Depuis un certain temps, les administrateurs des territoires et chefs des secteurs situés dans les parties de la Province Orientale, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu où sont encore présentes les forces négatives étrangères, invitent les autochtones à évacuer leurs villages et à rejoindre ceux déjà sécurisés par les FARDC.

Pas plus tard que ce week-end, le même appel était lancé aux populations de deux villages du territoire d’Ango, en Province Orientale, où l’on signale des raids quasi permanents des rebelles ougandais de LRA (Armée de Résistance du Seigneur) et de l’ADF, ainsi qu’à celles de Beni, Lubero et Rutshuru au Nord-Kivu, sans oublier celles d’Uvira au Sud-Kivu, à cause des incursions punitives des FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda).

Ainsi, de nombreux villages sont en train d’être vidés de leurs habitants au Nord et à l’Est du pays, afin de les mettre à l’abri des attaques-surprises des rebelles ougandais et rwandais, visiblement déterminés à faire de la résistance face aux troupes des FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo), en pleine phase de nettoyage des poches d’insécurité. Tout en saluant cette mesure préventive consistant à éloigner les autochtones congolais des zones non encore sécurisées, il y a lieu de s’interroger sur les conséquences du dépeuplement de grands espaces géographiques en Province Orientale, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.

Car, si l’on n’y prend garde, la RDC risque de connaître le phénomène de 1996, où des autochtones de l’Est, des agents de la territoriale et des éléments en uniforme avaient commencé par fuir le Nord-Kivu pour se déverser dans le Sud-Kivu, puis le Katanga, puis les deux Kasaï et finir par se retrouver à Kinshasa. Dans l’autre sens inverse, les fuyards étaient partis pour la Province Orientale, avant de gagner l’Equateur et de terminer leur «voyage » également à Kinshasa. La peur-panique créée alors par les «Kadogo» soutenus par les armées rwandaise, burundaise, ougandaise et érythréen avait donné naissance à la valse des «villes qui tombaient sans combat», jusqu’à la chute du régime Mobutu en l’espace de 7 mois.

La nature a horreur du vide

La nature ayant horreur du vide, la RDC court le grand risque de voir les villages ainsi désertés occupés par des populations étrangères en provenance de l’autre côté de la frontière avec l’Ouganda et le Rwanda. L’on se demande si la LRA, l’ADF et les FDLR n’agissent pas selon un nouveau plan de transplantation des autochtones ougandais et rwandais en Province Orientale, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, avec la bénédiction de Kampala et Kigali.

D’où, sans s’en douter, les responsables de la « petite territoriale » au Nord et à l’Est de la République sont en train de créer les conditions de l’arrivée d’une nouvelle vague d’étrangers qui ne tarderaient pas à revendiquer, dans les mois et années à venir, le statut de « minorités » congolaises, comme c’était le cas avec les « Banyamulenge » en 1998. On n’est pas sans ignorer qu’aux yeux de la communauté internationale, toute minorité ethnique ou raciale mérite automatiquement protection.

Par conséquent, les Congolais devraient ouvrir les yeux et attaquer le mal à la racine. Cet exercice devrait consister non pas à prendre les autochtones en otage dans des villages contrôlés par les FARDC mais plutôt à déployer les troupes loyalistes partout où sont signalées des zones d’insécurité. Sécuriser les villageois congolais dans leurs milieux de vie naturels devrait être le principal mot d’ordre à observer par l’armée congolaise. Les FARDC devraient faire peur aux « forces négatives » partout où elles tentent de reprendre du service, au lieu d’installer la peur chez les autochtones et les transformer en déplacés de guerre.

La balle dans le camp des services de sécurité

Afin d’aider les FARDC à cibler avec précision les sanctuaires des « forces négatives » et à mettre celles-ci hors d’état de nuire, il faudrait que les services de renseignements civils et militaires remplissent correctement leur mission de collecte des données sur leurs modes d’infiltration des villages, leurs sources d’approvisionnement en armes et munitions, leurs bases arrières, leurs complices locaux, leurs commanditaires politiques planqués à Kinshasa, Kampala et Kigali, etc.

Un véritable travail de fourmi est attendu des limiers civils et militaires pour permettre à la patrie de connaître les forces occultes qui cherchent à la déstabiliser en ce moment précis où les FARDC sont engagées, en solo, dans des opérations de traque des FDLR et d’autres groupes armés tant internes qu’externes. Il est également curieux que l’insécurité tende à revenir en force en cette période où une forte tension caractérise les relations entre la Monusco et le gouvernement congolais. En tous les cas, Kinshasa doit éviter de se retrouver, demain, devant une occupation de fait des villages de la Province Orientale, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu par une nouvelle couvée de faux Congolais.

Kimp, Le Phare