaires séropositifs. C’est pourquoi il est judicieux de se faire dépister essentiellement avant le mariage », martèle Yannick B., un chauffeur taximan rencontré à Super Lemba.

« Au moment où les statistiques démontrent que plus de 50 millions des personnes à travers le monde vivent avec le VIH SIDA sans le savoir, il est nécessaire d’appeler les jeunes congolais à se montrer de plus en plus favorables au dépistage volontaire, seul moyen de connaître leur état sérologique », interpelle le Dr Jerry Kawunga, responsable d’une Ong de lutte contre le Sida basée à Mont-Ngafula.

Ce n’est que dans ce cadre qu’on arrivera à ’’mettre fin à l’épidémie du SIDA dans le cadre des Objectifs du Développement Durable (ODD)’’, comme le stipule le thème annuel de la campagne de sensibilisation sur le plan international.

Orly-Darel Ngiambukulu
Forum des AS