Dans l’Est de la RDC, la nationalité congolaise en danger!

La constitution de février 2006 est claire: « la nationalité congolaise est une et exclusive. Elle ne peut être détenue concurremment avec aucune autre ». Pourtant à l’est du pays dans la région de Beni, la double nationalité est de mise.

Ils sont nombreux, les habitants de Kasindi, la ville congolaise la plus proche de la frontière congolo-ougandaise, à travailler de l’autre côté de la frontière et vice-versa en jouissant de la double identité. Pour Bruno Kasonga qui a pendant longtemps analysé cette question la nationalité congolaise est une et exclusive selon la loi fondamentale. Mais en pratique, elle ne l’est pas

« Une bonne partie des députés, sénateurs et ministres ont une double nationalité. La plupart des citoyens des régions limitrophes ont une double nationalité. A Aru, à Mahagi, A Pweto, à Ndu, à Libenge, à Mobayi-Mbongo, à Soyo, Kasangulu, Zongo, à Matadi, Kahemba, Cikapa, Kipushi, Kasumbalesa, ont deux nationalités. Ils errent à travers la frontière. D’ailleurs, le Mant Yav congolais, chef de Rund (Lunda) règne sur tous les Rund du Congo, de l’Angola et de la Zambie. Qu’est-ce une nationalité pour lui? Son cas est le prototype de l’ambiguïté de la pratique des lois. A qui la faute? Les lois ne correspondent pas à notre environnement. »

Être là au moment opportun

Les échéances électorales de tous côtés constituent une opportunité pour acquérir la nationalité de son choix. La procédure est simple. Les administrations procédant à l’identification des électeurs à la veille des élections, il suffit de se pointer devant un agent et parler la langue du coin pour avoir sa carte d’électeur et pouvoir voter en tant qu’originaire du pays. Là-bas, les origines sont floues. On a les aïeux de part et d’autre de la frontière.

« Il nous est difficile de différencier l’Ougandais au Congolais ici. En plus de la langue commune, la morphologie est pareille », s’inquiète Paluku Kamuke, agent commis à la Direction Générale de Migration (DGM) au poste frontalier de Kasindi en RDCongo.

Le statut de réfugié salutaire

Les commerçants ou les travailleurs ne sont pas les seuls qui profitent de ce désordre. Les étudiants congolais profitent également de la qualité de l’enseignement à Kampala, la capitale ougandaise. L’Ouganda est aussi un bon tremplin pour ceux qui rêvent de l’Occident. Dans le pire des cas, quand on n’est pas originaire de la région et qu’on ne peut pas parler la langue locale, le statut de réfugié est salutaire. Gloire Ilunga, étudiant congolais à Kampala International University (KIU) en est conscient:

« Avec ma carte de réfugié je vis en Ouganda sans problème, d’ailleurs mes collègues pensent que je suis Ougandais, J’ai aussi introduit mon dossier pour la demande d’asile au Canada. Plusieurs parmi mes amis sont partis ainsi, je sais que la procédure sera longue, mais  j’y arriverai. »

Ce mouvement de migrants est aussi observé dans l’autre sens. Cette-fois, les motifs sont différents. Plusieurs hommes d’affaire ougandais voulant se sauver de la concurrence acharnée ou des impôts, préfèrent investir dans les villes congolaises comme Butembo, Bunia, Beni, etc. Une fois au Congo, avec leur seconde nationalité, ils agissent comme des Congolais à part entière.

Ainsi va la vie au Congo. Des lois votées et promulguées mais rarement appliquées. Alors, sérieusement, à quoi servent-elles?

Par Fiston Mahamba Larousse à Beni-RDC

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