Tel est pris qui croyait prendre. L’adage est bien connu. Cet adage s’applique à Joseph Kabila dont le dernier mandat tire inexorablement vers la fin. En lançant l’idée d’un nouveau dialogue politique avec à la clé la formation d’un nouveau gouvernement, le locataire du palais de la Nation était sûr de son coup politique pour se donner un peu de répit sur le champ politique où son leadership est ouverte¬ment et vertement con-testé.
Cette fois-ci l’appât du pou¬voir n’a pas pris car les principales forces de l’opposition et de la société civile ont dit non à son dialogue. Mais celle qui lui ont dit oui, un « oui » poli, pose des préalables qui limitent largement ses marges de manoeuvres. Après la rebuffade de Félix Tshilombo Tshisekedi de l’UDPS, qui a refusé d’aller serrer la main de Kabila au Palais de la nation, prétextant que le fameux dia¬logue doit être placé sous la bannière de la Communauté internationale, le Raïs a vu ses derniers espoirs de conforter sa légitimité, partir en fumée. Et Félix pressé comme un citron par l’opinion nationale en a été contraint d’admettre que Kabila une fois encore voulait s’attribuer le beau rôle en étant juge et partie dans une crise dont il est la source. Bien avant les atermoiements de Félix Tshisekedi, le MLC et l’UNC avait déjà décliné l’offre de dialogue de Kabila.

Ainsi donc sans l’UDPS, l’UNC et le MLC que restera-t-il de son dialogue ? Même du côté de la société civile, pas de salut pour Kabila. Avant-hier lundi 1 juin, date du début des consultations présidentielles, l’Eglise catholique bien qu’ayant accepté l’idée du dialogue, est restée ferme en ne changeant pas sa position défendue tout au long du 2ème mandat de Kabila.

Au sortir de leur entretien avec le président Kabila, les évêques réunis au sein de la Cenco (conférence épiscopale nationale du Congo) ont redit notamment leur attachement au respect de la constitution et partant de ses délais en rapport avec la présidentielle et les législatives notamment. Le cardinal Mosengwo reçu hier mardi 2 juin a abondé dans le même sens. L’homme de la célébrissime phrase sel¬on laquelle « les résultats des élections de 2011 ne sont ni conformes à la justice ni à la vérité » a dit que « le dialogue était bon à condition qu’on ne déborde pas le délai constitutionnel ». Le décor est planté. Difficile dans ces conditions à la Kabilie de manoeuvrer pour espérer un glissement ou une transition.

Il n’y a que l’accommodante et complai¬sante ECC (Eglise du christ au Congo), plateforme des églises protestantes, dirigée par Marini Bodho, qui jouera comme une marionnette le jeu du pouvoir. Mais depuis que l’opinion s’est rendue à l’évidence que cette plate¬forme est un patin pouvoir, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même car elle a été to¬talement décrédibilisée. Du coup Kabila est vraiment mal barré. Son propre piège, fait de manipulation, de débau¬chage, de division dans les camps adverses même dans son propre camp-le cas Kyun¬gu qui a vu son parti desta¬bilisé- avec la promesse des postes et de l’argent public n’a pas eu raison de princi¬pales forces sociales.

Comme on dit à malin, malin et demi. Les opposants et les leaders de la société ne veulent plus se laisser instrumentaliser. Mais alors avec ce dialogue qui s’annonce déjà comme un fiasco, que cherche vraiment Kabila ? Lui qui d’ailleurs fait le travail censé avoir été fait par son émissaire Kalev Mu¬tond, le patron de l’ANR. Ka-lev avait consulté pour baliser le dialogue. Kabila refait la même chose. Cette redon¬dance trahit la stratégie du pouvoir qui pensait que les opposants aller se jeter sur l’idée d’un nouveau dialogue comme un chien sur un os. Que non ! Les opposants ont compris que le vrai patron c’est le peuple. Ce dernier doit s’exprimer. Pour cela, il faut des élections crédibles étant donné que les règles du jeu sont déjà établies. Kabila poursuit ses consulta¬tions qui vont déboucher sur le dialogue. Mais que ne sait-il pas ? Que n’a-t-il déjà pas entendu comme revendica¬tions des forces sociales rd-congolaises ? Qu’il compte entendre à ce forum ? Quelles revendications ne peut-il pas donner droit qui demande l’organisation d’un dialogue? L’Eglise catholique et l’UNC de Vital Kamerhe notamment lui avait demandé de se pronon¬cer de manière solennelle sur le fait qu’il ne briguera pas de troisième mandat.

Mais qu’a-t-il fait de cela ? Il se murait dans son silence légendaire pendant que ses thuriféraires prônaient une consultation référendaire pour trancher sur la révision constitutionnelle qu’il soutenait en sous main. Il a fallu que cela lui pète en plein visage en janvier avec les émeutes sanglantes pour qu’il prenne la mesure de l’opinion nationale. En lieu et place d’un nouveau dialogue, il n’a qu’à répondre aux dif¬férents cahiers de charges que lui ont soumis toutes les forces vives de la nation. Et ces cahiers de charges re¬viennent tous sur le respect de la constitution, le respect des droits humains, le pro¬cessus électoral qui doit être irréprochable et l’insécurité récurrente à l’est notam¬ment. Au lieu de la théâtrali¬sation des consultations du palais de la Nation, Kabila ferait oeuvre utile de prendre position sur les questions lui soumises par les forces vives.

En fait Kabila n’a pas plus de recettes pour manipuler la classe politique et la société civile. Fin mandat, qu’a-t-il à leur offrir qu’elles ne peuvent obtenir par les urnes ? Voilà pourquoi toutes les forces so¬ciales, dont l’ancrage dans la société ne fait pas débat, ne jurent que par des élections transparentes, pas truquées comme celles de 2011. Quel schéma lui reste-t-il et pour quelle finalité alors? Etant donné le refus des principales forces vives de la nation et le fait que l’agenda de ce dia¬logue est déjà circonscrit par ceux qui des forces vives qui sont prêtes à y participer. Jo¬seph Kabila doit savoir que quel que soit ses calculs qu’il a en tête, le front populaire s’opposera à lui si jamais il veut prolonger son bail à la tête du pays comme le soup¬çonne plusieurs leaders poli¬tiques et de la société civile. L’histoire récente est là pour lui rappeler que les concerta¬tions nationales, censées lui avoir apporté un brin de légit¬imité, n’ont rien pu faire pour lui lors des émeutes popu¬laires de janvier.

C’était seul qu’il avait affronté la frayeur qui avait traversée ses trippes alors que ses partenaires, notamment Kengo, avait mar¬qué leur distance. Face au re¬fus de certains poids lourds d’aller à son dialogue, Kabila pourrait être tenté de laver cet affront par le pourrisse¬ment. Schéma à lui décon¬seiller vivement. Dans ce cas le seul schéma qui lui reste ce sont des élections sans lui que tout le monde veut les plus apaisées possibles, les plus transparentes pos¬sibles, les plus consensuelles possibles et les plus crédibles possibles. Mais avant ces élec¬tions, il doit poser de gestes forts pour décrisper le climat politique.

Il s’agit notamment de : la libération des prison¬niers politiques (Jean-Claude Muyambo, Vano Kiboko , Jean Bertrand Ewanga, Er¬nest Kyaviro, Mike Mukebay, Christopher Ngoy, activistes de l’UDPS et de Filimbi, etc.), démocratiser la RTNC, ouvrir les médias fermés injustement (CK TV, RTCE, CANAL FUTUR, RLTV, JUA, etc.) et bien en¬tendu amnistier les personnes injustement arrêtées dans l’assassinat de M’zee Kabila (Eddy Kapend, Leta, etc) car les criminels avérés du M23 et du CNDP qui ont endeuillé la nation ont pu bénéficier d’une loi d’amnistie pourquoi ne pas envisager une autre pour les innocents qui croupissent dans le geôles de Makala (CPRK). Pas besoin d’un dialogue pour le faire !

MATTHIEU KEPA