Consultations de la CENCO: le dernier virage !

Au Centre Interdiocésain de Kinshasa, la Cenco continue ses consultations avec différentes forces politiques et sociales. Hier jeudi, elle a commencé l’ébauche de ses conclusions, avant le rapport final à transmettre au chef de l’Etat.

Parallèlement à cette démarche de l’Eglise catholique, les violons sont loin de s’accorder entre acteurs politiques, repoussant ainsi l’atteinte du bout du tunnel. Derrière la dernière ligne droite de la Cenco se profile une longue attente dans l’opinion.

Des personnalités invitées au dialogue de la cité de l’Union africaine (UA), des acteurs politiques aussi bien de la Majorité présidentielle (MP) que de l’Opposition ont été conviés jeudi à de nouveaux entretiens avec les évêques membres de la Cenco.

L’ambiance était très tendue, rapportent des sources présentes sur place. Des acteurs politiques ne se sont pas fait de cadeau, se lançant à bout portant des quolibets.

« La mission des évêques doit se terminer le 14 novembre avec l’annonce du nouveau gouvernement », a fait remarquer un acteur politique de l’Opposition présente au dialogue de la cité de l’UA, visiblement impatient de faire partie du prochain gouvernement de transition. La réplique ne s’est pas fait attendre. « Si l’accord de la cité de l’UA avait réglé le problème, on ne serait pas là à discuter », lui a retourné un autre, membre d’un parti politique absent au dialogue de la cité de l’UA. Ces échanges endiablés ont été diversement commentés sur les réseaux sociaux.

Malgré toutes ces divergences de vue, les évêques continuent leurs consultations. Jusqu’où iront-ils ? On n’en sait rien. Mais, à terme, il est attendu que la Cenco confère avec le chef de l’Etat, Joseph Kabila, pour lui présenter son rapport final, c’est-à-dire la solution idoine pour désamorcer les tensions préélectorales qui couvent sur toute l’étendue du territoire national.

Trois camps se dessinent

Le dialogue de la cité de l’UA a sensiblement remodelé l’espace politique congolais. Il y a d’un côté la Majorité présidentielle qui s’est trouvé de nouveaux alliés aussi bien dans l’Opposition que dans la Société civile. Ce camp est formé de toutes les personnalités, partis politiques et organisations de la Société civile qui ont pris part au dialogue de la cité de l’UA. Le deuxième bloc est formé par le « Rassemblement » des forces politiques et sociales acquises au changement, cette plate-forme qui s’est formée autour de l’UDPS d’Etienne Tshisekedi. En marge de ces deux blocs majeurs, il y a le MLC de Jean-Pierre Bemba qui, après s’être désolidarisé de la Dynamique du « Rassemblement », a constitué, avec ces différents partis, une nouvelle plateforme, dénommée « Front pour le respect de la Constitution ».

Si le MLC et alliés se retrouvent dans quelques idées défendues au sein du « Rassemblement », de très larges dissensions les opposent à la MP et ses alliés de la cité de l’UA. C’est entre ces trois blocs politiques que la Cenco a dû se faufiler dans sa mission de bons offices. Il lui a fallu près de deux semaines pour recueillir les points de vue des uns et des autres. Mais, ce n’est pas pour autant que la Cenco a bouclé sa mission. Il y a encore une grande étape à franchir, c’est-à-dire lever une option commune pour rapprocher des blocs politiques diamétralement opposés.

A la Cenco, on continue de garder l’optimisme. Les évêques ne se démarquent pas de la ligne qu’ils se sont imposée. Il s’agit de plus écouter pour parvenir à une solution consensuelle. Dans son ultime mission de sauvetage, la Cenco a reçu l’appui du « Rassemblement » qui s’est montré totalement ouvert, se disant prêt à faire des concessions pourvu que la MP et alliés en fassent autant. « La Cenco nous offre ses bons offices. Nous ne pouvons pas anticiper les choses. Laissons la CENCO travailler. Et c’est elle qui nous donnera les résolutions de son travail », a indiqué un cadre du Rassemblement cité par actualite.cd.

Le « Rassemblement » s’est, en même temps, imposé une ligne rouge. Si la transition s’impose inexorablement, le « Rassemblement » refute toute idée d’un troisième mandat de Joseph Kabila au terme de la période transitoire. Le MLC et alliés ont choisi la ligne dure. Pour eux, tout s’arrête le 19 décembre 2016 ; date d’expiration du mandat du président Kabila.

C’est dans ce terrain « sablonneux et malaisé », mais aussi  broussailleux, qu’évolue la Cenco. Une bonne partie du chemin a certes été déjà parcourue mais de graves divergences persistent. Elles sont particulièrement alimentées par la MP et ses alliés de l’Opposition présents au dialogue de la cité de l’UA qui perdent patience et leur sang-froid. Ils pressent autant la Cenco à boucler ses consultations avant le 14 novembre 2016 que le chef de l’Etat à nommer à la même date un gouvernement d’union nationale selon les termes de l’accord politique du 18 octobre 2016.

Ne dit-on pas que « Jupiter rend fous ceux qu’il veut perdre » ?  Dans la MP et alliés, la panique gagne les rangs.

Le dernier virage

Quoi qu’il en soit, les évêques continuent leur mission de bons offices. Sans doute, ils profiteront du week-end pour affiner leur proposition avant de faire rapport au président de la République. Devrait-on s’attendre à un second round de dialogue ? Dans la classe politique, l’hypothèse fait la route. Malgré certaines réticences dans la MP, l’aile dure de l’Opposition, notamment celle incarnée par le « Rassemblement », s’est dit prête à adhérer au projet.

Peut-on s’attendre à un veto de la MP ? C’est peu probable. Car, unie autour de Joseph Kabila, on voit mal la MP se mettre en marge d’un projet dès l’instant que celui-ci porte le sceau du chef de l’Etat. Un mot d’ordre suffira pour ramener la MP dans les rangs.

L’attente aura été longue. Mais, le bout du tunnel n’est plus loin. Dans les tout prochains, l’on saura exactement ce qu’ont rapporté finalement les consultations menées par l’Eglise catholique.

Au moment où une délégation de 15 membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies arrive en RDC pour une mission qui l’amènera jusqu’à Beni dans le Nord-Kivu, tout le monde espère que les évêques ont pu trouver le parfait sésame pour amener tous les acteurs de la crise congolaise autour d’une table en vue d’une solution qui s’appliquerait à tous. Dans la mesure où l’accord politique de la cité de l’UA a montré ses limites.

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