A Kinshasa: le duel « pluies » contre «Révolution de la modernité»

Dans l’incroyable duel qui oppose désormais la « Révolution de la modernité » Kabiliste contre les pluies diluviennes à Kinshasa, le score est pourtant sans appel en faveur de la nature qui a fait plusieurs victimes en vies humaines et bien matériels. 

Une bonne partie de la capitale congolaise, Kinshasa, se trouve depuis hier lundi 7 décembre, sous les eaux. Pas trop alarmente dans certains quartiers de la ville la semaine dernière où des cas d’inondations étaient signalés ça et là à cause des fortes pluies qui s’y abattent quotidiennement ces derniers temps, la situation s’est aggravée hier lundi avec la sortie de plusieurs rivières, dont Nsanga, Mokali, Matete, Ndjili, Kalamu, Lukunga, Makelele, Bitshakutsaku et autres de leurs lits pour envahir des habitations au-delà d’un kilomètre.

Des habitations, églises, écoles et autres bâtisses d’intérêt public ont été prises d’assaut par des milliers de sinistrés sans abris.

Parmi les quartiers les plus touchés, on cite Mokali et Maviokele à Kimbanseke, Riflar dans la commune de Kisenso, Debonhomme et Marais dans la commune de Matete, Q8 dans la commune de Ndjili, Salongo,
Ndanu et Kingabwa dans celle de Limete, Masina Pétro Congo dans la commune de Masina, Brikin à Ngaliema…

La Regideso aussi parmi les victimes

Hormis les habitations privées et autres édifices envahis par les eaux, il y a aussi l’usine de captage d’eau de la Regideso (régie de distribution d’eau) de N’Djili, qui assure le traitement et la distribution de l’eau potable à 80% des résidents de la ville. C’est qui a entraîné l’interruption de la desserte en eau potable dans pratiquement toutes les communes de Kinshasa. La haute direction de cette société a pris l’engagement de rétablir la situation dans les 48 heures.

Des « SDF » à travers la ville

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Comme il fallait s’y attendre, l’une des conséquences immédiates des inondations est le manque des logis pour des milliers de familles.

Mais, après un tour à travers Kinshasa, il n’y a pas que les quartiers arrosés par la rivière Ndjili où on a enregistré des sinistrés. Ces derniers se comptent un peu partout à travers la capitale. Tous les quartiers mal lotis se trouvant le long des rivières connaissent le même phénomène des personnes « Sans Domicile Fixe » ou SDF.

C’est le cas des habitants des quartiers ci-après :

–  Makelele dans les communes de Bandalungwa et Kintambo;
–  Marais, Mombele, Mososo, Socopao, Ndanu et Kingabwa dans la commune
de Limete ;
– Debonhomme dans la commune de Matete ;
– Riflard dans la commune de Kisenso ;
– Pétro-Congo et Abattoir dans la commune de Masina ;
– Mokali et Maviokele dans la commune de Kimbanseke ;
– Quartier 8 et 9 dans la commune de Ndjili ;
– Brikin dans la commune de Ngaliema ; etc.

Les résidents de tous ces quartiers aujourd’hui transformés par la force des choses en « SDF passent leurs nuits à la belle étoile. Certaines familles ont trouvé refuge dans des églises, écoles, salles de fêtes, bars, terrasses et autres stades où ils se retrouvent sans aucune assistance en termes de besoins sociaux de base.

Des véhicules flottant sur les eaux

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Outre la situation inconfortable dans laquelle les sinistrés se trouvent à la suite des inondations, on a aussi enregistré des dégâts matériels énormes. La plupart des victimes ont pratiquement tout perdu en termes de mobiliers, vaisselles et habits, parce que surprises par l’ « envahissement » des eaux de pluies pendant qu’ils étaient plongés dans un profond sommeil. Il y a sur cette liste noire des biens de valeur emportés par les eaux tels que des véhicules, des moulins, des ateliers de couture, des congelateurs et casiers des terrasses, des vivres consignés dans des dépôts,…sans oublier des établissements d’enseignement qui se trouvent ainsi obligés d’accorder aux élèves et écoliers des vacances de Noël anticipées. Sur ce point, nul n’ignore que les kits scolaires des enfants n’ont pas été épargnés par la catastrophe ayant contraint de nombreuses familles de fuir leurs habitations pour se réfugier dans des endroits plus commodes.

Route Bay Pass coupée au niveau du «Triangle»

Par ailleurs, on note que la monté des eaux est venue s’ajouter au calvaire qu’enduraient déjà les Kinois en ce qui concerne la circulation. Plusieurs voies de communication et de trafic sont soit coupées en deux soit devenues impraticables. Ce qui rend difficile la circulation en provoquant des embouteillages monstres à travers la ville.

La route By pass reliant plusieurs communes et quartiers de Kinshasa/Est se trouve coupée au niveau du «Triangle», au carrefour des voies menant vers l’Université de Kinshasa et Kimwenza d’une part et Mont-Ngafula et Matadi Kibala d’autre part, non loin du célèbre Rond point Ngaba.

« Manzengele » cède le témoin à « Mupulu » à Ngaba

L’avenue Université, cette artère qui draine un important trafic sur l’axe menant de l’Intendance de l’Université de Kinshasa au boulevard Sendwe, est de nouveau coupée à la circulation au niveau de l’arrêt
Mupulu, non loin du célèbre trou mieux connu sous le vocable de « Libulu Manzengele ». On rappelle, par ailleurs, que cette voie ne permet pas une bonne circulation des véhicules à cause des nids de poules qui jonchent tout son parcours, en plus de son étroitesse qui occasionne des embouteillages à toutes les heures.

Les avenues Bokassa, Kato, Itaga, Commerce, Mpolo, Wangata… transformées en bourbiers !

route-kinshasaCette situation d’impraticabilité s’observe sur nombre d’artères de la capitale. Des avenues d’intenses activités commerciales comme Bokassa, Kato, Itaga, Commerce…sont pratiquement fermées à la circulation à cause de leur mauvais état. Même chose pour les voies comme Mpolo Maurice et Wangata, qu’empruntent des conducteurs des véhicules à usage commercial à destination du grand marché.

Le mauvais état des routes ralentit également la circulation en provoquant des embouteillages au niveau de l’hôpital Bondeko à Limete, tout comme sur le tronçon compris entre les ronds points Kimpwanza et
Gambela.

Nécessité d’un plan d’urgence pour la ville

Face à ce tableau sombre touchant à la fois l’urbanisation et la circulation dans la capitale, l’exécutif provincial devrait prendre ses responsabilités en vue d’éviter des tels, surtout au moment où
l’on parle de l’atteinte de l’émergence d’ici 2030.

Pour cela, l’autorité urbaine devrait veiller notamment au curage régulier des caniveaux et des lits des rivières, poursuivre le programme de construction des dépôts publics de décharge des immondices pour éviter que des déchets ménagers ne soient jetés dans les rivières comme le font actuellement les riverains.

Il faudra également songer à réparer de manière régulière les routes une fois qu’on constate des trous au lieu d’attendre le pourrissement de la situation.

Le gouvernement provincial, avec l’appui de l’Exécutif central, devrait pour ce faire repenser à long terme un plan d’urbanisation actualisé de la ville selon les normes en la matière, même si celui laissé par les Belges et actualisé après l’indépendance n’a jamais été appliqué !

De la même manière, l’exécutif provincial devrait veiller à l’application des mesures d’interdiction de construire sur des sites non agréés par les experts en Urbanisme afin de prévenir des inondations liées notamment au bouchage des caniveaux et collecteurs suite aux constructions anarchiques.

Enfin, l’autorité urbaine devrait s’occuper immédiatement des sinistrés comme cela se fait dans des villes des pays modernes ou qui aspirent à la modernité.

Dom,
Le Phare

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