Bob Marley et la folle histoire du cannabis

Chère lectrice, cher lecteur, quand on parle de santé naturelle, de plantes médicinales, vient toujours le moment où l’on vous demande votre avis sur le cannabis.

Le cannabis est le nom latin d’une plante extrêmement banale, le chanvre.

Le chanvre est connu et utilisé par l’homme depuis sans doute plus de 10 000 ans pour faire des cordes, des tissus, de l’huile (les premiers moteurs diesel fonctionnaient à l’huile de chanvre ! [1]), manger les graines et plus récemment faire du papier (la première Bible de Gutenberg fut imprimée sur du papier de chanvre [2]).

C’est une plante très fibreuse, originaire d’Asie, mais son utilité était si évidente qu’elle s’est vite répandue dans toutes les civilisations, des Chinois aux Romains en passant par les Egyptiens, la Mésopotamie, puis les Européens, les Arabes, le Mexique, puis le monde entier au XIXe siècle.

Les graines de chanvre étant parfois consommées comme nourriture, on suppose que les gens s’aperçurent de ses effets psychotropes (modification de conscience).

En effet, le chanvre contient des substances actives appelées « cannabinoïdes », dont le plus puissant est le tétrahydrocannabinol (THC), suivi du cannabidiol (CBD).

Cannabis, marijuana, haschich

Cannabis, marijuana et haschich sont des noms qui se réfèrent à différentes parties de la plante :

Le cannabis est la plante entière ; la teneur globale en THC (substance psychotrope) varie selon les espèces.

La marijuana, ce sont les fleurs femelles non fécondées du chanvre (ou cannabis) et séchées. La teneur en THC peut varier de 1 % à 20 %.

Le haschich est la résine du chanvre, raclée sur les feuilles et fleurs du sommet de la plante pour former une pâte brune. Elle est plus riche en THC (10 % à 30 %).

L’huile essentielle du chanvre peut être extraite grâce à des solvants. Elle est beaucoup plus riche en THC (80 %).

Il existe toutes sortes de moyens de consommer ces produits (en infusion, en vaporisation, sous forme de gâteau…) mais le plus courant est de les fumer, mélangés avec du tabac, ce qui s’appelle un « joint ».

Cette pratique est illégale dans la plupart des pays pour un usage « récréatif ». Mais un nombre croissant de pays dépénalisent la possession de petites quantités de cannabis pour un usage personnel et autorisent l’usage thérapeutique du cannabis : Canada, Australie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande et une vingtaine d’Etats américains.

Effets immédiat du cannabis

L’effet immédiat des cannabinoïdes est de diminuer la tension artérielle, musculaire, la coordination, provoquant une impression de flotter (être « high » ou « stone »), et diminuer la mémoire à court terme.

Le cœur bat plus vite, les yeux rougissent, la bouche est sèche, l’appétit augmente.

On parle donc d’une modification de l’état physique et psychique, qui explique le succès du chanvre dans les rites chamaniques et religieux (nous y reviendrons en détail).

Selon la quantité de THC et selon les individus, cet état peut être ressenti comme plus ou moins agréable, et plus ou moins violent.

Si certains parlent d’une détente et d’une euphorie provoquées par le cannabis, 430 000 personnes se rendent chaque année aux urgences des hôpitaux aux Etats-Unis pour des crises comme des attaques de panique ou des bouffées délirantes provoquées par le cannabis [3].

À long terme : baisse du QI, échec scolaire, schizophrénie, suicide

À long terme, l’usage régulier du cannabis réduit le QI (Quotient Intellectuel) de 3 à 6 points chez l’adulte, et de 8 points chez ceux qui commencent à l’adolescence, selon une grande étude néozélandaise réalisée en 2012. L’attention, la mémoire et la vivacité intellectuelle sont perturbées, et ce de façon accentuée et persistante [4].

Ces résultats ont été confirmés par une étude qui vient de paraître dans The Lancet, et qui indique que les adolescents de moins de 17 ans qui fument du cannabis tous les jours ont 60 % plus de risques de ne pas terminer leurs études secondaires et de ne pas réussir l’examen final, par rapport à ceux qui n’ont jamais fumé.

Bien plus grave encore, selon l’analyse, les fumeurs quotidiens de cannabis ont 7 fois plus de risques de commettre une tentative de suicide et 8 fois plus de risques de faire usage d’autres drogues plus tard dans leur vie [5].

Très inquiétant aussi, la consommation de cannabis est associée à une forte hausse du risque de schizophrénie, une grave maladie mentale [6].

Enfin, le cannabis fumé dégageant les mêmes toxines de combustion que le tabac (goudrons, monoxyde de carbone, radicaux libres…), il a les mêmes effets que celui-ci sur la hausse du risque cardiaque, de cancer du poumon, les dents jaunes, etc.

Cannabis : un usage très ancien et répandu

L’historien grec Hérodote (450 av. J.-C.) raconte que les Scythes (une peuplade des bords de la mer Noire) dressaient de petites tentes de laine serrée où ils organisaient des bains de vapeur à partir de fleurs de chanvre brûlées dans un vase contenant des pierres rougies qui « entraînaient la confusion des participants », un effet qu’Hérodote n’avait pas l’air de trouver formidable.

L’historien romain Pline l’Ancien témoigne lui aussi que les effets des graines de cannabis étaient connus :

« Certains mangent les graines frites avec des sucreries. Les graines apportent une sensation de chaleur et si consommées en grandes quantités, affectent la tête en lui envoyant des vapeurs chaudes et toxiques. »

La première interdiction date de 1378, lorsque l’émir Soudoun Sheikouni interdit la culture du chanvre en Égypte, à Joneima, et condamne ceux pris en train d’en consommer à avoir les dents arrachées.

Mais en réalité, personne ne songea à créer une psychose autour du chanvre jusqu’au XXe siècle.

Il y en avait partout, c’était indispensable pour les cordes, les tissus, le papier, et les enfants des paysans – qui tous avaient du chanvre dans leur jardin – ne semblaient pas particulièrement obsédés par l’envie d’en cueillir et d’aller en fumer en cachette au fond des bois.

Effets thérapeutiques du cannabis : peu spectaculaires

D’un point de vue thérapeutique, on connaissait les effets du chanvre, qui n’ont rien de spectaculaire d’ailleurs.

L’abbesse allemande Hildegarde de Bingen (1098-1179) en cultive dans le jardin du couvent, aux côtés d’autres simples. Elle préconise son usage pour combattre les nausées (anti-émétique) et contre les douleurs de l’estomac. Les personnes qui en consomment s’aperçoivent également que cela relaxe les muscles.

Ces effets du cannabis (antinausée, antidouleur, relaxant) seront rappelés par un médecin irlandais au XIXe siècle, William Brooke O’Shaughnessy, et le cannabis continuera son petit bonhomme de chemin dans les pharmacies, y compris aux Etats-Unis où il fait partie de la pharmacopée officielle (substances reconnues et autorisées pour leur effet médicinal) jusqu’en 1936.

Actuellement, l’engouement pour le cannabis (nous parlerons des causes plus loin) a déclenché de nombreuses tentatives de démontrer que c’était une extraordinaire plante médicinale.

Fausses informations sur le cannabis

Certains sites peu fiables (par exemple Wikipédia) prétendent qu’il faudrait en donner aux enfants pour traiter le trouble du déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH), aux autistes, aux paraplégiques, aux parkinsoniens, aux cancéreux, aux malades atteints d’Alzheimer, en cas d’ulcère, de diarrhée, de migraine, de maladie auto-immune, aux dépressifs, aux schizophrènes, aux insomniaques, aux drogués même pour soigner la dépendance à la cocaïne.

C’est totalement faux. Et quand Wikipédia recommande le cannabis en cas de schizophrénie et autres troubles mentaux, c’est criminel.

On sait au contraire que l’usage de la marijuana à l’adolescence augmente le risque de psychose à l’âge adulte [7], en plus de provoquer une baisse temporaire des facultés cognitives [8].

Les véritables études scientifiques qui ont été réalisées n’ont fait que confirmer ce que Hildegarde de Bingen (et probablement les chamans des millénaires avant elle) savaient déjà : que le cannabis aide contre les nausées, stimule l’appétit, relaxe les muscles et a un certain effet antidouleur.

Dans ce cadre, on pouvait supposer qu’il serait susceptible d’aider les patients traités par chimiothérapie contre le cancer (qui ont des nausées et des douleurs), les malades du sida (qui perdent l’appétit), les personnes ayant des tensions incontrôlables et douloureuses dans les muscles (épilepsie, sclérose en plaque, syndrome de Tourette (tics nerveux)).

Et de fait, voici les conclusions des recherches scientifiques à l’heure actuelle. (la suite ci-dessous)

Conclusions des études scientifiques sur les effets thérapeutiques du cannabis

Les études scientifiques ont conclu aux effets thérapeutiques suivants, accompagnés cependant des effets indésirables mentionnés ci-dessus. C’est donc avec un médecin que le patient doit évaluer si le rapport risque/bénéfice est bon ou non :

Cancer : Le cannabis est efficace contre les nausées et vomissements provoqués par la chimiothérapie dans le cadre du traitement du cancer [9].

Les études réalisées sur ce sujet n’ont pas porté sur du cannabis fumé, mais sur des gélules contenant 5 à 10 mg de THC (dronabinol-Marinol®) administré par voie orale, et légales pour cette indication au Canada. La pénétration du THC dans l’organisme est alors sensiblement la même qu’en fumant un joint, sans les inconvénients des toxines dégagées par la combustion (goudron, monoxyde de carbone…).

L’efficacité du cannabis serait alors supérieure aux médicaments antinausée traditionnels mais inférieure à l’ondansétron, un nouveau type de médicament. Toutefois, les effets secondaires indésirables sont importants. Lors des études réalisées auprès de 1400 volontaires sous chimiothérapie (donc des personnes a priori favorables au traitement), 10 % ont abandonné le traitement en raison des effets indésirables : dépression, hallucinations, paranoïa, hypotension.

Sida : Le cannabis est également efficace pour rendre l’appétit aux personnes malades du sida, et lutter contre la perte de poids provoquée par la maladie [10], mais toujours avec les mêmes effets secondaires.

Douleurs : De vieilles études (datant de 1975) sur un petit nombre de patients cancéreux (41) indiquent que le cannabis pourrait être efficace contre les douleurs liées au cancer. Mais là encore, les patients se sont plaints d’effets indésirables importants. On a constaté que 10 mg et 20 mg de THC étaient respectivement aussi efficaces que des doses de 60 mg et 120 mg de codéine. À 10 mg, le produit était bien toléré par les sujets, tandis qu’à 20 mg il a causé de la somnolence, des étourdissements, de l’ataxie, une baisse de l’acuité visuelle et même une anxiété extrême chez 5 sujets [11].

Sclérose en plaques : les tremblements, les douleurs et la baisse de la mobilité provoquée par la sclérose en plaques peut être atténuée par le THC. Un traitement à vaporiser sous la langue est autorisé au Canada [12].

Mentionnons enfin des cas anecdotiques où des patients affirment être soulagés du glaucome (maladie des yeux) grâce au cannabis, celui-ci réduisant la pression oculaire.

Comment le cannabis est devenu populaire

Nous avons donc dit que le cannabis n’a rien d’une plante merveilleuse sur le plan thérapeutique et que, en tant que drogue, elle n’a jamais été massivement convoitée par les adolescents et adultes en recherche de sensations et d’évasion, qui n’avaient pourtant qu’à tendre la main dans leur jardin pour en trouver.

Certains poètes parisiens (Baudelaire) à la fin du XIXe siècle se servirent malgré tout du chanvre pour chercher l’inspiration et explorer les « paradis artificiels », mais il s’agissait d’un mouvement marginal et socialement élitiste.

Comment le chanvre est-il ainsi passé si brutalement de plante banale au stade de plante mythique, le nouveau « fruit défendu », officiellement interdit dans la plupart des pays mais consommé régulièrement par 20 millions de personnes en Europe ?

Tout bascule à la Jamaïque dans les années 1930

La Jamaïque est une île des Caraïbes qui servait de première étape dans la Traite des Noirs vers l’Amérique. S’y sont mélangés depuis cinq siècles des populations africaines (surtout Afrique de l’Ouest) et des Européens qui y ont apporté la Bible. D’innombrables églises chrétiennes issues du protestantisme s’y côtoient.

L’esclavage ayant été aboli en 1838, la main-d’œuvre indienne (originaire d’Inde, non d’Amérique) afflue à la Jamaïque. Elle apporte avec elle les traditions de l’ashram indien telles que le régime végétarien, la méditation et surtout l’usage du chanvre – appelé dans cette tradition « Ganja », terme sanskrit – utilisé dans le cadre des rites religieux.

La Ganja se répand rapidement dans toute la Jamaïque, bien au-delà de la communauté indienne, tandis que bouillonnent les mouvements prophétiques et révolutionnaires.

Le mouvement rastafarien ou « rasta »

En 1924, un pasteur jamaïcain parti aux Etats-Unis, le Révérend James Morris Webb annonce aux Jamaïcains que la fin de l’esclavage un siècle plus tôt n’a été qu’une étape dans leur chemin de délivrance.

Les descendants d’esclaves noirs doivent maintenant connaître un double mouvement de libération, la libération intérieure par une conversion spirituelle, la liberté politique en retournant en Afrique.

Dans une interprétation originale de la Bible, il désigne l’Ethiopie comme la véritable « Terre Promise », qu’il appelle « Sion ». C’est là que doivent retourner les Afro-Américains, telles les « Douze tribus d’Israël » fuyant la nouvelle « Babylone » qu’est le monde occidental et ses institutions [13].

Et il fait la « prophétie » suivante : « Regardez vers l’Afrique, où un roi noir sera couronné, qui mènera le peuple noir à sa délivrance ».

C’est la fondation du mouvement « rastafari » ou « rasta ».

Le mouvement est profondément enraciné dans la Bible, les références chrétiennes et judaïques. Le rastafarien doit par exemple suivre certaines prescriptions bibliques, celles des Nazarites (dont faisait partie le célèbre Samson) :

– ne pas se couper les cheveux, ni la peau, ce qui entraîne l’apparition de « dreadlocks », de longues mèches de cheveux ;

– ne pas boire d’alcool ;

– suivre un régime végétarien strict.

Le rastafarien doit lire un chapitre de la Bible tous les matins. Il suit les Dix commandements.

Il est polygame : le célèbre rasta Bob Marley (mort à 36 ans) reconnut 11 enfants, une autre star rastafarienne du reggae comme Denroy Morgan en eut 29.

Mais s’y mêlent aussi les influences indiennes, et en particulier la Ganga (cannabis). Fumer de la Ganja est considéré comme un « sacrement » par les rastas.

C’est un signe donné par Dieu (qu’ils appellent « Jah ») pour aider à leur conversion intérieure, augmenter leur grâce, les élever spirituellement.

De faible ampleur au départ, le mouvement rastafari connaît une brutale expansion lorsque, en 1930, la prophétie du révérend James Morris Webbd « se réalise ».

La prophétie rasta se réalise

En 1930 est couronné en Ethiopie un roi, Haïlé Sélassié Ier. Son nom signifie « Puissance de la Trinité ». Haïlé Sélassié prend pour emblème le Lion de Juda, emblème de la première Tribu d’Israël dans l’Ancien Testament. Il affirme descendre du Roi Salomon par la Reine de Saba.

Pour Marcus Garvey, un rasta habitant à Harlem (New York), c’est un signe qui ne trompe pas : ce roi est le nouveau « Messie ». Il déclare qu’il descend aussi de Moïse et de Jésus, qui eux aussi d’ailleurs étaient noirs.

Marcus Garvey est interné en 1938, mais son message est largement entendu à la Jamaïque où le Roi d’Ethiopie devient une véritable idole vénérée par les rastafaris comme l’incarnation de Dieu lui-même. À tel point que Haïlé Sélassié Ier décide de se rendre en Jamaïque en 1966. Et c’est là que tout bascule.

La conversion de Bob Marley

Bob Marley, fils d’un Anglais du Sussex et d’une Jamaïcaine, est un chanteur talentueux et extrêmement attachant, qui connaît déjà une grande popularité à la Jamaïque lorsque le roi d’Ethiopie s’y rend en 1966.

Il est marié à Rita Marley, une femme qui participe à un meeting autour du Roi d’Ethiopie.

Et c’est là qu’elle affirme voir les stigmates du Christ (trous laissés dans ses mains et dans ses pieds par les clous de la croix) dans les mains du Roi. Bob Marley se convertit au rastafari.

Parolier remarquable, il intègre à ses chansons les thèmes rastafaris, appelant à l’amour, la révolte des descendants d’esclaves, à la conversion spirituelle, à la gloire du Roi d’Ethiopie (appelé Lion de Juda), à la nostalgie de la terre de Sion, au départ de Babylone, à la lutte contre l’oppresseur (« I shot the Sheriff ») et bien sûr à la consommation de cannabis (Kaya, Easy Skanking), sacrement du mouvement rasta.

Sa musique, le « reggae », est lente, chaloupée, inspirée du rocksteady, du ska, et du Rythm and blues. C’est une fusion d’influences africaines, européennes et américaines. Ses concerts sont de véritables cérémonies rituelles, dans lesquelles se mêlent les prophéties, les prières et les appels à la conversion et au combat (Get up, Stand up !), le cannabis créant l’union sacrée entre les musiciens (son groupe s’appelle les Wailers, c’est-à-dire les « gémisseurs », qui aspirent à se libérer de l’oppression) et le public.

En 1973, le guitariste de blues anglais Eric Clapton venu à la Jamaïque découvre son talent. Il reprend l’année suivante sa chanson « I Shot the Sheriff », qui connaît instantanément le succès et fait la célébrité mondiale de Bob Marley.

La vague du reggae en Occident est lancée.

Les disques de Bob Marley se vendent à des millions d’exemplaires (200 millions à ce jour). Il fait des tournées mondiales, popularisant à grande échelle cette musique magique qu’est le reggae, qui donnera plus tard naissance au rap.

En même temps qu’il découvre Bob Marley, le reggae et le rastafari, le grand public découvre le « joint » qui accompagne toujours les musiciens. On peut toutefois supposer que la signification politique et spirituelle du cannabis échappe totalement au grand public.

Néanmoins, un véritable courant esthétique et spirituel au niveau mondial est créé.

Bob Marley, les rastas, le reggae et le cannabis deviennent des symboles de la libération, du progrès social, du retour aux sources africaines de l’humanité, et d’une nouvelle spiritualité détachée des contraintes matérielles de l’Occident.

Le mouvement connaîtra par la suite de profondes mutations, avec une place plus ou moins centrale accordée au cannabis, que l’on retrouve chez les rappeurs qui sont les « descendants » directs des rastas.

Et de même que le reggae et le rap sont appréciés de centaines de millions d’auditeurs qui, sans forcément comprendre toutes les paroles, éprouvent un sentiment de communion avec les musiciens, des millions de personnes qui n’ont pas ou peu de connaissance des racines spirituelles du mouvement rastafari ont été familiarisées avec son « sacrement », le cannabis.

Bob Marley meurt du cancer

Bob Marley mourut en 1981 à l’âge de 36 ans, non d’un cancer du poumon mais d’un cancer de la peau (mélanome) au gros orteil.

En fait, ce mélanome lui avait été diagnostiqué en 1977. Les médecins lui avaient conseillé de se faire amputer l’orteil en urgence. Bob Marley refusa, le rastafari interdisant de se « couper » (voir plus haut). Le cancer se métastasa, Bob Marley avait cinq tumeurs en 1980 et mourut dans d’atroces souffrances en 1981, dans une clinique en Bavière, tandis que le Dr Issels, inventeur d’une thérapie alternative contre le cancer, tentait de le sauver [14].

Toute une controverse tourne évidemment autour du Dr Issels, mais j’aimerais savoir ce que proposent les polémistes et les censeurs comme thérapie conventionnelle efficace quand un patient a développé cinq tumeurs, dont une au cerveau… (la suite ci-dessous)

Bref, toujours est-il que Bob Marley reste dans le cœur de millions de fans le symbole absolu du reggae et du mouvement rasta. Il a sa statue de cire au musée de Mme Tussaud, à Londres, non loin de celle de la Reine Elizabeth, de Nelson Mandela et du Pape Jean-Paul II.

Il est chevalier de l’Ordre du Mérite Jamaïcain. Et il a popularisé l’idée que consommer du cannabis est un acte de libération à la fois politique et spirituel (libération intérieure).

La fiche Wikipédia de Bob Marley le décrit comme un « apôtre », un « prophète » [15], et le journal The New York Times écrit qu’il serait un jour considéré comme « un saint » [16].

C’est ainsi que le chanvre, autrefois aussi banal que l’ortie ou le pissenlit, est devenu aujourd’hui le fruit défendu par excellence.

Et cela fait bien les affaires des descendants de Bob Marley…

Bob Marley : 5e au classement Forbes des célébrités décédées les plus rentables

Bob Marley qui chantait contre le commerce et le capitalisme se retournerait dans sa tombe s’il savait l’exploitation éhontée qui est faite de son nom et de son image par ses descendants.

Il est aujourd’hui devant John Lennon et Marilyn Monroe au classement Forbes des célébrités décédées les plus rentables, avec 17 millions de dollars en 2012 [17].

Mais ce n’est peut-être qu’un début. Le « Bob Marley Estate », la société qui gère les droits de ses héritiers sur son image, a annoncé la semaine dernière le lancement d’un mélange spécial de marijuana appelé « Marley Natural », qui sera vendu légalement dès l’année prochaine aux Etats-Unis.

Le fond de capital-investissement Privateer Holdings, basé à Seattle, s’est allié à sa veuve et à ses enfants pour lancer la production et la distribution de masse d’une espèce prétendument traditionnelle de cannabis « jamaïcain » (en fait, le cannabis est originaire d’Asie) sous forme de lotions, de crèmes, et de feuilles [18].

À quoi il faut ajouter les T-Shirts Bob Marley, les casquettes, les porte-clés et les badges Bob Marley, les posters Bob Marley que les adolescents « révoltés » achètent dans les supermarchés, les casques, les montres et les Cds, plus la mode des dreadlocks qui a maintenant gagné les Japonais.

Mais cette fois, avec son nom servant de fer de lance au mouvement international de légalisation du cannabis, on parle d’un marché global pesant des milliards de dollars. Qu’il l’ait voulu ou non, Bob Marley est donc devenu le cow-boy Marlboro de la marijuana.

Si rien n’est fait, c’est certain, son nom ne sera bientôt plus que celui d’une multinationale cotée au Nasdaq.

À votre santé !

Jean-Marc Dupuis

Sources :

[1] Wikipedia : Chanvre – Huile

[2] Wikipedia : Chanvre – Histoire

[3] Highlights of the 2011 Drug Abuse Warning Network (DAWN) Findings on Drug-Related Emergency Department Visits

[4] Ados : fumer régulièrement du cannabis abîmerait durablement le cerveau

[5] Le cannabis chez les jeunes augmente les risques d’échec scolaire

[6] CANNABIS AND SCHIZOPHRENIA A Longitudinal Study of Swedish Conscripts

[7] Arseneault L, Cannon M, et al. Cannabis use in adolescence and risk for adult psychosis : longitudinal prospective study.BMJ. 2002 Nov 23 ;325(7374):1212-3.29.

Barnes TR, Mutsatsa SH, et al. Comorbid substance use and age at onset of schizophrenia. Br J Psychiatry. 2006 Mar ;188:237-42.

[8] Grant I, Gonzalez R, et al. Non-acute (residual) neurocognitive effects of cannabis use : A meta-analytic study.J Int Neuropsychol Soc. 2003 Jul ;9(5):679-689.30.

[9] Ben Amar M. Cannabinoids in medicine : A review of their therapeutic potential. J Ethnopharmacol. 2006 Apr 21 ;105(1-2):1-25.

Tramer MR, Carroll D, et al. Cannabinoids for control of chemotherapy induced nausea and vomiting : quantitative systematic review.BMJ. 2001 Jul 7 ;323(7303):16-21. Texte intégral.

[10] Beal JE, Olson R, et al. Dronabinol as a treatment for anorexia associated with weight loss in patients with AIDS.J Pain Symptom Manage. 1995 Feb ;10(2):89-97.

[11] Noyes R Jr, Brunk SF, et al. Analgesic effect of delta-9-tetrahydrocannabinol. J Clin Pharmacol. 1975 Feb-Mar ;15(2-3):139-43. Cité et décrit dans : Santé Canada. Marihuana : Information destinée aux professionnels de la santé. Canada, 2003. [Consulté le 15 octobre 2006].

Noyes R Jr, Brunk SF, et al. The analgesic properties of delta-9-tetrahydrocannabinol and codeine.Clin Pharmacol Ther. 1975 Jul ;18(1):84-9. Cité et décrit dans : Santé Canada. Marihuana : Information destinée aux professionnels de la santé.

[12] Zajicek J, Fox P, et al. Cannabinoids for treatment of spasticity and other symptoms related to multiple sclerosis (CAMS study) : multicentre randomised placebo-controlled trial. Lancet. 2003 Nov 8 ;362(9395):1517-26.

[13] Dans l’Ancien Testament, les Juifs sont persécutés par les Assyriens, qui les exilent à Babylone, sur les rives de l’Euphrate. À Babylone, ils sont réduits en esclavage, perdent leur identité, mais certains finissent tout de même pour rentrer au Royaume de Juda (Palestine), où ils peuvent à nouveau vivre selon les commandements de Dieu (Yahve).

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