Ngoy Mulunda : « J’ai sauvé le pays du chaos »

Président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) entre 2011 et 2013, Daniel Ngoy Mulunda dirige actuellement un parti politique « Espace Démocratique pour la bonne Gouvernance » (EDG) qu’il affirme avoir créé depuis 2012. Discret depuis son départ de la tête de la Ceni, Ngoy Mulunda n’est pas très bavard sur les élections organisées en 2011 dont plusieurs personnalités et organisations ont déploré les irrégularités. Ces élections feront l’objet du livre qu’il promet de publier en 2017.

L’ancien président de la Ceni affirme cependant avoir livré « un combat patriotique » en organisant ces élections. « J’ai sauvé le pays du chaos », déclare-t-il au cours de l’entretien qu’il nous a accordé à Radio Okapi.

Daniel Ngoy Mulunda, nous vous retrouvons aujourd’hui à la tête d’un parti politique. Qu’est-ce qui vous a motivé à quitter la pastorale pour la politique ?

Je n’ai pas quitté la pastorale. On ne la quitte jamais. Je pense que l’action politique va compléter mon action pastorale parce qu’il y a des choses qui peuvent être faites par l’église. Il y a des choses pour lesquelles il n’y a que le politique qui peut trouver des réponses. Donc, en complétant les deux, on peut répondre aux besoins de la personne humaine.

Votre parti politique existe depuis combien de temps ?

Ce parti politique a été créé depuis 2012.

Il est resté longtemps dans le noir

Pas dans le noir comme tel parce qu’on commençait à installer le parti sans montrer les symboles. On a commencé à éduquer les gens, à parler avec eux. Jusqu’à ce qu’aujourd’hui, on vient de réunir les représentants des groupes locaux, 1 200 personnes. On a voulu d’abord expliquer aux gens le travail du parti. C’est maintenant qu’on a décidé de sortir.

Quelles sont les ambitions de ce parti ?

Participer à la gouvernance et gouverner différemment. Il y a des choses auxquelles nous aspirions. Mais on a trouvé qu’on n’est pas satisfait par ce que d’autres partis font. Leurs préoccupations ne rencontrent pas nos priorités. C’est pour cela que nous nous sommes dit : Nous faisons un parti qui va nous permettre de participer au processus de prise de décision et, en ce moment-là, nous pouvons faire passer ce que nous avons comme idéologie, comme vision pour ce pays et pour cette province.

Ce parti est de quelle tendance ?

Il est centriste.

C’est-à-dire ?

Scientifiquement, un parti centriste est un parti qui a sa manière autonome de penser, qui est autonome dans sa prise de décision. Dans l’échiquier politique congolais, nous ne sommes ni de la majorité, ni de l’opposition. Nous sommes conduits par le besoin de la population, par l’accomplissement de ce que nous avons comme vision qui ne trouve pas sa place dans les deux camps qui existent.
Ça veut dire que Ngoy Mulunda a tourné le dos à la Majorité présidentielle ou au président Kabila ?

Je n’ai jamais été de la Majorité présidentielle. Et je n’ai pas dit non au président Kabila. Je suis avec le président Kabila. J’ai des relations très longues et une grande cohésion avec le président Kabila. Le parti est là mais moi je suis avec le président Joseph Kabila Kabange. Mais mon parti n’est pas de la majorité. Pourquoi ? Je ne connais pas le projet de société de la majorité. Je ne connais pas leur programme. Ou bien ils sont là seulement pour protéger le pouvoir parce qu’ils sont nombreux. Et quel est le projet qu’ils ont pour la population. Moi je fais la politique parce que j’ai un projet pour répondre à certaines attentes de la population. Je n’ai jamais lu le manifeste de la Majorité présidentielle. Comment je vais entrer dans un mariage que je ne connais pas. Ensuite, ils sont trop forts pour s’asseoir avec quelqu’un qui n’a aucun député. Nous devons d’abord nous imposer sur le plan national, avoir des députés et ensuite on va parler. Si leur projet, que je ne connais pas, va rencontrer nos préoccupations, en ce moment on peut joindre.

D’aucuns diraient que ce parti est né précipitamment pendant que Daniel Ngoy Mulunda venait de la Ceni, qui a été fortement critiquée à partir des élections de 2011. Directement de la Ceni au parti politique. Qu’est-ce qu’on peut comprendre comme message ?

Les gens ont le droit d’interpréter. Moi je vous dis que ce parti a été créé avant. Je suis en train d’écrire un livre intitulé « Les élections chaotiques de 2011 : la vérité ». Le livre je le sors en 2017. Je ne le sors pas pendant cette mandature. Et je vais révéler au peuple congolais ce qu’il y a eu. Il y a des gens qui se confesseront. J’ai combattu un combat patriotique. J’ai sauvé ce régime, j’ai sauvé le pays du chaos contre et malgré [tout]. Et c’était important que je porte ce fardeau.
J’aurais eu honte de faire un parti parce que les gens me crieraient dessus. Les gens n’allaient pas me suivre. Ce parti est né de ma déception de voir qu’il y a des choses qui peuvent être faites dans ce pays et qui ne sont pas faites. Et que ceux qui le dirigent, à différents niveaux, ont les yeux tournés ailleurs. Je te donne un exemple : regarde les routes au Nord du Katanga, [où] des gens qui ont voté massivement. Cette année, les véhicules risquent de ne pas passer. Et moi, je ne peux pas accepter ça. Nous avons une province qui est tellement riche. Les gens vivraient comme au Koweït ici au Katanga. Regarder la route Lubumbashi-Kolwezi, les huttes dans lesquelles les gens vivent. Et les minerais viennent de chez eux. Voilà ce qui me pousse à dire qu’on peut décider autrement.

Ça n’a rien à voir avec les élections. Et je ne me reproche de rien. Pour l’instant, le devoir de réserve et ma pastorale me poussent à me taire et à tout porter. Mais je parlerai. Je vais commencer à parler par mon livre : les élections chaotiques de 2011, la vérité et les non-dits.

Et si la population vit dans la misère, à qui la faute ?

De ceux qui dirigent.

Que vous supportez

Ce n’est pas Kabila qui dirige. C’est pour cela que vous vous trompez. La direction commence par le bourgmestre, le gouverneur de la province, le député, le sénateur. Vous avez suivi le discours du chef de l’Etat quand il est allé à sa ferme. Chacun a sa parcelle de responsabilité. Chacun peut faire mieux. Quand je suis allé faire la pacification, c’était contre et malgré [tout]. Mais la paix est rentrée. Donc chaque responsable a un rôle à jouer. Quand on parle de direction et qu’on ne lie qu’à Kabila, on se trompe. Donc si Kabila n’est plus là, cette majorité disparaît. Non. Le pouvoir doit rester.

Moi j’ai eu la chance, plus que beaucoup de Congolais, à côtoyer le Monsieur [Kabila]. Moi je ne peux pas rester avec le diable. Je connais ce qu’il veut et ce qu’il pense.

Vous avez dit qu’en 2011, vous avez sauvé le pays. De quelle manière ?

Aujourd’hui les gens demandent qu’on respecte la constitution. Ils se battent. Moi en 2011, vous m’avez tous demandé de la violer. Ne respecte pas le 28 novembre [date de la tenue de l’élection présidentielle]. J’avais dit que si on dépassait le 28 novembre, il y aura un vide juridique. Il y a des ministres des grands pays qui sont venus me dire : ‘’Mulunda laisse simplement…’’. Je leur ai dit : ‘’Messieurs, dans votre pays, on respecte la mandature. Elle est de 5 ans. Vous, vous m’avez demandé de violer la constitution’’. Aujourd’hui les mêmes personnes se battent pour qu’on respecte la constitution. C’est pourquoi je dis : ‘’J’ai sauvé le pays et je suis fier’’.

Fier du chaos qu’il y a eu après ? Parce qu’après ces élections, il y a eu des morts. Des élections critiquées par tout le monde. Par vous-même aussi parce vous dites que vous allez écrire un livre sur les élections « chaotiques » de 2011.

Je répète ce que les gens veulent dire. En 2006 [après les élections présidentielle et législatives], il y a eu deux guerres. Chez moi, il n’y a pas eu de guerres. Les gens ont proclamé des résultats dans le char de combat [en 2006]. Nous, nous avons proclamé des résultats. Nous avons tous signé avec des personnes respectables dans le bureau de la Ceni.

Vous regardez le travail de l’actuelle Ceni avec quel œil ?

Le travail de la Ceni est un travail difficile. En 2011, j’avais la tâche facile. Ça je le dis. En 2016, avec un mandat finissant, les collègues j’ai beaucoup de sympathie pour eux. Vous les critiquez. Mais est-ce qu’on leur donne les moyens. La pression qu’ils ont de l’extérieur, de l’intérieur. Mais je prie pour eux. Sincèrement, j’ai de la sympathie pour eux. Moi je me dis, je me retrouverais aujourd’hui dans ce cas, peut-être que je ne ferais même pas les élections. J’ai beaucoup de sympathie et de respect pour l’équipe de la Ceni.

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