Goma: les pompiers des Nations-Unies pris pour cible lors d’une incendie

 Les pompiers de Goma n’ont plus le matériel adéquat pour accomplir leur mission. Résultat : quand un feu se déclare dans le chef-lieu de la province du Nord-Kivu, les habitants appellent… la brigade anti-incendies des Nations unies. Et agressent régulièrement ces pompiers, leur reprochant leur lenteur d’intervention… Un comble qui indigne notre Observateur. 

Dans la vidéo ci-dessous, filmée le 17 juin dernier à Goma, des pompiers interviennent pour éteindre un incendie qui s’est déclaré dans un magasin d’aide au consommateur au centre-ville. Les deux hommes ont bien du mal à maîtriser les flammes, pendant qu’une partie de la foule les aide en tenant l’imposant tuyau. Si certains collaborent, l’opération n’est pas facilitée par certains individus qui grimpent sur le camion pour s’en prendre verbalement au pompier.

Ces pompiers ne sont en réalité par des soldats du feu classique : ils font partie de la brigade d’intervention anti-incendie de la Mission des Nations unies pour le Congo (Monusco) à Goma. Leur chef, Ivan Miltchev, a expliqué lors d’un récent point presse que ses hommes sont régulièrement attaqués par la population qui leur reproche leur délai d’intervention lors des incendies. Ceci s’explique notamment par le mauvais état de certaines routes, obligeant les camions à rouler doucement, par la mauvaise desserte de certains quartiers, mais aussi parce que les habitants contactent souvent d’abord la mairie, qui contacte ensuite la Monusco.

Des photos, prises par notre Observateur Guylain Balume, témoignent de ces violences : on y voit des habitants en train de lancer des pierres et casser une vitre et un phare du camion de la Monusco lors d’une intervention fin aout.

Photos des dégâts faits sur un camion de la Monusco après une intervention sur un incendie à Goma. Photos Guylain Balume.

Guylain Balume, blogueur et journaliste à Goma, a assisté à l’incendie visible dans la vidéo.

À Goma, les habitations sont construites en majorité avec des matériaux inflammables [souvent du bois et de la chaume], ce qui entraine beaucoup d’incendies. J’en ai moi-même été victime à mon domicile à 2008, sans que les pompiers ne puissent intervenir à temps. L’année passée, j’ai perdu deux de mes amis qui sont morts calcinés dans l’incendie de leur maison, faute d’intervention.

Le problème est qu’aujourd’hui, les camions de pompiers de la ville de Goma sont en panne. Le moteur de certains est endommagé, d’autres n’ont plus de roues… Par défaut, c’est donc la Monusco qui intervient en cas d’incendie. Or, ce camion n’est supposé intervenir que dans le cas d’incendies à l’intérieur de l’enceinte de la mission des Nations unies ou d’activités dépendantes de celle-ci.

Dans la vidéo ci-dessus, des habitants montent sur le camion pour aller s’expliquer verbalement avec le pompier qu’il accuse de ne pas être suffisamment efficace pour maîtriser l’incendie.


« Une ville d’un million d’habitants sans camion de pompiers, c’est un gros problème »

Contacté par France 24, Roger Monga bin Kalimba, chargé de communication à la mairie de Goma, confirme la situation :

Nous disposons de trois camions de pompiers, tous hors service. La mairie n’a pas assez de moyen pour réhabiliter ces engins et nous sommes dans l’attente d’une aide de la part des autorités provinciales qui nous ont promis des engins neufs. Une ville d’un million d’habitants sans camion qui fonctionne, c’est vraiment un gros problème.

Par ailleurs, nous n’avons pas d’accord avec la Monusco sur ce point, qui intervient au cas par cas lorsqu’elle est sollicitée. Il est donc dommageable qu’elle soit attaquée lors de ses interventions. Le maire de Goma, Dieudonné Malere Mamicho, est d’ailleurs monté au créneau en août pour dénoncer ces jets de pierres ou agressions qui visent à décourager les pompiers d’intervenir.

Quant à notre Observateur Guylain, il avoue ne pas comprendre le comportement des habitants :

Je suis assez choqué de voir ces pompiers de la Monusco se faire régulièrement harceler par des gens en colère qui  reprochent leur « lenteur ». D’autres le font ouvertement pour les ralentir, et piller les commerces avant qu’ils ne brûlent totalement. S’attaquer à ces pompiers qui ne sont normalement pas responsable du secours public, mais qui se portent tout de même volontaires pour vous aider par défaut, c’est anormal.

Alexandre Capron ,Journaliste francophone

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