Sam Mangwana: ce qu’il savoir sur ce géant de la Rumba congolaise

Géant de la Rumba congolaise, chantre du panafricanisme, Sam Mangwana brasse les styles avec une joie et une énergie non dissimulées. Né en 1945 à Kinshasa de parents angolais, il tire de l’exil familial un goût prononcé pour le voyage, les langues et une curiosité naturelle pour les autres cultures. Sa connaissance du portugais, du lingala, du swahili, du français, de l’anglais et son apprentissage de l’espagnol font de lui le chanteur (entre alto et basse) le plus polyglotte du continent.

Après avoir fait les beaux jours des orchestres de Franco et de Tabu Ley Rochereau à l’époque de la splendeur de la Rumba congolaise (les années 60) il a participé à l’expansion du Soukouss, devenu quasi-hégémonique sur le continent africain. Mangwana n’est cependant pas de ceux qui se cantonnent dans un style unique et opère rapidement un retour aux racines de sa musique, retrouvant les charmes des rumbas d’antan, leur élégance chaloupée et nonchalante. Il prend également un réel plaisir à mettre en avant la fibre cubaine de la rumba congolaise pour un résultat d’une richesse et d’une chaleur inouïes. Mais c’est aussi la lutte contre la corruption et la violence qui est le moteur de sa musique, toujours porteuse de messages de paix, prônant le rapprochement des cultures et le respect de l’autre dans sa différence. Cantos de Esperanca, son nouvel album est une pure merveille à l’écoute duquel vous comprendrez alors le sens de l’universalité que Sam entend donner à sa musique.

S’il est un artiste dont l’œuvre peut être qualifiée d’universelle, tout en ayant une marque très personnelle, c’est bien celle de Sam Mangwana. Polyglotte et grand baroudeur, le parcours du géant de la rumba congolaise prend sa source dans l’histoire familiale.

Né à Kinshasa en 1945 de parents angolais émigrés au Congo Belge, Sam Mangwana est marqué très tôt par l’exil familial qu’il a su positiver par un goût prononcé pour le voyage et une curiosité naturelle pour les autres cultures. « À cette époque, en Angola » explique l’artiste, « il y avait les travaux forcés dans les plantations de café, y compris pour les enfants à partir de 14 ans. Mes parents résistant à la colonisation ont fui la dureté de l’administration portugaise ».

Sam Mangwana grandit dans l’amour de la musique. Son père tient une grande épicerie à Kinshasa (Congo Belge) et sa maman, qui fait partie d’une association culturelle de mamans angolaises, chante pour les grands évènements (mariage, funérailles, manifestations culturelles). Le jeune garçon, à l’écoute des programmes de Radio Congo Belge, se nourrit de l’influence d’artistes venus du monde entier (Cuba, Espagne, Italie et Etats-unis). Formé par les missionnaires de l’Armée du Salut, le jeune Samuel s’initie au chant dans la chorale de l’église de Kasangulu (à 40 km de Kinshasa) où il est en internat. « C’est presque par accident que j’ai rencontré Tabuley et docteur Nico » explique celui qui est aujourd’hui devenu une référence pour des générations d’artistes, « c’est à leurs côtés que je me suis formé au chant alors que je n’avais que 18 ans ». Dès lors, et malgré la désapprobation paternelle, les groupes s’arrachent le jeune talent. Sa voix exceptionnelle, son sens musical, son charisme, et son humour font en effet de lui l’un des meilleurs « ambianceurs « de sa génération. « Mon père a fini par comprendre que chanter était mon destin » explique l’artiste, « Peut être que c’est ta mission dans ce monde m’a t-il dit, mais n’oublie jamais de lutter pour la liberté de l’Angola, n’oublie jamais de te battre pour la liberté de l’Afrique ». Une promesse que ce grand musicien ne sacrifiera jamais sur l’autel du succès. Ses textes chantés dans sept langues différentes (lingala, kikongo, bambara, swahili, français, anglais, portugais et espagnol) sont tous porteurs de messages de paix, de tolérance, prônant le rapprochement des cultures et le respect de l’autre dans sa différence.

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« Mose-Konzo »

La rencontre avec Rochereau et l’African Fiesta sera décisive puisque le travail de Mangwana en tant que chanteur et arrangeur ira même jusqu’à être la clef de voûte de certains albums de celui qui lui mis le pied à l’étrier. Parce qu’il parle portugais, c’est à Sam que l’on confie l’interprétation du répertoire latino. Il connaît alors par cœur tous les tubes de l’Orchestre Aragon, John Pacheco, Harry Bellafonte, du Trio Maravilles sans oublier Tito Puente. C’est la grande époque où la biguine, le meringe, la mazurka, et le calypso, musiques aux racines africaines sont ré-africanisées. C’est le triomphe de la rumba congolaise. Outre ses talents artistiques et linguistiques, le sens de l’organisation de Mangwana est également précieux aux groupes qui voient arriver la signature de leurs premiers contrats. Ainsi, dès 1965, Sam Mangwana, parrainé un grand artiste de Pool Malebo (région entre Kinshasa et Brazzaville) Loubelo de La Lune, est membre de la SACEM alors que la plupart de ses confrères ne pensent pas à protéger leurs œuvres. En 1970, à 25 ans, il sera le premier également à créer son propre label : Sonora.
En 1972, Mangwana rejoint un autre géant de la musique congolaise : le guitariste Franco. Les polémiques vont alors bon train à cause de conceptions musicales très différentes de l’African Jazz de Joseph Kabasele (Kallé).

Loin des disputes stériles, Sam Mangwana s’efforce de puiser ce qu’il y a de meilleur dans les différents courants musicaux qu’il côtoie et démarre une carrière solo en 1968 avec à ses côtés le guitariste Guyano, Michelino, Dizzy Mandegeko et Dalienst avant de s’installer en Côte d’Ivoire.

« C’est la musique cubaine et caraïbéenne qui a eu le plus d’influence sur moi » explique ce chanteur à la voix entre alto et basse reconnaissable entre toutes, « c’est comme un jeu de va et vient de part et d’autre de l’Océan Atlantique. L’esclavage a apporté les rythmes africains jusqu’en Amérique. Aujourd’hui, le son afro-latino revient vers l’Afrique et est encore transporté à travers la rumba congolaise jusqu’aux Caraïbes ».

C’est en 1976, à Abidjan où s’installe l’artiste que la « rumba congolaise » à la Mangwana prend toute sa dimension. Fuyant les dictatures de l’Afrique centrale, la musique devient pour Sam Mangwana un instrument de lutte contre la corruption et la violence. Métissant la musique des Caraïbes, de l’Afrique Centrale et de l’Afrique de l’Ouest à la salsa sud-américaine, Sam, en pattes d’eph et chemises cintrées à la James Brown, enchaîne tubes sur tubes. Il n’est alors pas rare qu’il chante devant un parterre de plus de 50 000 personnes. La « fièvre Mangwana » s’étend d’un bout à l’autre du continent noir ; de l’Ouest à l’Est en passant par l’Afrique Centrale et jusqu’en Afrique Australe, Mangwana devient une légende.

En 1979, c’est l’Europe qui est touchée puisque Mangwana remplit le Bataclan à Paris durant quatre week-end consécutifs.

Avec « Georgette Eckins » (1978) et « Maria Tebbo », (1980), et « Mathilda » Sam impose un style où chaque chanson raconte une histoire particulière. Ses textes qui chantent l’amour sont également très engagés. Ils rendent hommage aux luttes de la décolonisation « Canto Mozambique », « Soweto », « Zimbawbe » ou dénoncent l’archaïsme du mariage forcé « Afogné », ou encore la déforestation et la famine en Afrique avec « Manjani ». Résolument panafricain, qu’il s’agisse de musique ou de politique, Mangwana rêve « d’une Afrique sans arme où la démocratie ne soit pas soumise à la hausse ou la baisse du dollar ». Dans « Sentence », il dénonce l’incompétence de l’ONU à régler les problèmes du Tiers Monde.

Alors que la France voit au début des années 80 l’émergence de la World Music avec les musiques africaines, c’est aux Etats-unis que Sam Mangwana rencontre ses plus grands succès en faisant les gros titres de la presse. La sortie de « Galo Negro » en 1998 a un retentissement international tel qu’il remporte le « Crossroads Music awards » de la World Music comme « Gold Star 1999². Avec cet album électro-acoustique, Sam Mangwana renoue avec ses racines avec une forte prédominance des musiques traditionnelles tout en gardant une dimension résolument moderne. L’accordéon du Malgache Régis Ghisavo répond à la guitare de Papa Noël faisant chanter le « coq noir » éveilleur des consciences africaines. « Il y a une exigence de sauvegarder la culture en Afrique pour garder une identité très riche » explique le chanteur, « on a une vision tronquée de l’Afrique, on ne parle que des guerres, de la famine et de la corruption. Tout cela existe, mais nous avons le devoir en tant qu’artistes de parler aussi de ce qui existe de positif. Malgré tout je suis optimiste pour ce continent ».

Quel que soit le style qu’il ait pu interpréter (de l’afro-latino à la disco, de la rumba congolaise à la musique mandingue voire même le rap avec « No me digas no »), quelle que soit la notoriété de ses partenaires, cet homme de culture ne sacrifie jamais la qualité à une quelconque mode.

Perfectionniste et amoureux d’un art qui ne triche pas avec le public, Sam Mangwana est un travailleur infatigable peaufinant chaque mélodie en voulant toujours donner le meilleur de lui-même.

Fanny Tell © www.africultures.com

 

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