Etienne Tshisekedi, un retour à point nommé!

Revenu de Bruxelles, le leader de l’Union pour la démocratie et le progrès social entend incarner une fois de plus l’opposition au président Joseph Kabila, dont l’envie de rester au pouvoir est palpable, quitte à violer la Constitution.

Cette année 2016, des élections présidentielles et législatives devraient être prévues, mais au fil des jours, elles semblent être impossibles à réaliser, en raison d’une certaine inertie du président Joseph Kabila, menant le mutisme autour de lui. Du coup, l’opposition entend bien essayer de secouer, avec Étienne Tshisekedi, de retour sur le col congolais depuis le mercredi 27 juillet (cf lien n°1). Le leader de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) compte organiser un grand meeting dans la capitale congolaise, dimanche 31 juillet, pour clarifier ses intentions politiques,notamment au sujet des élections.

L’éternel revenant

Il faut dire que cet éternel revenant, d’un âge quasi canonique – 84 ans en décembre prochain -, s’accroche à l’idée de devenir président de la République. Mais avec son âge, les ennuis de santé ont été multiples, le poussant à s’exiler à Bruxelles (Belgique) pour se soigner. M. Tshisekedi est un vieux de la vieille qui n’a pas dit son dernier mot. Mobutiste dans les années 1960 et 1970, il s’est détaché de Mobutu dans les années 1980 avec la fondation de l’UDPS, dont il en prit vite la tête, pour être le visage de l’opposition à Mobutu, après avoir été un proche du dictateur. Premier ministre à quelques reprises dans les années 1990, il ne démord pas à l’idée d’occuper le poste suprême, en dépit de sa tentative lors de l’élection présidentielle de 2011, où des irrégularités furent flagrantes, mais non sanctionnées, permettant à M. Kabila de rester au pouvoir.

En tout cas, son retour triomphal à Kinshasa selon certains observateurs, avec un bain de foule qui ne lui est désagréable, fait resserrer les rangs de l’UDPS autour de sa personne. Or, durant sa convalescence, une forte partie des militants était irritée de voir le parti rester aux mains de la famille Tshisekedi, avec notamment Félix Tshisekedi, un des fils du vieux leader, sur fond de ligne politique face au processus de « dialogue national » lancé par le gouvernement. Mais avec le retour de M. Tshisekedi, les courants internes comptent mettre une grosse sourdine sur leurs divergences, mais elles pourraient bien refaire surface en cas d’échec à la présidentielle et aux législatives, qui ont lieu le même jour.

Incarner l’opposition

Ce retour n’est pas anodin. Il est clair que M. Tshisekedi veut être l’incarnation de l’opposition à Kabila fils, et en tirer le bénéfice net de l’impopularité du président, du moins à Kinshasa et dans l’ouest du pays. Encore faut-il que les autres partis d’opposition et leurs leaders respectifs l’entendent ainsi. En 2011, il y avait plusieurs autres candidats à la présidentielle qui s’est jouée en un tour, même si M. Kabila n’avait pas la majorité absolue, dont Vital Kamerhe. Ce dernier, ancien allié politique de Kabila et ancien président de l’Assemblée nationale, s’est séparé du président pour fonder son parti, l’Union nationale congolaise, et avec 7,74% des voix, il fut troisième en 2011.

Et ces derniers mois, d’autres anciens partisans de M. Kabila sont passés dans l’opposition, en raison de leurs inquiétudes face aux intentions du pouvoir de ne pas respecter le calendrier électoral, et la Constitution par voie de conséquence. Et parmi eux, figure Moïse Katumbi. L’ancien gouverneur de la province minière du Katanga, homme d’affaires dans un style comparable au Français Bernard Tapie et à l’Italie Silvio Berlusconi, entend se porter candidat à l’élection présidentielle. Et ses récents soucis judiciaires font supposer que le pouvoir se méfie grandement de lui et cherche à l’éliminer de la course au Palais de la Nation, à tout prix. D’autant plus que des soucis de santé l’ont conduit à se faire soigner en Afrique du Sud courant mai 2016. Toujours est-il qu’en agissant de la sorte, le pouvoir le renforce dans son objectif et lui donne une image de victime auprès des citoyens, relayée par les mass media. Pourtant, avec son passé d’ancien allié de M. Kabila, M. Katumbi est loin d’être blanc comme neige.

Bien que chacun veut être le visage de l’opposition, Tshisekedi et Katumbi s’accordent à vouloir regrouper l’opposition. D’où une première série de rencontres entre les deux camps à Paris – allez savoir pourquoi en France et pas à Kinshasa -, lundi 18 juillet (cf lien n°2), qui en appelle d’autres dans les prochains jours. Et c’est peut-être un des axes du meeting de Tshisekedi du 31 juillet. Mais pendant ce temps-là, à l’Est du Congo-Zaïre, des massacres peuvent continuer dans l’indifférence générale.