Sommet de Luanda : le temps des contradictions !

C’est une véritable bouffée d’air frais que Kinshasa semble avoir reçue au sommet de Luanda, où les chefs d’Etat et les plénipotentiaires des pays des Grands Lacs se sont penchés sur la situation prévalant au Burundi, en RDCongo, au Soudan du Sud et en RCA.

Dès l’ouverture de la rencontre, les sourires se sont amplifiés côté majorité au pouvoir à Kinshasa tant le président angolais semblait, dans son discours d’ouverture, aller à la rencontre de chacun de ses désirs. Tout y est en effet passé : l’endossement de l’accord controversé de la Cité de l’Union africaine, le satisfecit accordé à Joseph Kabila , la nécessité d’un gouvernement d’union nationale pour juguler la crise,  les réprimandes à l’Opposition pour absence de patience, et enfin, ce conseil proche d’un ordre à l’Opposition de prendre le train en marche en signant l’accord qu’elle continue de rejeter.

Le ton, s’il a plu à la MP et ses enfants prodigues, n’a pas du tout été du goût des opposants qui continuent de s’interroger sur les informations qui ont été communiquées aux Chefs d’Etat. En Afrique, il est de tradition que les chefs d’Etat soient toujours solidaires de leurs collègues en difficulté et c’est pour cette raison que les différentes organisations régionales ou sous-régionales sont considérées comme des  simples syndicats des « hommes forts » et non des structures pouvant créer les conditions d’un développement politique, économique et social du continent.

Eduardo Dos Santos est-il allé trop loin dans son discours ? En politique, la vérité d’un texte n’est pas nécessairement celle qu’on lit ou entend. L’analyse des sous-entendus est souvent nécessaire pour mieux saisir la trame de la réflexion.  Qu’a-t-on ou qu’a-t-il  voulu transmettre comme message?

En parcourant le communiqué de la septième réunion de haut niveau du Mécanisme régional de suivi de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et la région, on ne peut manquer de rester perplexe. Car les choses ne sont pas toujours simples. Des mots et des phrases arrivent parfois à se contredire, au point de pousser les observateurs à chercher des réponses dans l’exégèse.

En effet, les Chefs d’Etat et de gouvernement des pays signataires de l’Accord-cadre se félicitent de la signature, le 18 octobre 2016, de l’Accord politique curieusement qualifié de global mais c’est non sans
avoir rappelé  « aux parties prenantes de respecter  les principes, idéaux et aspirations  du peuple congolais qui sont consacrés dans la Constitution, ainsi que les lignes directrices de la SADC et de
l’Union Africaine régissant les élections démocratiques, conformément à la résolution 2277 (2016) du Conseil de Sécurité ». (Voir point 23 du Communiqué final de Luanda) Ce rappel ne peut relever de l’inconscience. Il exprime simplement la volonté de voir la démarche engagée ensemble depuis de longs mois retrouver le chemin des principes que chacun doit impérativement respecter pour éviter d’endosser le mauvais sort. Les Congolais ont accepté de mourir pour défendre leur Constitution et ils l’ont fait de
manière très engagée en janvier 2015 et en septembre 2016. Ce sont des faits que rien ne peut occulter. Ce sont des éléments marquants de l’histoire nationale. Demain et après demain, les générations futures
en parleront et donneront leur sanction.  C’est cela qu’il fallait lire, et c’est aussi cela qu’il faut dire.                   LP