Une synergie UE, Grande-Bretagne et Etats-Unis s’impose : pour sauver la démocratie en Afrique

En attendant les chefs d’Etat qui se penchent demain mercredi à Luanda sur la situation incertaine de la RDC, les ministres des Affaires étrangères de la CIRGL se concertent déjà dans la capitale angolaise.

Selon les prédictions, pas grand- chose n’en sortira. Raison de plus pour la Grande -Bretagne, l’Union européenne et les USA d’accentuer la pression en vue de sauver la démocratie en Afrique, particulièrement en Afrique centrale où l’urgence s’impose.

C’est à Luanda, capitale de l’Angola, que se négocie dès le début de cette semaine la situation de crise préélectorale qui guette la RDC. L’initiative est du président angolais, José Eduardo dos Santos, président en exercice de la CIRGL. Pour une meilleure adhésion internationale de cette action, d’autres organisations telles que l’Union africaine, la SADC (Communauté pour le développement de l’Afrique australe) et les Nations unies ont été conviées à ces assises.

Pour le président angolais, ce sommet vise à apaiser les esprits pour, promet-il, permettre à la RDC de désamorcer les tensions en vue d’aborder avec sérénité les prochaines échéances électorales. Mais, à Kinshasa et dans d’autres villes de la RDC, l’initiative angolaise est accueillie avec scepticisme. Luanda n’inspire pas confiance. Tous les regards sont plutôt tournés vers la communauté internationale qui n’hésite plus à réagir chaque fois que la RDC avance d’un pas vers la sortie de crise.

Sa dernière réaction en date est celle qui a suivi la signature le 18 octobre 2016 à Kinshasa de l’accord politique signé à l’issue du dialogue supervisé par le Togolais Edem Kodjo. La France, les Etats-Unis, l’Union européenne n’ont pas hésité à fustiger les faiblesses d’un accord négocié dans un cadre restreint entre la majorité au pouvoir et un groupe restreint d’opposants et acteurs de la Société civile. La France a été plus directe en dénonçant un « semblant d’accord » totalement déséquilibré. Tous ont appelé à la convocation d’un second round du dialogue, plus inclusif, devant comprendre tous les protagonistes de la crise congolaise, notamment ceux regroupés autour d’Etienne Tshisekedi dans le cadre du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement.

A Luanda, on espère voir les invités de José Eduardo dos Santos s’inscrire dans la voie que suggère l’ensemble de la communauté internationale. Passer outre reviendrait à exacerber la crise congolaise, avec tout ce qui a comme incertitude pour les jours à venir.

Ne pas relâcher la pression

Tout compte fait, la communauté internationale ne doit pas relâcher la pression sur les dirigeants congolais. Aujourd’hui, il est plus qu’évident que Luanda ne va pas résoudre le problème. Bien au contraire, c’est le chef de l’Etat, Joseph Kabila, que des chefs d’Etat et de gouvernement chercheront à protéger. Rien d’autre.

La sortie de crise en RDC exige donc une véritable synergie d’actions au niveau international. L’Afrique qui peine à asseoir la démocratie a besoin de cet accompagnement pour réussir ce pari. Si certaines régions, telles que l’Afrique australe où des pays comme la Zambie, le Mozambique, l’Afrique du Sud, le Botswana consolident chaque jour qi passe la démocratie, et en Afrique de l’Ouest, où le Sénégal fait figure de modèle en la matière, l’Afrique centrale reste à la traîne. C’est une région où des hommes forts règnent en lieu et place d’institutions fortes, un comportement qu’avait condamné le président Barack Obama en 2009 lors de son premier voyage en Afrique.

L’Afrique centrale a besoin d’une cure de jouvence pour renouer avec la démocratie. Ce n’est pas à Luanda que cet élan, en perte de vitesse, pourrait être relancé.

La communauté internationale ne doit pas laisser cette région fragile de l’Afrique sombrer dans une instabilité institutionnelle qui serait lourde de conséquences autant pour la région que pour l’ensemble du continent. L’embrasement de la RDC n’épargnera aucun de ses neuf voisins. Déjà, le Burundi et la RCA peinent à se relever des tensions qui les ont secoués ces derniers mois.

Qu’en sera-t-il lorsque la RDC entrera, à son tour, en ébullition ? Bienvenus les dégâts matériels et humains ! Il n’y a aucune raison pour les vieilles démocraties occidentales d’abandonner la RDC à son triste sort. Le peuple congolais qui s’est longtemps investi pour le triomphe de la démocratie ne nourrit qu’un seul espoir en cette année électorale : c’est l’alternance démocratique. Le préambule de la Constitution de 2006 est éloquent sur ce point précis.

Ainsi, dans le chapitre consacré à « l’organisation et l’exercice du pouvoir », le constituant rappelle dans des termes clairs que « les préoccupations majeures qui président à l’organisation de ces institutions sont les suivantes assurer le fonctionnement harmonieux des institutions de l’Etat ; éviter les conflits instaurer l’Etat de droit; contrer toute tentative de dérive dictatoriale ; garantir la bonne gouvernance; lutter contre l’impunité ; assurer l’alternance démocratique ».

Le peuple ne pourrait se reconnaître dans le sommet qui s’ouvre ce mercredi à Luanda que si ces principes consignés en lettres d’or dans la Constitution de la RDC sont garantis et protégés. Sinon, la rencontre de la capitale angolaise n’aura été qu’une messe noire, une conspiration contre le peuple congolais.

On ne le dira jamais assez, la communauté internationale doit aider le peuple congolais à consolider sa démocratie. Il y a des signaux qui rassurent. C’est le cas de la déclaration faite par le chef de la diplomatie française au lendemain de la signature à Kinshasa de l’accord politique de la cité de l’UA. « La situation en RDC nous préoccupe beaucoup. Il y a un risque majeur d’affrontements et de manifestations violentes et de répression », s’est inquiété le ministre français des Affaires étrangères, promettant de «se concerter (avec les Européens) pour voir si on doit faire quelque chose ».

Le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE, qui s’est réuni le 17 octobre 2016 à Bruxelles, a abondé dans le même sens. Sur un ton à la fois sec et .conciliant, l’UE a rappelé « les efforts significatifs qu’elle ô consentis ces dernières années pour accompagner le pays et confirme sa disponibilité à les intensifier en réitérant sa demande du 2 juin 2016 au gouvernement d’initier dans les plus brefs délais un dialogue politique au plus haut niveau, conformément à l’article 8 de l’Accord de Cotonou ». Par ailleurs, elle a réitéré sa disponibilité à « apporter son soutien, y compris financier à un processus électoral transparent sur la base d’un accord politique inclusif et d’un calendrier clair agréé par les parties prenantes, et si toutes les conditions sont réunies conformément à la Constitution et à la résolution 2277 du Conseil de Sécurité des Nations unies ».

Même son de cloche du côté des Etats-Unis, où son ambassade à Kinshasa a réitéré « l’appel au gouvernement de la RDC à prendre des mesures supplémentaires pour créer les conditions nécessaires à un dialogue inclusif, ouvrir la compétition politique, et pour le premier transfert pacifique et démocratique de pouvoir en RDC ».

Autant dire qu’ensem.ble, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, l’Union européenne et tous les partenaires de la RDC, y compris ceux qui se retrouveront mercredi à Luanda, doivent travailler davantage pour sauver la démocratie en Afrique, particulièrement en RDC.

Tout peut partir de Kinshasa pour une nouvelle ère démocratique en Afrique, peu importe le choix pour lequel optera le cartel de chefs d’Etat qui se réunit à Luanda.

Par LE POTENTIEL