Au Bas-Congo: le business du viol

Dénoncer les viols des mineures est encouragé par tous, pour que les auteurs de ces crimes ne restent pas impunis. Mais, dans le Bas-Congo, pour se faire dédommager, certaines jeunes filles majeures profiteraient de la loi sur les violences sexuelles pour porter en justice toute rupture amoureuse.

Le Tribunal de grande instance de Matadi, chef-lieu de la province du Bas-Congo (sud-ouest de Kinshasa) a reçu, en novembre 2010, la plainte d’une jeune fille qui disait avoir été violée par son concubin. « J’étais mineure au moment des faits », soutenait-elle. L’accusé, un militaire gradé, a été condamné à 3 ans d’emprisonnement. Mais, selon cet homme, les enquêtes menées après le jugement auraient révélé que la plaignante avait falsifié sa carte d’identité et qu’elle était majeure à l’époque où il a noué sa relation avec elle.
Avocate, Me Julie Lungu affirme avoir plaidé dans plusieurs affaires de ce genre. Selon de nombreux témoignages, de plus en plus de filles au Bas-Congo se plaindraient d’avoir été abusées par des hommes alors qu’elles étaient mineures. Ces accusations se multiplient depuis que sont menées, partout en RD Congo, les campagnes pour dénoncer les violences sexuelles. En 2006, le pays s’est en effet doté d’une loi condamnant fermement ces actes. Elle stipule, en son article 174, que « sera puni de servitude pénale (emprisonnement, Ndlr) de 5 à 20 ans et d’une amende de 200 000 Fc constants, quiconque aura utilisé un enfant de moins de 18 ans aux fins des activités sexuelles contre rémunération ou tout autre avantage. »

« Une chance pour ma fille »

Cette loi serait ainsi mise à profit par des jeunes filles en rupture de relation amoureuse avec leurs hommes. Un membre de la Synergie provinciale des violences sexuelles constate que « tous les cas connus opposent des filles contre des hommes qui ont généralement de l’argent. » Même si elles ne sont pas mineures en réalité, le but poursuivi par les plaignantes serait, de toute vraisemblance, de se faire dédommager. Et leurs mamans les soutiennent parfois dans cette démarche. « Trouvez-vous normal que des hommes sortent avec nos filles et les abandonnent alors qu’ils leur avaient promis le mariage ? Moi, ma fille doit être indemnisée », revendique une mère, après que l’homme qui sortait avec sa fille l’ait quittée.
Très souvent, les parents laissent leurs filles sortir avec des hommes beaucoup plus âgés. « C’est une chance pour elle. L’essentiel, c’est que son concubin s’en occupe », répondait une femme à ceux qui trouvaient anormal que sa fille, très jeune, partage sa vie amoureuse avec une autorité locale de 30 ans plus âgé qu’elle. « C’est criminel que des mamans exposent ainsi leurs filles pour gagner de l’argent sur leur dos », regrette Léontine Kiminu, coordonnatrice provinciale du Cadre de concertation de la femme congolaise.

Des hommes coincés par la loi

Souvent, les hommes accusés de viols sur mineures finissent par céder. Face aux sanctions que prévoit la loi, la peur et le déshonneur les poussent à accepter un arrangement à l’amiable. Celui-ci se solde parfois par le paiement d’importantes sommes d’argent, lorsque les menaces sont fortes. C’est le cas d’un commerçant expatrié de Matadi qui, pour éviter d’être traduit en justice et de finir en prison, a payé 3 000 $ à la famille de sa jeune concubine qui disait avoir été abusée alors qu’elle avait 17 ans. « J’ai reçu des coups de téléphone à répétition de ses frères, qui me demandaient de me battre pour le sauver », raconte son avocat.

Ces dénonciations deviennent aussi courantes chez des adolescentes qui se livrent à la prostitution. De mèche avec des proxénètes, elles menacent de poursuivre en justice leurs clients, si elles sont mal payées.

Alphonse Nekwa Makwala

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