La haine et la lutte d’anciens Mobutistes contre Tshisekedi

Alors que l’essentiel de l’opposition politique du Congo-Kinshasa s’est rassemblée autours d’Etienne Tshisekedi pour empêcher à Joseph Kabila de briguer un troisième mandant anti-constitutionnel à la tête de la RDC, les manœuvres et les postures rivalisent, notamment parmi les mobutistes. Ennemis historiques de Tshisekedi.

Jeudi 27 juillet 2016 à Kinshasa (RDC). Le retour triomphal d’Etienne Tshisekedi, le leader historique de l’opposition congolaise. Un cortège de près d’un million de personnes. Le tsunami populaire déferle paisiblement sur plusieurs kilomètres entre l’aéroport et la première commune résidentielle vétuste où habite celui qui incarne l’immense espoir des Congolais . L’événement n’a pas fait qu’affoler les partisans de J. Kabila, mais excité jusqu’à leur comble la haine et l’absurde jalousie des anciens maîtres du pays, les mobutistes .Les kabilistes ont beau être ce qu’ils sont, ils ont comme une élégance et, sur ce point,laissent la palme d’or aux mobutistes. Ravagés qu’ils sont par une sombre nostalgie d’une gloire perdue, comptant anxieusement sur le délabrement de mémoire, les mobutistes veulent nous convaincre que l’avenir du Congo est dans son passé. Le passé mobutiste qu’ils vénèrent.

L’accusateur de toujours

4975975_7_4628_2016-07-28-a914de1-5369573-01-06_e75e5fd6931d5b4c5f24c046f519da60Un post a circulé sur Facebook, portant quelques inepties péremptoires, qui en disent long sur l’étendue de leur mauvaise foi et ses inimaginables dégâts pour ceux et celles qui ne connaissent les “splendeurs” mobutistes que par des oui-dires. En réalité, le mal est plus profond que ça. J’y reviendrai tout à la fin. Que dit ce post?

On y apprend qu’Etienne Tshisekedi serait le véritable inspirateur du Manifeste de la Nsela,(mai 1967)le texte originaire de la fondation du parti mobutiste. A cette époque, ce document consacrait-il déjà la tyrannie? Ne préconisait-il pas plutôt la possibilité d’un bipartisme en guise de pluralisme politique? Or, après ce que le Manifeste présentait comme une ouverture théorique, ce MPR-là disparu, emporté par l’ouragan d’une radicalisation furieuses du pouvoir et sa personnalisation brutale. C’est fut la mise en place d’une autocratie intraitable, ruineuse. Pas seulement politiquement , mais d’abord économiquement avec ses folles mesures de « zaïrianisation ». S’en est suivi le MPR/Parti-Etat. La constitution mobutiste de 1974 fit plus que de rendre caduc le Manifeste de la Nsele; il opéra l’institutionnalisation du régime en temps qu’elle en définissait le fonctionnement arbitraire dans une dynamique à la fois populiste, totalitaire et folklorique. En 1967, le projet était de ramener un pouvoir issu du coup d’Etat à la rationalité légale, un espoir en faveur de sa “démocratisation”. En 1974, le régime du coup d’Etat se donnera finalement une identité politique radicale, celle d’une autocratie décomplexée. C’est là qu’est né le “Parti-Etat” mobutiste, et non pas en 1967. La campagne de l’ “authenticité” accompagnât cette “révolution”; l’abrutissement de la société par les liturgies de “Dia Lelo” et autres messes du MPR indiquent et confirment quand l’ampleur du changement opéré. Face à l’avènement du Parti/Etat, ce n’était pas un dépassement, mais un reniement complet des espoirs que représentait la création du MPR originel.

Par ailleurs, à vouloir refiler la paternité du MPR originel à Tshisekedi, les mobutistes ne se rendent même pas compte qu’ils sont en contradiction avec ce qu’ils pensent d’ordinaire de l’intelligence politique et stratégique leur totem ? La position est schizofrénique, car, habituellement, ils n’attribuent que des qualités de génie et les mérites d’un héros au dictateur! S’agissant de la fondation d MPR “originel”, ils considèrent que Mobutu a été distrait au point de laisser s’imposer les vues et les plans de Tshisekedi…Bizarre. Cette contradiction est schizophrénique. Elle n’est pas une simple incohérence. Est-ce l’effet de leur mal-être nostalgique déjà évoqué? ? Les voilà en tout cas aveugles devant cette ce procédé hybride de jugement, rattrapés par des réflexes idéologiques menteurs et des raisonnements biaisés. Pour tromper, il n’est pas nécessaire de se tromper.

Un attentat contre l’intelligence

Je suis sidéré de voir comment une vision paternaliste des choses a formaté l’entendement des mobutistes et de leur postérité. Ils n’ont pas honte d’avouer que la distribution de postes de pouvoir et des privilèges était un droit, un bien personnel de leur totem, au point de fustiger l’ingratitude de ceux qui se seraient opposés au dictateur. Pour les mobutistes , toute opposition ne pouvait se justifier que par des raisons égoïstes visant les intérêts particuliers ou de ses avantages présumés. Ici encore, les jeunes mobutistes, dont ceux qui s’octroient des postures médiatiques et jouent les donneurs de leçon, ne se rendent évidemment pas compte qu’ils accusent indirectement leur « ancêtre »; car ils avouent à mi-mots que Mobutu avait privatisé le pays pour son seul compte et sa gloire personnels, qu’il ne partageait ni ne tolérait que le pouvoir et les biens qu’il confère soient à la portée de quiconque dans l’ex-Zaïre. Dans ce contexte, prétendre que E. Tshisekedi ne s’est opposé à Mobutu que parce qu’il avait été écarté du pouvoir est ridicule et un peu niais. Ramener toute contestation politique à un manque avéré de gratitude, c’est admettre clairement que le grand dictateur était la source du népotisme, du clientélisme et donc que nous avons subi un régime de patrimonial parmi les plus détestables de l’Afrique.

Le déni ou la dénégation

Sur ce point, on a le droit de se demander qu’est-ce qui se cache derrière la réactivité accusatoire des jeunes mobutistes contre l’ultra-libéralisme et l’ordre inique qui gouverne le monde. Que l’Occident soit prédateur, qui serait assez fou ou aveugle pour le nier ? Mais instrumentaliser cette critique dans une quête désespérée visant à disculper un régime inqualifiable, facteur interne majeur de ce qui est arrivé à notre pays, ça c’est une entreprise ignoble, qui mérite d’être combattue. Car c’est un viol de la mémoire collective, qui engendre une confusion funeste sur plusieurs générations. Les mobutistes peuvent écrire leur histoire politique comme ils veulent, sur le déni ou la dénégation, c’est leur droit. Et encore…Mais qu’ils s’acharnent à déverser des mensonges historiques , des falsifications des faits établis : là, il nous faut les contrer et dénoncer ces forfaitures intellectuels.

Des mythes pour manipuler les consciences

ob_62eaaa26c35cdb710e5509f14aa0cf87_mobutuOn nous demande si Etienne Tshisekedi a déjà fait par le passé afin de lui faire confiance sur ce qu’il peut prétendre réaliser, ce dont il serait capable pour le futur. Le sous-entendu renvoie à une comparaison avec Mobutu. On bassine les jeunes des vérités non démontrées, qui ne sont que mythes : « Mobutu pacificateur », « unificateur », « bâtisseur » du Zaïre… Une répétition effrénée de ce qu’était le matraquage des propagandistes du régie déchu.Est-ce qu’on a dit aux jeunes générations comment les guerres de sécession et celles des rébellions ont été gagnées ? Non, ce qu’ils savent c’est uniquement le récit de la rhétorique mobutiste de ces années de plomb au Zaïre. Est-ce que l’on a dit aux jeunes générations ce que faisaient nos troupes au Burundi dans les années 1970, en Angola dans les années 1973-1975, Rwanda au début des années 1990 ? Non, on exploite leur rage devant les abominations des extrémistes tutsis et de leurs alliés et/ou supplétifs au Kivu. On profite de leur détresse face les humiliations dont le Congo est continuellement victime. Ici encore, le discours des mobutistes et de leur postérité est une grande entreprise de manipulation des consciences, une mystification qui produit et entretien une culture de l’ignorance massive. C’est comme un attentat de l’intelligence, ciblant la naïveté et la crédulité des nouvelles générations ! N’est pas criminel de vouloir maintenir les jeunes dans un obscurantisme et fragilité de l’esprit? N’est-ce pas criminel?

Tuez un M…et laissez aller le S. …

Une autre légende tenace : “Mobutu père de la nation”, “nationaliste”, “unificateur du pays…”, “Tata boo…” et d’autres slogans populistes et cyniques. Comment expliquer que certaines populations et certaines régions du Congo aient été systématiquement et fanatiquement stigmatisées, ostracisées à souhaits ? « Si vous croisez sur votre chemin un Muluba… et un serpent, tuez sans hésiter le Muluba…et laissez aller le serpent. » : C’est de qui cette phrase ? Un père de famille peut-il utiliser une telle métaphore pour désigner l’un des enfants à la haine du reste de sa progéniture ? Les mobutistes, petits et grands, vocifèrent à tue-tête, persuadés que leur expertise dans le blanchiment de l’argent est convertible en pervertissement du jugement ! Ils ne trompent.

La gloire illusoire des Éléphants blancs…

A propos des grandes réalisations du régime autocratique et des capacités de Tshisekedi, le raisonnement n’est pas seulement fallacieux, mais surtout hypocrite. Il est même plus accablant encore que ce que nous venons de dire et révèle un certain état d’esprit par des non-dits. Posons-nous cette simple question : avec quels moyens Mobutu a-t-il pu réaliser toutes ces belles réalisations qu’on lui attribue ? Du reste, ces fameuses « réalisations », rapidement tombées en dysfonctionnement, devenues pour la plus part des épaves du vivant même du grand dictateur, sont ce que l’on appelle des « éléphants blancs ». C’est-à-dire des projets vendus au pays au prix fort par des opérateurs internationaux peu recommandables, qui faisaient leur business avec le régime et ses barons : la coop comme on dit au Congo…Un vaste système de corruption où chacun avait sa part… Le « gagnant/gagnant » de cette époque. Au total des arnaques.

Pour le financement de ces projets bidons, les mobutistes et leur progéniture veulent nous faire croire que le grand dictateur sortait l’argent de sa poche. Qu’il était également le pouvoir économique personnifié…Cela nous laisse pantois. Dans leur entendement, l’Etat et son représentant sont synonymes.Dès lors, qui d’autre que Mobutu aurait pu disposer de quelques moyens pour réaliser un projet dans un tel système? Dans la mesure où tout ce qui se faisait était d’office revendiqué comme un “don” de l’immense générosité du “papa Mobutu”, la question de bilan de chacun a-t-il un sens ou est-elle posée par mauvaise foi?

Jésus disait à ses disciples : « prenez garde au levain des pharisiens ». Les mobutistes ne… lire la suite ici

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