L’interview choc de Moise Katumbi: « Si le président Joseph Kabila ne veut pas comprendre alors… »

Souvent présenté comme un concurrent politique direct de Joseph Kabila, le président congolais, Moïse Katumbi a démissionné du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), la formation au pouvoir. Il quitte également son poste de gouverneur du Katanga, la province la plus riche du pays qu’il dirigeait depuis huit ans.

Pour quelles raisons avez-vous décidé de quitter le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) du président Joseph Kabila et dans le même temps votre poste de gouverneur ?

J’ai annoncé depuis 2012 que je quitterai le parti si les élections des gouverneurs n’étaient pas organisées à temps. Quand j’ai rejoint le parti, il respectait la Constitution. Ce n’est plus le cas.

En République démocratique du Congo (RDC), les gouverneurs sont élus. Ils doivent être élus. Aujourd’hui, à cause du glissement du calendrier électoral, les gouverneurs sont dans l’illégalité, moi y compris en tant que gouverneur du Katanga. Mais plutôt que d’organiser les élections régionales, il a été décidé de nommer des commissaires spéciaux pour remplacer les gouverneurs. Cette décision est anticonstitutionnelle. A qui ces commissaires vont-ils rendre des comptes ? Sûrement pas aux assemblées régionales ni donc aux électeurs.

C’est un très mauvais exemple pour notre jeune démocratie congolaise. Je l’ai dit plusieurs fois au sein du PPRD, mais ma vision sur la nécessité de respecter la Constitution n’est pas partagée par la majorité dans le parti, donc je m’en vais.

Parallèlement, en tant que démocrate, je ne peux pas accepter les atteintes aux droits de l’homme qui se multiplient : arrestations arbitraires, intolérance politique, attaques à la liberté d’expression…

Subissez-vous des pressions depuis l’annonce de votre décision de claquer la porte du PPRD ?

On m’accuse de trahison et je reçois des menaces tous les jours.

L’opposition dénonce les atteintes aux droits de l’homme depuis longtemps. Pourquoi, si cette situation vous est intolérable, avez-vous tant attendu avant de faire de même ?

Ce n’est pas la première fois que je dénonce cela. En revanche, je n’ai jamais agi de la sorte dans mon Etat du Katanga. On n’y a jamais arrêté de journalistes, l’opposition y a tenu des meetings… Mais là, il fallait dire non.

Vous appelez à la création d’un large mouvement démocratique. Allez-vous créer votre propre formation politique ?

Non. Moïse Katumbi veut prendre le temps de réfléchir. Laissons la majorité, l’opposition et la société civile travailler ensemble pour sauver et renforcer notre jeune démocratie. Nous ne pouvons pas accepter le glissement du calendrier électoral. Sinon, un beau jour, on nous dira que ce report des élections est normal, constitutionnel. C’est inacceptable. Il faut dire non à cette manœuvre.

Vous demandez la création d’un gouvernement d’union nationale ?

Non. Une telle solution « énerve » la Constitution. Il y a eu des élections, il faut donc respecter la parole donnée aux électeurs.

Allez-vous vous porter candidat à la présidentielle de 2016 ?

Je ne dis pas que je vais me porter candidat, je vais d’abord prendre un peu de repos et réfléchir à l’avenir. Je suis entré en politique pour aider la population. Je vais me battre pour que la Constitution soit respectée. Et puis je vais travailler pour renforcer la démocratie avec les forces vives du pays et en finir avec le flou qui entoure l’interprétation de la constitution.

Demandez-vous à la population de descendre dans la rue pour défendre la démocratie congolaise ?

Mon objectif est de favoriser le dialogue pour revenir à la raison. Si le président Joseph Kabila ne veut pas comprendre alors… c’est une autre chose.

Ceci dit, Joseph Kabila n’a pas encore dit qu’il se présenterait pour un troisième mandat. Ce troisième mandat n’est pas dans la Constitution, il faut la respecter. Nous tirons notre pouvoir du peuple. Quand en janvier 2015 les jeunes sont sortis dans la rue pour rappeler cela, il y a eu des morts. Il faut donc aider le président à terminer son mandat, réconcilier le pouvoir et la population.

Commenter

Cliquez-ici pour commenter

Laisser un commentaire