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Mzee LD Kabila: Ce que Che Guevara pensait de lui!

Le 16 janvier 2015, les Congolais se sont souvenus de Laurent-Désiré Kabila en lui rendant un vibrant hommage lors des cérémonies organisées à cet effet. La rédaction de D!Actualités vous propse un autre regard sur le héros congolais: son parcours aux côté du révolutionnaire Cubain Ernesto Che Guevara. DOSSIER.

C’est à 4 heures du matin du 24 avril 1965 que Che Guevara arrive au maquis de Kabila dans la localité Kibamba dans la région de Fizi-Baraka. La révolution congolaise se trouve déjà dans une situation de crise profonde, après les opérations militaires d’octobre – décembre 1964 entreprises par les mercenaires blancs, sud-africains, rhodésiens, allemands etc., encadrés par des officiers belges et américains.

L’histoire du Che au Congo est à la fois pathétique et héroïque.

Pathétique, parce que l’entreprise était condamnée à l’échec dès le départ.

En débarquant au Congo, Che et ses compagnons ont projeté sur le Congo, leur propre l’expérience des luttes révolutionnaires à Cuba et en Amérique latine. Or, depuis plus d’un siècle, depuis Bolivar, de grandes luttes révolutionnaires ont marqué l’histoire de ces pays. Alors que le Congo n’était qu’au tout début de sa lutte de libération…Les Cubains mesuraient en quelque sorte une première expérience toute fragile au Congo, à leur longue expérience de la révolution qui couvrait plusieurs générations…

Des malentendus énormes étaient inévitables entre des Congolais sans la moindre expérience révolutionnaire, sans organisation, sans idéologie, sans références et ces Cubains, révolutionnaires professionnels endurcis dans la lutte clandestine et dans la lutte armée…

Héroïque, parce que Che et ses compagnons ont donné un exemple de solidarité révolutionnaire, de dévouement, d’humilité, de détermination à découvrir les authentiques révolutionnaires congolais et à les aider de toutes les façons possibles.

Les efforts du Che et de ses compagnons ont été héroïques, mais aussi : fructueux.

Les graines qu’ils ont semées ont poussé. Deux ans plus tard, elles ont déjà commencé à donner des fruits. Nous parlons de la fondation du Parti de la Révolution Populaire, le 24 décembre 1967 à Hewa Bora. Et l’arbre cubain a finalement, 31 ans plus tard, donné une récolte presque miraculeuse.

Nous parlons de la victoire de la guerre de libération, le 17 mai 1997…

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1. Servir le peuple, enseigner inlassablement la révolution au peuple

C’est la première leçon que nous retenons de l’action révolutionnaire du Che au Congo.
A son arrivée au Kivu, Guevara a été accueilli dans une guérilla caractérisée par la désorganisation, le règne de petits chefs locaux, l’absence de discipline et de combativité,
Au Congo depuis six semaines, Guevara écrit ceci: «Il y a le manque général de cadres d’un niveau culturel approprié et d’une fidélité absolue à la cause de la Révolution.

Il y a une prolifération de chefs locaux ayant chacun leur autorité. Il n’y a pas de discipline dans les unités, elles sont contaminées par l’esprit de clocher.» (p.125) “Indiscipline, désordre, ignorance des règles du combat les plus élémentaires, carence de combativité et d’autorité des dirigeants”. (p.158)

Etre avec les masses, lutter avec les masses, enseigner inlassablement la révolution au peuple au cours de la lutte, éduquer les cadres et les masses au front, dans le combat contre l’ennemi : c’est bien le première leçon que Che a donné aux révolutionnaires congolais et africains.

2. Etre prêt à mourir pour la révolution congolaise

La deuxième leçon que Guevara donna au Congo fut une leçon de morale révolutionnaire.
Au Congo, même dans les difficultés les plus terribles, le Che exigeait de la part de ses compagnons cubains une confiance dans la victoire finale.

Après une débandade des troupes congolaises, certains camarades cubains se montraient découragés. Guevara leur disait: «Tu ne dois jamais permettre que qui que ce soit puisse penser que tu es vaincu et sans courage pour continuer la lutte. Tu dois te maintenir dans la disposition combative maximale et ton comportement, qui doit être visible, doit servir d’exemple et d’encouragement.» (p.293)

Guevara exigeait que les combattants membres du Parti communiste cubain croient à la victoire de la révolution congolaise et qu’ils soient prêts à mourir pour elle. Che écrit : « (Lors du rassemblement des combattants cubains) j’ai demandé qui croyait dans la possibilité du triomphe de la révolution congolaise. Seuls Moja, Mbili et quatre autres ont levé la main. Puis j’ai déclaré que parfois je devrais demander des sacrifices qui pouvaient aller jusqu’à celui de leur vie. Et là, ils ont tous levé la main.» (p.261)

3. Le Che sur Kabila : « Il a un cerveau clair et une personnalité de dirigeant ».

En novembre – décembre 1996, un inconnu, un certain Kabila, faisait parler de lui.
« Le Monde » s’est hâté de nous expliquer que le grand Che Guevara avait dit à l’époque que Kabila ne valait rien…

Le Monde faisait de l’intox.

Lorsqu’il Laurent Kabila a rencontré le Che pour la première fois à Dar Es Salaam, il lui a expliqué la situation à la tête du mouvement. Che a écrit sur cette première rencontre: (p.51) : “Kabila m’a fait une excellente impression. L’exposé de Kabila a été clair, concret et ferme. Il m’a parlé de son opposition à Gbenye et Kanza et de son désaccord avec Soumialot. Il m’a dit qu’on ne peut parler d’un gouvernement congolais, sans avoir consulté Mulele, l’initiateur de la lutte. Kabila se rend parfaitement compte que l’ennemi principal est l’impérialisme américain et il se montre disposé à lutter contre lui de manière conséquente, jusqu’au bout.” “J’ai offert à Kabila au nom du gouvernement, trente instructeurs cubains et autant d’armes que possible, ce qu’il a accepté.”

En 1965, Kabila arrivait encore rarement au maquis de Fizi-Baraka. Pour s’attirer la sympathie des Cubains, des Congolais opportunistes sortaient un argument “révolutionnaire” : Kabila ne veut pas se rendre sur le champs de bataille…

4. CHE : “La tâche essentielle, c’est de former le Parti de la Révolution”

che-guevara-in-congoChe Guevara n’a été que sept mois au maquis de l’Est dirigé par Kabila. Mais avec pertinence, il a su dégager les deux problèmes essentiels pour que la révolution soit définitivement implantée dans l’esprit des masses populaires : il faut développer un projet dans lequel les masses peuvent clairement saisir les améliorations qui seront introduits dans leur vie quotidienne grâce à la révolution; il faut créer un Parti révolutionnaire uni et d’envergure national. Laurent Désiré Kabila a justement pris en main ces deux questions cruciales : il a créé les Comités du Pouvoir Populaire pour que les masses aient une idée précise des améliorations que le nouvel Etat populaire voulait introduire dans leur vie, du quartier à la commune, puis de la province au niveau national. Mzee avait créé en 1967 le Parti de la Révolution Populaire comme force dirigeante de la Révolution. En 2000, il s’apprêtait à reconstruire le PRP avec les éléments les plus avancés des CPP, les éléments qui avaient, comme Mzee le disait : “muri politiquement”.

5. La grande contribution du Che et de Cuba à la lutte de libération en Afrique

Revenons un peu en arrière et plaçons l’épopée congolaise du Che dans son contexte africain.

Tout a commencé le 11 décembre 1964, lorsque Che Guevara prend la parole lors du XIXe Assemblée générale de l’ONU. Nous sommes à peine quelques semaines après le début de l’agression américano-belge qui était renforcée par des troupes mercenaires sud-africaines et rhodésiennes.

Che évoque devant l’Assemblée générale de l’ONU “le cas douloureux du Congo, unique dans l’histoire du monde moderne, qui montre de quelle manière on se moque du droit des peuples dans la plus grande impunité. Les énormes richesses que détient le Congo et que les nations impérialistes veulent maintenir sous leur contrôle, sont le motif de tout cela. … Tous les hommes libres du monde doivent s’apprêter à venger le crime commis contre le Congo”.

Le 17 décembre 1964, Che quitte New York pour Alger. Dans une tournée africaine il visitera 8 pays – Algérie, Egypte, Mali, Congo, Guinée, Ghana, Dahomey (Bénin), Tanzanie, Congo Brazzaville. Et il fera aussi un crochet en République Populaire de Chine.

6. Les peuples du monde doivent s’unir dans le combat commun contre l’impérialisme et principalement l’impérialisme américain.

Il faut pratiquer l’internationalisme et la solidarité de tous les peuples opprimés et de toutes les classes exploitées contre l’impérialisme, l’ennemi principal des peuples dominés et des masses populaires: c’est la leçon essentielle qui se dégage de toute la vie militante du commandant Ernesto Che Guevara.
Avant de partir au Congo, Che écrit dans sa lettre d’adieu à Fidel. «Sur les nouveaux champs de bataille, je porterai … la sensation de remplir le plus sacré des devoirs: lutter contre l’impérialisme où qu’il se trouve.»

L’internationalisme du Che est inséparablement lié à son esprit de sacrifice dans le combat pour libérer tous les exploités du monde. «N’est révolutionnaire que celui qui est disposé à renoncer à toutes les commodités pour aller lutter dans un autre pays.» (p.349)

L’internationalisme, Che ne l’a pas appris en Afrique. Il l’a appris à l’âge de 24 ans, et à moto.