Et si Samy Badibangi était l’homme de la synthèse ?

Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, le Premier ministre présente des atouts qui feraient de lui le dénominateur commun entre le camp de la cité de l’UA et celui du conclave.

La mission de bons offices confiée par le Président Joseph Kabila aux évêques de l’Eglise catholique a-t-elle montré ses limites ? La Cenco a-t-elle échoué ? Que peut-on attendre de la démarche actuelle des princes de l’église catholique ? Voici donc des questions parmi tant d’autres que les Congolais se posent. Y compris les observateurs extérieurs qui suivent de près l’évolution de la situation politique en RD Congo.

Au-delà de toute analyse, des têtes bien pensantes estiment que la mission de la Conférence épiscopale nationale du Congo s’inscrit dans une logique de synthèse. Les raisons paraissent bien simples. C’est que la situation actuelle en RD Congo met deux camps face à face. D’un côté, les partisans des conclusions du Conclave de la plateforme de l’opposition, estampillée Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement. De l’autre, on retrouve des acteurs politiques et sociaux qui restent très attachés à l’Accord politique signé le 18 octobre dernier, au terme des travaux du Dialogue politique national inclusif tenu à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa.
L’un et l’autre camp compte ses jusqu’-au-boutistes. Des personnes qui s’arc-boutent sur leurs positions. L’opposition Genvaliste considère que les conclusions de son conclave constituent une base de discussion sur laquelle partir. A l’inverse, ceux qui ont participé au Dialogue de la Cité de l’Union africaine perçoivent autrement les choses. Ils estiment que le compromis politique signé au terme de ce Forum en interne, demeure le seul document de discussions. Face à ces deux prises de position diamétralement opposées, l’obligation de trouver un juste milieu s’impose. Voilà donc, qui justifie la démarche actuelle de la Cenco. Une mission qu’elle a entamée depuis plusieurs jours.
Aux dernières nouvelles, nous apprenions que jusque mercredi dernier, les évêques avaient déjà rencontré l’essentiel de leurs interlocuteurs. Plus d’une fois, ils ont échangé avec le très historique de l’Opposition, doublé d’étiquette de leader du Rassemblement, Etienne Tshisekedi Wa Mulumba. Pas seulement. La Cenco, a aussi devisé avec le Premier ministre Samy Badibanga. Preuve qu’en dépit du doute de certains Congolais qui ne croient pas du tout en une issue heureuse de la démarche actuelle des évêques, ces derniers entendent aller eux-aussi jusqu’au bout.

SAMY BADIBANGA, LE DENOMINATEUR COMMUN ?
S’il est admis que la Cenco, dans sa mission de bons offices, joue le rôle de trait d’union entre les deux camps antagonistes, à savoir le Rassemblement et le camp de la Cité de l’Union africaine, le Premier ministre quant à lui, a tout le mérite d’être en capacité de pouvoir servir de dénominateur commun. Non pas seulement à cause de sa fonction actuelle. Mais aussi pour plusieurs autres raisons. Premièrement, ses origines. Samy Badibanga, on le sait, est originaire d’un espace géographique qui, depuis deux décennies, n’a jamais donné un Premier ministre. Il s’agit du grand Kasaï.
Par ailleurs, du point de vue institutionnel, le Premier ministre Samy Badibanga n’est pas un acteur ordinaire. Bien au contraire. Les inconditionnels de la salle des Congrès du Palais du peuple lui reconnaissent la qualité de président du groupe parlementaire UDPS et alliés qui est le plus important de l’Opposition au sein de l’Assemblée nationale. C’est donc un Samy Badibanga qui porte le brassard d’une équipe forte de plus de cinquante membres !
En dehors de sa casquette officielle, Samy Badibanga peut se targuer avec raison d’avoir des entrées d’ordre affectif auprès du président national de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Etienne Tshisekedi. A ce titre, dire que Samy Badibanga est un fils maison, ne serait simplement pas hyperbolique. Loin s’en faut ! Par conséquent, tous ces atouts mis ensemble, confèrent au Premier ministre Samy Badibanga la qualité de servir – pour le cas où – de pont entre les deux logiques opposées, évoquées ci-dessus. La situation actuelle de la RD Congo étant ce qu’elle est, on ne devrait plus se voiler la face. A l’évidence, le Rassemblement est une force. Compte tenu du contexte particulier du moment où tous les acteurs se montrent préoccupés par la recherche de cohésion nationale, gage de la paix, des analystes avertis estiment qu’au lieu de refaire le Dialogue, l’idéal serait de considérer la nomination de Samy Badibanga comme un des éléments constitutifs de la base sur laquelle on peut construire le nécessaire consensus. L. Grevisse KABREL