Kamerhe avait trahi, Kabila se venge !

Tout le monde s’attendait à ce que la primature revienne à Vital Kamerhe, l’un des rares leaders de l’Opposition qui a accepté de prendre part au Dialogue politique convoqué par le président Kabila et qu’il a crédibilisé. Car en l’absence de Tshisekedi ou de Katumbi et leurs écuries politiques, Vital Kamerhe était principale figure de l’Opposition au Dialogue politique convoqué par le président Kabila.

En fonction de son poids politique, il fut naturellement désigné chef de la délégation de sa composante. Après plusieurs péripéties, majorité présidentielle et une frange de l’Opposition avaient trouvé un compromis politique dont l’une des mesures phare était la dévolution du poste de premier ministre à une personnalité de l’Opposition.
Alors que l’on attendait Vital Kamerhe, contre toute attente, le poste de Premier ministre a été confié à Samy Badibanga, leader de l’opposition ayant aussi participé au Dialogue certes, mais d’un poids politique et d’une expérience de faible amplitude par rapport à ceux de l’ancien président de l’Assemblée nationale.
Le nouveau Premier ministre n’est pas à blâmer. Loin s’en faut. Il n’y est pour rien dans l’insuccès de Kamerhe. Kabila se serait vengé, près de 7 ans après, de son ex bras droit pour une «trahison». La vengeance est vraiment un plat qui se mange froid. Kabila et certains faucons de la Majorité présidentielle n’ont jamais pardonné «les sorties de route» du président de l’UNC. Ni sa condamnation de l’entrée des troupes rwandaises sur le territoire congolais en 2009 ni sa campagne électorale incisive lors de la présidentielle en 2011.

Kamerhe a été puni politiquement aussi pour sa dévorante ambition présidentielle. Il ne s’en cache jamais. De quoi mécontenter les caciques du régime qui préconisent une révision constitutionnelle pour permettre au président Kabila de se maintenir au pouvoir. Kamerhe a été aussi l’opposant qui a dénoncé le plus, en 2014 et 2015, le projet de révision constitutionnelle exposé dans le livre «Entre la révision constitutionnelle et l’inanition de la Nation», ouvrage écrit par l’actuel ministre de l’intérieur Evariste Boshab. Cela ne s’oublie pas en politique. Le président de l’UNC était également celui qui était en pointe dans la mobilisation population pour empêcher l’adoption de la nouvelle loi électorale en 2015. Il eut 3 jours d’émeutes en janvier 2015. Il avait ébranlé le régime lui et ses ex amis politiques de la Dynamique.Et le gouvernement dut retirer sa loi après plusieurs morts.
Plus récemment et plus près de nous, Vital Kamerhe dans le cadre du Dialogue politique s’est montré intransigeant sur un possible référendum pouvant permettre au président Kabila de rempiler. Il s’est aussi opposé à toute éventualité de révision ou de modification de la constitution.

Tranchant aussi sur la séquence électorale, l’ex directeur de campagne de Kabila l’a été. Lui et ses pairs de l’Opposition ont refusé de cautionner un processus électoral qui commencerait par les complexes élections locales avant la présidentielle pourtant nœud de la crise politique actuelle. L’Opposition sous le leadership de Kamerhe a aussi rejeté la proposition de coupler les élections présidentielles et législatives aux locales pour éviter un glissement important du calendrier électoral. De manière systématique, Kamerhe a mis en échec la stratégie du pouvoir de se maintenir au pouvoir.
Pour toutes ces raisons, Vital Kamerhe n’avait pas les favoris de la Majorité présidentielle. Sa fermeté sur le respect de la Constitution, son ambition présidentielle, son leadership et son passé politique lui ont coûté le poste de Premier ministre, une étape vers son ambition ultime: le fauteuil présidentiel.
Kabila doit maintenant assumer son choix. Il devra se priver des talents de tribun de Kamerhe utile en ces temps. Kabila en dribblant Kamerhe, vient disputer à Gbagbo la qualité de boulanger.

Alphonse Muderhwa 

1 Commentaire

Cliquez-ici pour commenter

Laisser un commentaire

  • Rien n’est perdu pour kamerhe. Qu’il continue le combat pour le respect de l’échéance électorale au sein du comité de suivi et il en sortira fort, plutôt que de siéger au gouvernement