« Donnez-nous Kabila, nous vous donnerons Savimbi »: le deal entre américains et angolais contre Mzee Kabila

DIRECT.CD — 14 ans après la mort de Mzee Laurent-Désiré Kabila, brutalement assassiné, le 16 janvier 2001, par l’un de ses gardes rapprochés.  Direct.cd vous reprolonge dans ce dossier, à travers cette série d’analyses.

On sait que c’est à la faveur d’une coalition régionale fort complexe (Zambie, Érythrée, Éthiopie, Zimbabwe, Angola, Burundi, Rwanda et Ouganda) que l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), commandée par Laurent-Désiré Kabila, mit les soldats de Mobutu en déroute. Mais, très vite, il apparut que deux parrains –Paul Kagame, pour le Rwanda, et Yoweri Museveni, pour l’Ouganda –, avaient négocié des accords particuliers avec le chef de la rébellion et que celui-ci leur fit des promesses d’’abord tenues, puis reniées. Plusieurs accords de coopération en matière de sécurité sont signés début septembre 1997 entre la République démocratique du Congo d’une part, le Rwanda, le Burundi et l’’Ouganda de l’autre.

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Dans cette nouvelle configuration, une crainte de perte des intérêts naitra entre Kabila et ses alliés angolais et zimbabwéens. L’Angola cherchait à neutraliser le leader de l’Unita, Jonas Savimbi, en mettant, entre autres, un terme au trafic de diamants. Tandis que le Zimbabwe considérait le Congo comme un investissement à long terme, un débouché pour ses industries de défense, ses produits manufacturés et ses entreprises minières. Au Congo, le Zimbabwe avait d’autant plus de raisons d’être sur ses gardes que les entreprises sud-africaines avaient déjà dans leurs cartons des plans d’exploitation de la production hydroélectrique du barrage congolais d’Inga.

L’élimination physique de Kabila était dès lors une option. Pour réussir, 36 millions de dollars ont été mobilisés, dont 29 millions devaient servir à rétribuer un groupe de 22 000 militaires, transfuges de l’armée de Mobutu, affirme Colette Braeckman sur son blog. Mais la piste des « mobutistes » n’est pas la seule possible. L’auteur évoque celle des populations du Kivu : elles ont été soupçonnées de flirter avec l’ennemi rwandais alors qu’elles étaient les premières à résister à l’occupation de leur pays. Elles auraient voulu faire payer à Kabila son ingratitude. Vint, finalement, la piste anngolaise.

« Donnez-nous Kabila, nous vous donnerons Savimbi »

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Kabila acculé, explique Braeckman, « Kabila s’était aliéné la puissante communauté libanaise, lorsqu’il a imprudemment confié à la société israélienne IDI le monopole de l’achat des diamants ». Ces Libanais, qui avaient gardé des contacts avec d’anciens généraux mobutistes réfugiés à Brazzaville, ont pu approcher certains commanditaires de l’assassinat de Kabila.

A la fin de l’année 2000, les angolais « avaient le sentiment que certains membres de l’entourage de Kabila avaient renoué avec l’Unita, aidant Savimbi à contourner l’embargo et à commercialiser depuis Kinshasa les diamants ».

Les américains, ne voulant prendre risque dans cette aventure qui peut tourner mal en cas d’échec, ils vont passer par le canal des angolais et zimbambwéens pour régler les comptes avec Kabila. L’enjeu était de taille parce que la survie des intérêts en dépend. L’’administration Clinton fera une très grande pression à l’’Angola pour accepter le marché qui se résumait comme suit: “ donnez-nous la tete de Kabila et nous vous livrons Savimbi ”. L’angola n’avait pas le choix parce que son intervention du coté de Kabila est justifié dans ce sens pour fin de barrer route à Savimbi. Une fois encore, les Etats-Unis ont hâté cette chute en livrant tous les détails tactiques et techniques qu’’ils possédaient sur Savimbi. Ce qui permit facilement de bloquer d’abord tous ses avoirs a l’étranger, et ensuite de le localiser dans sa retraite où il fut abattu sauvagement et exposé comme une bête de somme à la curiosite d’’un monde abasourdi. Là encore, les Etats-Unis venaient de démontrer le degré élevé du cynisme de leur stratégie d’’instrumentalisation des leaders africains.

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Enfin, le motif ayant poussé Mugabe à achever Kabila est purement économique. En effet, après avoir soutenu Kabila, Mugabe n’avait toujours pas eu un « retour » sur investissement.

Disposant d’un très grand nombre de troupes sur le territoire congolais, le chef de l’’Etat zimbabwéen avait pris les meilleures dispositions pour contraindre Laurent Désiré KABILA à payer les dettes dues aux entreprises zimbabwéennes. Mais, en vain. C’’est pourquoi, le chef de l’’Etat zimbabwéen et ses Services spécialisés avaient opté en faveur de l’assassinat

En mettant fin à la vie et au règne de Laurent Désire KABILA, le Président zimbabwéen espérait ainsi se faire payer.

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