54 ans après, la mémoire de Lumumba s’effrite…

Dans l’extraordinaire foisonnement historique humain qu’a représenté la période de la décolonisation des pays africains, il a existé des personnalités, courageuses et uniques dans leur engagement que la mémoire post-coloniale s’est appliquée à faire tomber dans l’oubli. Patrice Lumumba, le premier homme à occuper le poste de Premier ministre du Congo (Léopoldville) entre juin et septembre 1960 en est de ceux-là, dont certaines mauvaises langues continuent à lui dénier cet engagement pour la libération de son peuple. 

Le 17 janvier 2015  marque le cinquante-quatrième  anniversaire de l’assassinat brutal de Patrice Lumumba. L’assassinat du leader de la lutte pour l’indépendance du Congo qui fut un des opposants les plus passionnés de l’oppression coloniale en Afrique.

Retour sur un parcours aussi fulgurant que tragique.

Né le 2 juillet 1925 à Onalua (territoire de Katako-Kombe au Sankuru) au Congo belge (actuelle République Démocratique du Congo), il est assassiné le 17 janvier 1961 au Katanga .Suite au soulèvement de janvier et octobre 1959 à Léopoldville, l’indépendance du Congo est octroyée par Bruxelles pour le 30 juin 1960. Le 31 mai 1960, Patrice Lumumba remporte les élections et devient Premier ministre, tandis que Joseph Kasa Vubu devient président du Congo.

Des troubles éclatent en juillet lors de la tentative d’africanisation du corps des officiers de l’armée congolaise. Le 11 juillet 1960, Moïse Tshombe, soutenu par les troupes belges et poussé par l’Union minière, proclame la sécession du Katanga, l’État du cuivre. Lumumba et Kasa Vubu font appel à l’ONU qui envoie des casques bleus et impose le départ des troupes belges. Celles-ci se retirent sauf au Katanga où elles maintiennent Tshombe en selle. L’armée nationale congolaise combat la sécession du Sud-Kasaï et se dirige vers le Katanga.

Fin août la CIA, les Belges et de fait aussi l’ONU, entreprennent d’écarter, voire d’éliminer Lumumba. Kasa Vubu le démet de ses fonctions le 5 septembre en dépit de l’opposition du Parlement. Le 14 septembre, le colonel Joseph-Désiré Mobutu, nommé chef d’état-major par Lumumba entreprend un coup d’État et arrête le Premier ministre. Le 24 novembre, l’Assemblée Générale de l’ONU reconnaît la légalité de la délégation de Kasa Vubu au détriment de celle de Lumumba. Celui-ci s’évade le 27 novembre mais est repris le 2 décembre.

Les 12 et 13 janvier éclate une révolte au camp de l’armée à Thysville où est enfermé Lumumba. Les Occidentaux craignent le retour de Lumumba et Bruxelles exerce des pressions pour qu’il soit livré à Tshombe (Katanga) ou à Kalonji (Kasaï).

Le 17 janvier 1961, Patrice Lumumba, Maurice M’Polo et Joseph Okito, après avoir subi de nombreux sévices, sont transférés à Élisabethville (aujourd’hui Lubumbashi) au Katanga. Tshombe et son entourage belge du Bureau-conseil du Katanga décident d’éliminer immédiatement les trois prisonniers. En présence de Tshombe et de trois de ses « ministres », ils sont exécutés par des policiers et des soldats katangais commandés par deux belges.

Une commission parlementaire d’enquête belge a évoqué en 2001 une responsabilité « morale » de la Belgique, révélant que son cadavre avait été plongé dans l’acide. Le gouvernement avait alors présenté les excuses de la Belgique au Congo. En pleine Guerre froide, l’ombre de la CIA a aussi plané sur l’opération fatale au dirigeant congolais, jugé trop proche de Moscou.

En décembre 2012, la justice belge a annoncé qu’à la demande de la famille de l’ancien dirigeant congolais elle allait lancer une enquête sur cet assassinat. Une bonne partie des personnes susceptibles d’être poursuivies dans cette affaire sont toutefois décédées, le dernier en date étant le lieutenant-colonel Claude Grandelet, mort le 17 décembre dernier, à Bouge (Namur), à l’âge de 80 ans.

Lumumba fut le symbole de la lutte anti-coloniale. Il avait voulu instaurer pour le futur Congo indépendant l’unité nationale congolaise, le pluralisme politique. Il était en outre partisan du panafricanisme et du non alignement etc.

© Camer.be : Hugues SEUMO

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