Kinshasa : Elle se fait passer pour une folle et échappe aux « griffes » des kuluna

Une femme, la cinquantaine révolue a échappé grâce à son ingéniosité à la folie des kuluna dans la commune de Selembao

Il est presque 5h du matin quand maman Philo qui rentre d’une veillée de prière se faufile dans les rues peu éclairées de la commune de Selembao. Elle fredonne les dernières louanges que la chorale de l’église venaient d’interpréter enchaînant les : « Nzambe à ko tika yo té  ,ata o tonda masumu… ».

Mais en abordant la rue qui donne sur l’avenue principale, vers le petit marché, elle sent l’odeur du chanvre, et les rires sauvages qu’elle entend lui font douter de la bonne foi de personnes postées vers un poteau de la SNEL.

Entre la peur et le doute, maman Philo qui a encore en tête, la dernière image d’une voisine victime de la barbarie des kuluna improvise un acte qui s’avère salutaire. Elle se défait de ses habits en pagne africaine ( Mokoto) et sandales et poursuit son chemin sans donner de motifs aux kuluna.

Elle se met à parler seule, vociférant et parfois même éclatant de rire donnant la sensation d’être en débat, voire même discussion avec une autre personne. Quand elle arrive à la hauteur de ces inciviques, disposés à lui préparer une embuscade, elle prend le courage de s’arrêter et hausse le ton face à son interlocuteur imaginaire avant de s’en aller.

A ce moment, les kuluna se rendent compte que leur « proie » n’est qu’une folle et renonce avec regret à commettre leur forfait. « Bato ya maboma mawa trop…A zo swana ye moko na nzela » lance le chef de gang qui exige à ses troupes de replier, en enchaînant des « Fausse alerte! Fausse alerte ».

Maman Philo qui gagne l’avenue  principale, se rhabille dans une succession des remerciements à Dieu avant de chuchoter : « Bo zali bana,mpe bo tikala kaka bana…Bo moni ndengé na lekeli bino boule » Eh ba yaya,Selembao ce n’est pas Bagdad

 

 Le « kuluna » est un nouveau type de banditisme urbain en RDC, il consiste en l’extorsion, agression avec des armes blanches machettes, couteau etc… Commise sur des paisibles citoyens par « des pombas » dans les arrêts de bus, les quartiers sans électricité, les lieux de deuil…

Ces voyous agissent souvent en bande et ne lésinent pas sur les moyens à utiliser pour arriver à leur fin. En effet viol, vol, meurtre, coup et blessure volontaire, extorsion, mutilation sont les nombreuses infractions commises par ces hordes.

 POMBAS 

Maître d’arts martiaux s’adonnant ou banditisme urbain, il porte un nom du type : maître ebende, mabendol, maitre k-o et appartient à une horde ou gang qui contrôle un quartier et rivalise avec un autre gang de rue

Tout acte, porteur ou négateur, souteneur ou offenseur de valeurs, a une histoire qui est en même temps l’histoire des valeurs ou de leurs manifestation ayant trait à l’acte (14). L’histoire nous apprend que « kuluna » est un mot d’origine portugaise signifiant « colonne », utilisé pour la 1ère fois en Angola pendant la période de la guerre civile, au cours de laquelle les forces gouvernementales se battaient contre les forces rebelles de l’Unita entre 1976 et 2002.

Pendant cette période, le gouvernement central de Luanda pour ravitailler les provinces en vivres, en nourritures, médicaments et autres nécessités formait des colonnes des gros véhicules, de grand tonnage (selon les villes) composée de 10,20 et 30 camions escortés par des Jeeps ou camions transporteurs des troupes à l’avant plan, au milieu et derrière le convoi aux fins de sécuriser les biens ou même les voyageurs qui faisaient partie de la colonne contre une éventuelle attaque de l’Unita en brousse (15).

Le vocable « Kuluna » s’introduit dans le langage Congolais au travers des contacts permanents qui se sont établis entre la RDC et l’Angola ces 20 dernières années. Quant à l’utilisation des machettes, des spécialistes s’accordent à dire que cette pratique est importée des pays limitrophes de la RDC ou les gens ont l’habitude de se battre ainsi.

Didier Tumba | Lolakayacongo

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