Des défenseurs congolais des droits de l’homme et de la bonne gouvernance saluent l’initiative du Chef de l’Etat de porter plainte contre la corruption, le blanchiment des capitaux et le financement de terrorisme. Néanmoins, ils expriment leurs craintes en ce qui concerne l’indépendance de la justice, de pouvoir mener des enquêtes sérieuses sans régler des comptes à certains acteurs politiques à l’approche des élections. Au cours d’une conférence de presse animée le week-end dernier, ces activistes des droits de l’homme représentés par une dizaine d’ONG, ont notamment recommandé au Parquet général de la République, de prouver son indépendance en vidant d’abord toutes les affaires judiciaires restées en suspens.

Le collectif de ces ONG dénonce toute démarche qui tend à faire organiser des procès spectaculaires, au motif de combattre la corruption mais, qui, en réalité, viserait des opposants, concurrents ou adversaires politiques. Selon ce collectif, “le Parquet général de la République s’est montré inerte, si pas complaisant ou limité dans plusieurs dossiers relatifs à la corruption, aux détournements des deniers publics et au blanchiment d’argent [qui] lui [ont été] soumis par le passé.

Mais à tout prendre, ces ONG des droits de l’homme et de la bonne gouvernance se réjouissent du dépôt de la dénonciation présidentielle au Parquet général de la République contre les détourneurs des deniers publics, une démarche qui était attendue depuis longtemps pour éradiquer le fléau de la corruption et du détournement des deniers publics, ou tout au moins en diminuer sensiblement l’ampleur.

En rapport avec les consultations présidentielles pour lesquelles elles disent n’avoir pas été associées, les ONG des droits de l’homme affirment déjà soutenir les conclusions qui en découleront. Mais, elles précisent que ces consultations devront aboutir à la tenue d’un dialogue politique, conformément à l’accord cadre d’Addis-Abeba dans un climat apaisé.

Fausse rumeur, selon Julien Paluku

De son côté, le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, a qualifié de « rumeur » la nouvelle faisant état d’une plainte du président Joseph Kabila, qui viserait des gouverneurs des provinces actuelles. Il s’est exprimé à l’issue d’une audience que le Chef de l’Etat a accordée aux gouverneurs des provinces présents à Kinshasa pour l’inauguration de la nouvelle aérogare de l’aéroport de N’djili. “En tant qu’homme d’état et homme politique, il ne faut pas se fier à des rumeurs.

Le chef de l’Etat a été clair là-dessus, les hommes d’Etat, les hommes politiques ne se fient jamais aux rumeurs. Et il est inopportun de faire des commentaires sur des rumeurs”, a fait savoir Julien Paluku.

Pourtant, l’AFP a affirmé avoir lu la plainte déposée au nom du chef de l’Etat par prof Luzolo Bambi Lessa, son conseiller spécial en matière de bonne gouvernance, lutte contre la corruption, blanchiment des capitaux et financement du terrorisme, auprès du procureur général. Sans citer les personnes visées, Luzolo Bambi avait indiqué que la plainte concernait les détournements des deniers publics et la corruption dans presque tous les secteurs de la vie nationale.

Mais selon l’AFP, quatre gouverneurs seraient visés dont celui du Katanga, Moïse Katumbi, pour fraude douanière. L’intéressé a indiqué au cours d’une conférence de presse à Lubumbashi, qu’il n’a pas été .saisi officiellement, mais cela ne l’étonnerait pas, parce que ce n’est pas la première fois. “J’ai été traduit en justice en Belgique une année avant les élections présidentielles de 2011. C’était à l’époque le ministre de la Justice. On avait parlé de blanchiment d’argent et que j’étais en train de financer la rébellion à l’est de la RDC.

Heureusement que c’était en Belgique et en Angleterre où il y a eu un non-lieu. J’attends que je puisse être saisi et là je prendrai mes responsabilités. De toutes les façons, je n’ai rien à cacher. C’est pour cela que je n’ai pas postulé en tant que député. Il y a eu plusieurs commissions. S’il y a fraude douanière au Katanga, on sait qui sont à la base de cette fraude douanière. Ma conscience est tranquille”, a laissé entendre Moïse Katumbi.

Pour rappel, la plainte contre la corruption, le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, a été remise mardi 23juin au Parquet de la République par le conseiller spécial du Président de la république pour la bonne gouvernance, Luzolo Bambi. Selon ce dernier, plusieurs plaintes provenant des dénonciateurs dont s’est approprié le Président de la République, font état dédouanements de deniers publics et de corruption presque dans tous les secteurs de la vie nationale. “ Le Chef de l‘Etat vient ainsi d’accomplir sa part de responsabilité. A la justice aussi d’accomplir la sienne “, a déclaré Luzolo Bambi.

A noter que la RDC occupe la 154e place sur 174 pays parmi les pays les plus corrompus au monde, selon le rapport sur la corruption publié en décembre dernier par Transparency International. Cette position de la RDC est restée la même depuis l’année passée.

Par J.W.