En l’espace de cinq années (1er août 2007 et 12 février 2012), le «raïs», alias la «haute hiérarchie», autrement dit le “raïs” de la République très très démocratique du Congo a «perdu» deux piliers de son régime.

L’un avait la caboche bien remplie. L’autre était en quelque sorte le «trésorier» ou l’homme des «coups fumants» en matière financière. D’aucuns le peignait en mauvais génie du calife. Il s’agit respectivement de Guillaume Samba Kaputo et d’Augustin Katumba Mwanke. Le premier est décédé, à l’âge de 61 ans, en Afrique du Sud, suite à une «très courte maladie». Ses proches parlent d’«empoisonnement». Ils pointent des doigts accusateurs en direction non seulement du «raïs» mais aussi de certains de ses exécuteurs de basses œuvres, surnommés “la bande des cinq”.

Le second a péri, à 49 ans, dans un mystérieux accident d’avion à l’aéroport de Kavumu à Bukavu. Ce crash n’a été suivi d’aucune enquête judiciaire. Et pourtant, il y a eu mort d’hommes sur le sol de la République très très démocratique du Congo. Stupeur et effroi! Pire, tués dans l’accident, les membres d’équipage, de nationalité américaine, n’ont guère été autopsiés par des médecins légistes congolais. Leurs dépouilles ont été exfiltrées. Destination : Afrique du Sud. Les spécialistes en communication disent qu’en cas de crise, il faut respecter une règle d’or : dire la vérité. Faute d’information officielle fiable, bonjour donc «l’information informelle».

Nous reviendrons sur le cas Katumba. N’en déplaise aux pseudos James Bond de toutes les polices politiques du très putatif «fils» de Mzee Laurent-Désiré Kabila, des voix commencent à s’élever au Congo comme à l’étranger pour accuser l’actuel «garant de la nation», alias «commandant suprême» des Forces armées de la RD Congo, de la garde républicaine et de la police nationale d’avoir fait exécuter son conseiller spécial en matière de sécurité et député national élu, le Mutabwa (une petite tribu du Nord Katanga) Guillaume Samba Kaputo.

Selon mon ami qui sait tout sur tout et presque tout sur rien dans les potins de Kinshasa-Lez-Immondes, il se raconte, à quelques deux mois du sixième anniversaire de la disparition du «Professeur», que celui-ci a été bel et bien assassiné par «empoisonnement». La substance toxique provenait de l’Inde. L’examen toxicologique pratiqué sur la dépouille par un médecin sud-africain aurait révélé la présence d’un « puissant poison» non autrement identifié. De l’américium? Du DDT? Du cadmium? Du polonium?

Mon ami qui cite un ancien analyste de sécurité, aujourd’hui en exil dans un pays européen, raconte : «Tout commence avec les élections de juillet et octobre 2006. Joseph Kabila est élu président de la République face à Jean-Pierre Bemba. Bien qu’étant conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de sécurité, Samba s’est présenté aux élections législatives et est élu député national». Compte tenu de l’incompatibilité entre les deux fonctions, le «Prof» ne se rendait plus à son bureau du Conseil national de sécurité au Mont Ngaliema. Il attendait que le «raïs » clarifie la situation à partir de son « bureau privé » situé dans l’immeuble « Le Royal » sur le boulevard du 30 juin. C’est là qu’un membre de sa famille lui apportait la bouffe. Mon ami de poursuivre : «Lors des affrontements de mars 2007 entre les soldats de Bemba et des éléments de garde prétorienne du « raïs », le professeur Samba s’était opposé à tout «pilonnage» d’une zone bâtie en plein jour. Le général Didier Etumba, alors chefs des renseignements militaires, et son adjoint Jean-Claude Yav, étaient d’un avis contraire. Ils avaient autorisé l’attaque».

Selon mon ami, l’attitude affichée par le professeur Samba – lors de ce bras de fer entre «Igwe » et «la haute hiérarchie », alias « Papa Roméo », – avait déplu dans la «Kabilie». «Guillaume» passait pour un «mofiti», comme disent les Kinois. Traduction : un suspect. “Unreliable”, diront les sujets de sa Gracieuse majesté. A en croire mon ami, c’est dans cette ambiance impitoyable que Samba se voit inviter un jour à l’ambassade des Etats-Unis à Kinshasa. C’était au mois d’avril 2007. Qui était son interlocuteur US? De quoi avaient-ils parlé ? Mystère. «Nous apprendrons par la suite que le conseiller spécial Samba a été demandé aux Américains de promouvoir le changement au Congo en évinçant le raïs du pouvoir». C’est l’ancien analyste en exil qui parle. Il poursuit : « Cette allégation a été transmise à «Papa Roméo» (Président Raïs) manifestement par les Américains». C’est ainsi que le sort du professeur Samba fut «scellé». Selon mon ami, l’officier de sécurité en exil suspecte plusieurs membres du premier cercle du pouvoir d’avoir trempé dans la disparition de son ancien patron. Il cite plusieurs noms. Outre Augustin Katumba Mwanke (décédé), il nomme un magistrat militaire, l’actuel conseiller spécial et un ancien directeur du cabinet présidentiel versé dans la diplomatie. Sans oublier un ancien conseiller à la Présidence de la république promu gouverneur de province. «Katumba et cette bande se sont introduits dans l’immeuble Royal où Samba avait son appartement privé. L’ancien conseiller à la Présidence dira : « c’est le bon moment ». Ils ont commencé par éloigner le proche entourage de Samba avant d’empoisonner sa nourriture… ».

Citant toujours «l’analyste de sécurité» en exil, mon ami de poursuivre : «Voilà comment le professeur Samba, qui était en parfaite santé, a commencé à avoir des douleurs insupportables à l’estomac. Le mal s’est transformé en une dysenterie non-stop. Il agonisait déjà en son domicile. Il est mort à son arrivée à l’aéroport de Ndjili bien avant le décollage de l’avion pour l’Afrique du Sud. C’est un colis qui été expédié au pays de Mandela ».

Mauvaise langue, mon ami de conclure : «Le raïs, alias le tueur aux mains propres, s’est empressé, par un communiqué du cabinet présidentiel, daté du 29 juillet 2007, de reconduire Guillaume Samba Kaputo dans ses fonctions de conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de sécurité. Le texte portait la signature du dircab de l’époque, Raymond Tshibanda. Quarante-huit heures après, c’est l’annonce du décès. Le fantôme de Samba Kaputo paraît décidé à hanter « la haute hiérarchie », alias « Papa Roméo » et ses tueurs à l’image des Dix nègres d’Agatha Christie. Un nègre a déjà payé sa participation à ce crime. Devinez qui! A qui le tour?»

Issa Djema
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