Thomas Sankara et LD Kabila : deux énigmes criminelles à élucider

Vingt-huit ans après l’assassinat du président du Burkina Faso, le capitaine Thomas Sankara, la justice militaire burkinabé vient d’inculper le général Gilbert Diendéré – qui avait le grade de lieutenant au moment des faits – du chef d’attentat, assassinat et recel de cadavres.

Selon une version qui reste à confirmer par les autorités judiciaires du pays des hommes intègres, le lieutenant Diendéré avait, sur ordre de son chef le capitaine Blaise Compaoré, envoyé un commando avec pour mission de « se saisir » de la personne du président Sankara. L’arrestation se serait mal passée…

Depuis 28 ans, les circonstances exactes de la disparition de Sankara faisaient partie des « secrets les mieux gardés » de l’ex-Haute Volta. Il a fallu que le régime de Blaise Compaoré soit balayé en octobre 2014 par une révolte populaire pour que la justice tant civile que militaire de ce pays retrouve un brin d’indépendance pour instruire cette scabreuse affaire.

Selon le directeur de la justice militaire du Burkina, il n’est pas exclu que l’ancien président Compaoré, qui a trouvé refuge en Côte d’Ivoire, fasse, à son tour, l’objet des poursuites judiciaires. On peut gager que le peuple burkinabé n’a qu’un souhait : connaître la vérité et toute la vérité. Connaître la vérité sur la mort de Sankara mais aussi sur une série d’exécutions extrajudiciaires qui ont broyé des vies humaines.

Il faut dire que le Burkina Faso n’a pas le « monopole » des énigmes criminelles non élucidées. Les Congolais de Kinshasa attendent, eux aussi, de connaître la vérité sur la mort du président Laurent-Désiré Kabila. Assassinat? Mort naturelle maquillée en meurtre pour camoufler un coup d’Etat de palais?

Le 16 janvier 2016, les Congolais vont commémorer le 15ème anniversaire de la disparition de « Papa Kabila ». Saura-t-on la vérité sur ce qui s’est réellement passé ce mardi 16 janvier 2001 au palais de marbre?

La version communément admise attribue la mort de Mzee à un de ses gardes du corps nommé Rachidi Mizele Kasereka. Celui-ci aurait abattu le chef de l’Etat avant de subir lui-même le même sort. C’est le témoignage fait par l’homme qui prétend être le témoin oculaire du crime. Il s’agit d’Emile Mota, alors directeur de cabinet adjoint à la Présidence de la République. Mota a été nommé ministre de l’Agriculture dans l’équipe Matata II.

Trois détails méritent d’être rappelés.

Primo : l’arme du crime n’a jamais été retrouvé;

Secundo : Lors de l’arrivée du corps sans vie de LD Kabila aux « Urgences » de la Clinique de Ngaliema à Kinshasa, le médecin urgentiste a constaté des impacts de balles. Problème : le défunt président ne baignait pas dans son sang. Conclusion : le décès était antérieur aux coups de feu.

Enfin : la dépouille du présumé assassin n’a jamais été examinée par un médecin légiste. Pire, le cadavre de Rachidi Kasereka a été conservé dans un congélateur au palais de marbre. Dieu seul sait ce qu’il en est advenu.

Lors de son investiture à la tête de l’Etat le 26 janvier 2001, « Joseph Kabila » prenait, devant la nation congolaise, l’engagement solennel de faire éclater la vérité sur le décès de « son » père. «Je rassure le peuple congolais qu’une enquête judiciaire est ouverte afin que la lumière soit faite sur les circonstances de l’assassinat de l’illustre disparu», déclarait-il dans son allocution inaugurale. Il reviendra à la charge dans une interview accordée au quotidien bruxellois « Le Soir » daté du 7 mars 2001 : «Je veux la vérité totale sur tout ce qui s’est passé».

Un procès a bel et bien eu lieu. Le 7 janvier 2003, le verdict est tombé avec ses condamnations à mort ainsi que des lourdes peines de prison. L’opinion congolaise, elle, est restée sur sa faim. Et ce pour la simple raison que les débats n’ont guère fait éclater la vérité. D’ailleurs, certaines audiences se déroulaient à huis clos particulièrement lors de l’audition de l’ex-aide de camp Eddy Kapend. Que voulait-on dissimuler?

Président de la Cour d’ordre militaire, le général Nawele Bakongo ne dira pas autre chose : «Le procès Kabila n’est pas terminé. Les enquêtes se poursuivent. Il y aura d’autres procès, car on recherche d’autres coupables.» Douze années après, il n’y a toujours rien sous le soleil. Le dossier judiciaire relatif à la mort du président LD Kabila est manifestement « classé sans suite ».

Comme au Burkina Faso, les Congolais de Kinshasa attendent le changement à la tête de l’Etat pour obtenir enfin la réouverture de ce procès. Un procès inachevé.

En attendant, l’opinion congolaise sait au moins à qui la disparition de Mzee a profité. Il y a d’une part « Joseph » et sa fratrie. De l’autre, des Balubas du Katanga qui ont trahi et continue à trahir la mémoire de leur « frère » juste pour continuer à jouir, en contrepartie, des délices du pouvoir…

BAUDOUIN AMBA WETSHI/CI

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