Beaucoup de R-dCongolais doutent de la capacité de l’ancien abbé de Butembo à conduite le pays aux élections. Portrait.

JUILLET 2005. « Dans l’exercice de ses fonctions, le président de la CÉI, quoique ecclésiastique, ne représente ni n’engage l’Église catholique. Que l’on évite d’entretenir tout amalgame à ce sujet ».

C’est la vénérable Église catholique de la R-dCongo qui excommunie ainsi l’un de ses membres, Muholungu Apollinaire Malumalu. Porté à la tête de la CÉI par la magie du quota régional nord-kivutien, mouvementé par Pierre Nlumbi, l’abbé fait l’unanimité contre lui.

S’il prétend conduire le pays aux élections, il vient, tout récemment en Afrique du Sud, devant des Sud-africains et des délégués des partis politiques de Kinshasa médusés, d’affirmer que même le 30 juin 2006, il n’a aucune garantie que les élections se tiendraient. Pourtant, le voilà, dans chacune de ses communications, houspillant la population…

S’il a un défaut, c’est celui de se savoir suffisant. Haut de 1 m 50, « Monsieur Élections » souffrirait-il du syndrome napoléonien ?

Arrogant, il se croit supérieur, fort de ses « nombreux » diplômes obtenus dans des institutions sans envergure connue mais un diplôme a-t-il jamais fait un intellectuel, et un pédagogue ?

À l’Université catholique de Graben à Butembo, l’abbé est loin d’être considéré comme une brillance.

« Il a le raisonnement lourd, une expression française laborieuse, incohérente, aucune suite dans les idées », nous confie un de ses collègues.

Pour tout dire, l’homme – gaffeur devant l’Éternel – parle sans nuance.

Ordonné prêtre du diocèse de Beni-Butembo en 1986, à 25 ans, il se découvre les talents d’activiste, milite dans le mouvement associatif pour le développement du Nord-Kivu. Avide de pouvoir, il crée et dirige sans partage le Centre de formation et d’animation pour un développement solidaire, CEFADES, et le Consortium Agriculture urbaine de Butembo, CAUB. Dans les Kivu où l’on enregistre le plus fort taux au monde d’ONGs au km2, le secteur nourrit son homme même si on peine à trouver les réalisations de ces organisations liées au développement à la base.

« AU NOM DE QUI ? »

C’est dans le cadre de cette société civile qui, pendant la seconde guerre du RCD, sert de poste avancé au Kabilisme, qu’il est, mouvementé par le pasteur Ngoy Mulunda et par Pierre Nlumbi, le dircab de Samba Kaputo, le conseiller spécial du chef de l’État Joseph Kabila, coopté président de la CÉI, simplement… parce que le poste revenait au Nord-Kivu, sa province.

Quand on interroge la composante société civile, nul ne se reconnaît plus en lui.

« Il n’a des comptes à rendre qu’à sa seule conscience, sinon à ses accointances politiques », témoigne un membre.

L’Église catholique dont il est issu n’est pas, non plus, solidaire de son prêtre, à la différence de Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, porté à bras-le-corps par toute l’Église catholique unanime lorsqu’il fut élu président de la CNS en 1991.

Si Mgr Monsengwo a assumé sa charge en étant constamment à l’écoute du petit peuple, l’abbé de Butembo suscite hargne et rancoeurs, passions et sentiments d’hostilité.

Il faut dire que l’homme n’a guère fait grand-chose ni pour se donner bonne presse dans l’opinion, ni pour rassurer les vrais partis politiques d’opposition, les seuls qui comptent à Kinshasa, et encore moins pour démentir des accointances supposées avec le PPRD, le parti présidentiel.

« Quand il parle, il le fait, au nom de qui ? Dans ses propos, on ne reconnaît pas l’image qu’un Congolais se fait d’un prêtre catholique », nous dit un « Chrétien catholique pratiquant ».

L’abbé s’est lourdement inscrit dans le schéma qui apparaît comme le péché originel du processus électoral : le refus de procéder au recensement des électeurs. Comme un perroquet, il embouche la trompette des tenants du pouvoir qui, à la suite de certains membres du CIAT particulièrement intéressés, arguent que l’opération coûterait très cher pour une institution quasi-entièrement financée par la communauté internationale.

À l’époque cependant, les spécialistes r-dcongolais des élections proposaient une voie de sortie mise en avant, naguère, par la CNS, le recensement administratif de la population techniquement améliorée. Le RAPTA a l’avantage par le biais de quatre opérations couplées d’identifier et d’enrôler les futurs électeurs sans nécessairement passer par un recensement scientifique, tout en se faisant une idée plus ou moins exacte sur le nombre de la population.

« MISSIONNAIRE » ?

L’abbé gobe – et se fait le défenseur – de la simple identification des électeurs. Problème : comment dès lors déterminer le nombre des sièges à pourvoir aux Législatives si l’on ne connaît pas le nombre d’habitants de chaque territoire ? L’abbé n’en a cure. Il a sa logique, explique que le recensement des électeurs donnera une certaine moyenne de la population totale du pays. « Faux », rétorquent les spécialistes des élections.

« Les députés ne représentent pas seulement les personnes en âge de voter. Le risque à présent est de voir une province de 4 millions d’habitants dont la pyramide d’âge démontre un plus grand nombre de personnes âgées avoir plus de représentants que Kinshasa par exemple qui en compte 6 millions, simplement parce que la capitale compte 65% de jeunes », nous confie un membre d’une ONG électorale oeuvrant à Kinshasa.

Si l’abbé a réussi sans convaincre, le 17 juin, à faire adopter par les deux Chambres du Parlement ce qui avait bien l’air d’une symphonie jouée à l’avance, il se signale, dans sa requête, par ces pitreries qui, décidément, semblent lui coller aux basques.

« À ce niveau, la requête viole les dispositions de l’Accord global et de la Constitution », a fait remarquer Pierre Anatole Matusila, sénateur mais surtout président du Conseil de l’Apostolat des laïcs du Congo, autant dire le bras séculier de l’Église catholique, qui parle.

Le chef laïc est sévère à l’égard de « Monsieur l’abbé ».

Quand il faut se faire enrôler comme électeur, l’abbé soudain se rappelle que le pays n’avait pas de papiers d’identité, et s’atèle à légitimer tout ce qui peut se présenter, même la carte d’élève ou d’étudiant, ainsi que la vieille carte verte de l’ère Mobutu.

Grands applaudisseurs devant l’Éternel, les parlementaires frappent des deux mains leurs pupitres, pendant que les experts du domaine électoral s’arrachent les cheveux, et s’apitoient sur le pays que prétend conduire aux élections cet abbé.

Lui qui, tout récemment en Afrique du Sud, devant des Sud-africains et des délégués des partis politiques de Kinshasa médusés, affirmait que même le 30 juin 2006, les élections n’étaient pas sûres de se tenir…

CHEZ LES « SHÉGUÉS ».

L’un d’eux confie au « Soft » que lors du test réalisé à Ngeba dans le Bas-Congo, les envoyés de la CÉI ont constaté que l’Angola n’est qu’à un jet de pierre. Et que les écoles locales contiennent chacune environ pour moitié des élèves angolais. Et que, par conséquent, si les gens peuvent voter sur base de la carte d’élève…

Quant au lancement de l’opération d’enrôlement, il s’est déroulé dans la plus totale pagaille : ordinateurs difficiles à allumer parce que manquant de mot de passe, opération annulée sans explication préalable à certains sites, refus de l’attestation de perte de pièces, qui tient lieu de principale papier d’identité, partout, avec ce que cela comporte comme mécontentement en chaîne.

« Après des atermoiements funestes, la CÉI vient de passer aux précipitations inconsidérées », soupire un observateur qui fait remarquer que l’abbé a reçu mission, de quelques pays membres du CIAT, d’essayer de conjurer l’apocalypse annoncée pour le 30 juin prochain. L’homme s’y prend de façon tellement pathétique qu’il ne réussit qu’une chose : faire pleurer d’angoisse les bonnes consciences.

Dernière sortie en date : la semaine dernière, l’abbé a dépêché l’un de ses adjoints, le 2ème vice-président Norbert Kantintima Basengezi, prêcher l’enrôlement et remettre des cadeaux aux « Shégués » – les enfants de rue -, dans le pur style de la défunte MOPAP.

Une première dans l’histoire : enrôler des personnes ne justifiant pas d’une résidence connue. Les « Shegués » le lui ont bien rendu. Devant les caméras de tout ce que Kinshasa compte comme chaînes de télévision, s’ils l’ont remercié pour les ballons et les tee-shirts, ils lui ont fait savoir, avec des grands gestes, qu’ils attendaient avec impatience la date fatidique du 30 juin pour couper des têtes.

Mais les accusations vont loin : la CÉI aurait triché dans le déploiement des éléments des bureaux de liaison.

Avec un exemple précis : en avril dernier, un concours est organisé pour engager des opérateurs de saisie pour le bureau de liaison de Limeté. Au total, 86 candidats sont enregistrés, dont 6 retardataires sur une liste additive. À la proclamation des résultats, sur les 22 retenus, un seul était censé avoir présenté son examen …

UNE INCLINAISON POLITIQUE ?

D’où sont venus les 21 autres ? « Des partis politiques alliés à l’abbé-président », répond un membre d’une ONG kinoise.

Une inclination politique qui risque de rapporter sur l’Église catholique un rejet populaire. L’Église s’est déjà désolidarisée de l’abbé excommunié.

Dans le message des Évêques aux fidèles catholiques et aux hommes de bonne volonté à l’occasion du 45e anniversaire de l’indépendance de la R-dCongo, « Pourquoi avoir peur ?, l’avenir du Congo dépend de son peuple », les Princes de l’Église désavouent l’abbé. « Nous rappelons (également) que, dans l’exercice de ses fonctions, le président de la CÉI, quoique ecclésiastique, ne représente ni n’engage l’Église catholique. Que l’on évite d’entretenir tout amalgame à ce sujet ». En l’espèce, employer le mot désaveu apparaît comme un euphémisme dans le cas d’un homme que des collègues prêtres poussent à la démission, sans être entendu.

Le 10 janvier 2005, au lendemain de sa déclaration sur Rfi, la radio publique française, des centaines de manifestants envahissaient les rues de Kinshasa pour protester contre toute idée de prolongation de la transition. La police tire dans la foule. Il y a mort d’hommes et mise à sac d’une paroisse catholique.

La vénérable institution l’a compris et refuse de faire les frais de la politique d’un abbé qui ne brille guère par sa clarté.

En mai, le président de la CÉI se faisait lourdement conspuer et jeter dehors successivement de l’Université de Lubumbashi et de l’Institut supérieur pédagogique de Kananga par des étudiants furieux devant celui qu’ils considèrent comme un allié servile du parti au pouvoir.

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« Maman, c’est quoi un abbé ? »

Il est né le 22 juillet 1961 à Muhangi, territoire de Lubero, sur le versant Ouest du majestueux massif de Ruwenzori, Nord-Kivu. Ce Nande du clan des Baswagha, originaire du village de Vutuma, fait ses études primaires à l’école de Muhangi, avant de poursuivre ses humanités à l’institut Kambali et au Petit séminaire de Musienene, toujours Nord-Kivu. S’ensuivent une série d’études sanctionnées par des diplômes à donner des vertiges : philosophât au Grand séminaire de Murhesa à Beni en 1982 ; théologaux dans le même établissement en 1986 ; graduat unique en philosophie ; licence en philosophie aux Facultés catholiques de Kinshasa en 1989 ; trois maîtrises en 1991 à l’Université catholique de Lyon (France) en théologie, en Droits de l’homme et en philosophie ; deux DÉA de l’Université de Grenoble II en études politiques (1992) et en philosophie (1995) ; et un doctorat en Sciences politiques en 1998.

Ordonné prêtre en 1986, il est nommé vicaire à la cathédrale de Butembo où il preste pendant une année. Quand il séjourne en France, il est aumônier des étudiants étrangers de l’Université catholique de Lyon de 1990 à 1992, curé de la paroisse de Monestier-de-Clermont dans le diocèse de Grenoble de 1993 à 1996. Retour au pays, Malumalu reprend le chemin de son diocèse de Beni-Butembo d’origine que dirige alors le futur regretté évêque de Bukavu, Mgr Emmanuel Kataliko.

Il est nommé vice-recteur de l’Université catholique du Graben, à Butembo, en 1997. En 2001, il est nommé recteur de la même université et le reste jusqu’en 2004. Au sein de la société civile, il se fait signaler comme directeur du CEFADES, le Centre de formation et d’animation pour un développement solidaire, président du conseil d’administration du CÉJA, le Centre d’études juridiques appliquées et président du CAUB, le Consortium agriculture urbaine de Butembo. Porté à la tête de la CÉI, l’une des institutions d’appui à la démocratie issues de l’Accord de Sun City, il trône désormais dans les bureaux lambrissés sur avenue colonel Lukusa, en plein centre-ville de Kinshasa, d’où il doit superviser l’objectif principal de la transition : l’organisation des élections.

Mais les enfants de la rue n’ont pas oublié ce qu’est, en réalité, un abbé. Celui qui gonfle son compte en banque, et, qui, le soir venu, se dispute les épouses de ses paroissiens…

BELHAR MBUYI.