Nous sommes d’avis avec la plupart des réflexions publiées par DESC que la RDC n’a jamais eu une armée nationale. Toutes les armées qui ont évolué dans ce pays n’étaient rien que des « armées » des dictateurs, destinées à soutenir les dictatures!

 

Cette nécessité est incontournable, rien que pour poser les fondations solides de base de la démocratie, sans oublier l´exigence de garantir l´existence du Congo dans les frontières héritées de l´Etat indépendant du Congo.

Ceux qui auront la responsabilité d’assurer l´alternance d’après Kabila savent en avance qu´ils vont hériter d´une armée « mexicaine » irréformable comme vient de démontrer M. Wondo, sur base de faits et de détails accablants, dans son deuxième ouvrage.

Dans son ouvrage, M. Wondo avance que les FARDC sont une armée où il y a plus d’officiers que des sous-officiers, 182 généraux dont on a vu pratiquement aucun sur le front du Nord Kivu, 600 colonels plus de 40.000 sous lieutenants, etc. Les FARDC actuelles ressemblent à une véritable « armée mexicaine[1] », qui – selon la définition d’usage – ressemble à une organisation inefficace comprenant des chefs en surnombre[2].

Ainsi, tous les programmes de« réformes » actuels ne peuvent ni se poursuivre ni même figurer comme référence dans le domaine de la défense au Congo.

D’autre part, nous nous opposons ouvertement au concept « états généraux de l´armée ». Il s’agit, selon nous, d’un concept où on tente de faire de la question de l´armée, une question « commune » où aucune personne, aucun parti politique ne sera responsable du devenir de la défense du Congo.

Pour notre part, nous défendons l’option d´un « programme politique de défense », ou mieux de plusieurs programmes conçus concurremment par plusieurs partis politiques.

Ceux des partis politiques qui vont gagner les élections seront « responsables » de l´application de leur programme devant tous les congolais.

Comment former cette armée ?

Dans l’ouvrage de M. Wondo, le Chapitre 7 traite de l’assistance militaire étrangère à la réforme des FARDC (pages 144 à 172). Sur la liste des pays qui ont tenté de « réformer » les FARDC et de former les militaires congolais, on trouve notamment l´Angola, la Tanzanie, le Soudan, la Tchéquie, la Biélorussie, la Corée du Nord le Maroc, la RSA, etc. sans oublier la Chine. Tous ces pays ne possèdent pas des références crédibles en matière de formation d´armées étrangères. Nous ne pouvons que les écarter d´office comme « leaders nations » dans un tel projet.

L´histoire moderne post guerre froide sur la planète indique quelques exemples de formation d´armée étrangères en Bosnie, en Irak, en Croatie, au Liban et surtout en Afghanistan.

L´approche de la formation de l´armée nationale en Afghanistan est riche d´enseignement pour les décideurs et les acteurs politiques congolais.

Selon la revue DSI – Défense & Sécurité Internationale –, Hors-Série No 36, Juin-juillet 2014 http://www.dsi-presse.com, la formation de l´armée afghane s´est progressivement imposée comme l´une des priorités de l´ISAF et de l´armée américaine.

En décembre 2002 à Bonn, en Allemagne, lorsque le président afghan par intérim Hamid Karzai signe officiellement le décret qui donne naissance á la nouvelle Armée nationale afghane, dans la foulée, les premières ETT (équipes de formation embarquées) sont intégrées aux éléments déployés par Kaboul.

Les premières écoles de formation, plus spécialisées, ont été également mises en place pour former les officiers, les éléments des forces spéciales, les techniciens du renseignement et de la logistique. Au fil des années, les objectifs ont évolué pour se concentrer sur le volume des forces. Alors qu´il était initialement prévu de préparer 70 000 hommes destinés à armer cinq corps pour l’armée de terre et un pour l´armée de l´air, l´OTAN vise  désormais les 250 000 hommes pour 2015.

L’aspect le plus innovateur de ce programme de formation de l´armée afghane est le concept de « MENTORING » OMLT (Operational Mentoring and Liaison Teams) selon lequel les formateurs sont amenés à jouer un rôle beaucoup plus important en accompagnant les Afghans á tous les niveaux de formation, d’entrainement et des opérations sur le terrain, depuis l´opératif (conception du plan général de manœuvre) jusqu’au tactique[3].

Ce concept implique qu’au début, les « mentors » ne se contentent pas uniquement de former les officiers et les troupes, ils planifient les opérations à tous les différents niveaux et échelons de commandement.

L´avantage de ce concept est que les militaires afghans ont pu constater et vérifier d´eux-mêmes que les connaissances dispensées pendant la formation sont crédibles quand les mentors sont à leurs côtés pendant la réalisation des opérations sur le terrain.

Progressivement, les différentes provinces ont été placées sous la responsabilité des forces de sécurité afghanes. Les Afghans ont d´abord été intégrés aux processus de planification des opérations, avant d’être de plus en plus amenés à s’organiser seuls, à différents niveaux de commandement et de structuration de l’armée.

Par la suite, ils ont été incités á décider de leurs propres missions, tout en continuant de bénéficier du conseil de spécialistes et de mentors, qui étaient continuellement toujours présents à leurs côtés.

Finalement, ils ont dû apprendre progressivement à se passer de ces derniers. Les bataillons les plus anciens sont désormais totalement aptes à travailler en autonomie opératique et tactique, les plus récents doivent encore largement progresser. Ces derniers ont tout intérêt à avoir encore quelques instructeurs à leurs côtés.

Le Concept Mentoring

Bien que la « comparaison n´est pas raison », mais l’expérience de l´Afghanistan offre des avantages qu´un gouvernement et légitime au Congo peut tirer des enseignements.

Après l´élection du nouveau président afghan, ce dernier a signé des accords qui prolongent la présence militaire étrangère dans son pays. Notez que le Parlement afghan, associé à cette démarche, a répondu favorablement à cette décision.

La prochaine opération de l´OTAN en Afghanistan baptisée « RESOLUTE SUPPORT » vise à « entraîner, conseiller et assister les forces afghanes, et non les remplacer ». L’opération insiste sur l’importance d’avoir des instructeurs sur le terrain aux côtés des forces afghanes.

L´autre aspect important est le budget de 4 milliards de dollars promis par l´OTAN pour financer les forces afghanes. Nous savons tous que la RDC a besoin du temps pour atteindre un tel niveau de budget. M. Wondo indique un petit budget de 400 millions de dollars pour l’année budgétaire écoulée (2014). C’est infâme et insignifiant pour une armée de 140 000 hommes et un pays de plus de 65 millions d’habitants. Les prochains dirigeants, d’après Kabila, devraient absolument en tenir compte.

Il y a aussi l´aspect des « contraintes » liées avec ce financement. Des spécialistes déployés jusque dans les ministères, ont pour tâche de vérifier que l’aide financière accordée au pays sert bien à acheter du carburant, du matériel, des médicaments…Une mission tout aussi cruciale que celle de l´entraînement lui-même.

Apprendre et s’inspirer des expériences qui marchent

Les congolais doivent être conscients que nous n´avons jamais possédés une armée nationale et républicaine. Nous devons apprendre non seulement comment « former » une telle armée, mais aussi la gestion « démocratique » de l´armée, c’est-à-dire la gouvernance sécuritaire[4] démocratique.

L’approche appliquée en Afghanistan peut rencontrer des critiques au Congo où les gens ont une compréhension étrange de la « souveraineté et du nationalisme ». Ne devrions-nous pas « renoncer » à une partie de notre « souveraineté » afin de garantir l’existence du Congo comme État?

A ce propos, Jean-Jacques Wondo, dans son livre Les Armées au Congo-Kinshasa. Radioscopie de la Force publique aux FARDC, a rappelé qu’entre 1961 et 1965, cela fut le cas lorsqu’il fallait former les troupes de l’Armée nationale congolais (ANC) sous la responsabilité de l’ONU.

En effet, écrit Wondo, la résolution 161 du 21 Février 1961, qui mettait l’ANC sous tutelle de l’ONU, prévoyait ni plus ni moins la mise en place d’un Commandement congolais grâce à la formation, au bon soin des Nations Unies, d’officiers congolais. Cette Résolution 161 était une première dans l’histoire des Nations Unies non seulement parce qu’elle fut à l’époque une des premières fois que les Contingents de l’ONU recevait une mission de contrainte armée, mais surtout à cause de la clause qui autorisait le Conseil de Sécurité à réorganiser l’armée congolaise en assurant notamment le recrutement, la formation des officiers[5]:

« Urges that congolese armed units and personnel should be reorganized and brought under discipline and control, and arrangements made on impartial and equitable bases to that end and with a view to the elimination of any possibility of interference by such units and personnel in the political life of the Congo »[6].

El Mahoya Kiwongi

Chercheur dans le domaine de la Défense et ex membre de la 1ère promotion de la Garde Civile (FAZ)

Stockholm, Suède 

Exclusivité DESC

 

[1] Cette expression française trouve son origine dans la Révolution mexicainel’armée serait selon les dires composée de paysans n’ayant aucune formation militaire qui seraient de ce fait incapable de diriger vu l’incohérence des donneurs d’ordre qui auraient pour principal but d’occuper un poste avec le grade le plus élevé d’où le surnombre de chefs et supérieurs par rapport au petit nombre d’exécutants.

[2] Jean-Jacques Wondo O., Les Forces armées de la RD Congo : Une armée irréformable ?, Decembre 2014, p.213.

[3] C’est au niveau tactique que les batailles sont planifiées, les forces engagées au combat sur le terrain et que s’exécutent les manœuvres sur le terrain en fonction des ordres donnés par la hiérarchie, au niveau opératif.

[4] Dans le livre de Jean-Jacques Wondo O., Les armées au Congo-Kinshasa. Radioscopie de la Force publique aux FARDC, 2è Ed. Monde Nouveau/ Afrique Nouvelle, Suisse, 2013, à la page 401, la gouvernance sécuritaire est définie comme étant : « la transformation du système de sécurité qui inclut tous les acteurs, leur rôle, leurs responsabilités et leurs actions afin qu’ils soient gérés et opérés d’une façon plus compatible avec les normes démocratiques et les principes sains de bonne gouvernance et ainsi contribuent à établir un cadre sécuritaire fonctionnant correctement. Les forces de sécurité responsables et devant rendre des comptes réduisent les risques de conflit, assurent la sécurité des citoyens et créent un environnement favorable au développement durable ».

[5] Jean-Jacques Wondo O., Les armées au Congo-Kinshasa. Radioscopie de la Force publique aux FARDC, 2è Ed. Monde Nouveau/ Afrique Nouvelle, Suisse, 2013, p.65.

[6] Jean-Jacques Wondo O., Les armées au Congo-Kinshasa. Radioscopie de la Force publique aux FARDC, 2è Ed. Monde Nouveau/ Afrique Nouvelle, Suisse, 2013, p.65.

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