Le conclave de Bruxelles augurait d’une opposition congolaise réunifiée et se réappropriant une efficacité qui soit de nature à inquiéter Joseph Kabila. Mais ce n’est pas ainsi que les choses se passent sur le terrain. On a même l’impression que les opposants au pouvoir congolais n’ont jamais été en mauvaise posture comme c’est le cas en ce moment.

En effet, alors que ses adversaires ne s’étaient certainement remis de la peine infligée à Jean-Pierre Bemba, Joseph Kabila vient d’administrer une estocade digne de Muhammed Ali à Moïse Katumbi en le condamnant par contumace à trois ans de prison dans l’affaire de la spoliation. Car il ne faut même pas se poser la question et les dénégations anticipées de Lambert Mendé n’y peuvent rien. Le gouvernement congolais est bel et bien derrière la sentence prononcée hier à l’encontre de l’ex-gouverneur de Katangais et un des rares candidats déclarés à l’élection devant théoriquement se tenir en décembre prochain.

Faire le ménage

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Joseph Kabila s’évertue donc à faire le ménage. Sachant qu’il n’a plus rien à craindre d’Etienne Tshisekedi, usé par l’âge, et que par ailleurs, Jean-Pierre Bemba a d’autres chats à fouetter, le président congolais concentre désormais l’ensemble de sa batterie répressive et intimidante sur Moïse Katumbi. Il est vrai que ce dernier, riche et téméraire, commençait à mobiliser du monde autour de lui et attirer la sympathie des médias et même d’une partie de la communauté internationale. Cette dernière en particulier, viscéralement opposée au maintien du chef de l’Etat au-delà de la limite constitutionnelle à lui prescrite, n’aurait certainement pas hésité à parrainer l’ex-gouverneur de la richissime région du Katanga.

Procédure expéditive

Réalisant donc qu’il faut créer à ce trublion de Katumbi le plus de problèmes possibles, les choses ont commencé avec une altercation policière à l’issue de laquelle, évoquant des gaz lacrymogènes qu’il aurait inhalés, l’opposant s’est tout d’abord plaint de problèmes respiratoires. Mais Joseph Kabila et les siens ne desserrant pas l’étreinte, Moïse Katumbi, est, dans la foulée, inculpé d’atteinte à la sureté de l’Etat. On lui permet tout de même d’aller se soigner en Afrique du sud, pays qu’il a récemment quitté pour l’Europe. Et c’est pendant qu’il en est à cette étape européenne de son périple qu’un second front judiciaire est ouvert avec cette affaire dite de spoliation dans laquelle un investisseur grec sert de cheval de Troie. Comme il fallait s’attendre, l’absence de l’accusé n’empêche la conduite plutôt expéditive de la procédure. Conséquence, Moïse Katumbi est condamné par contumace à 36 mois de prison.

Le champ libre

Naturellement, aucune de ces manœuvres ne repose sur du solide. Inventées de toutes pièces ou déterrées à dessein, elles sont toutes la réponse à l’impertinence dont Moïse Katumbi a essayé de faire montre en voulant contrarier les plans de Joseph Kabila. Guidées par une logique d’intimidation, ces tracasseries judiciaires visent notamment à effrayer l’opposant de manière à l’empêcher de revenir de sitôt dans le pays. Ainsi, disposant d’un champ libre, Kabila fils espère pouvoir agir à sa guise et s’offrir de fait son troisième mandat.

Boubacar Sanso Barry