C’est un livre mal écrit et encore plus mal traduit. Néanmoins, il intéressera les lecteurs “branchés” Congo par les détails qu’il apporte sur la période 1960-76, même s’ils ne concernent qu’un cercle bien restreint de Congolais.

William Close y raconte, en effet, ce qu’il veut bien de sa vie de médecin militaire au Congo, essentiellement à Kinshasa et, plus brièvement, à partir de 1969, de médecin personnel du chef de l’Etat, Mobutu, et de sa famille.

Le récit est volontiers prolixe sur les années de guerre (1940-45) et d’étudiant du jeune Close, bien qu’elles soient peu intéressantes, puis sur les activités religieuses de l’auteur au sein d’un Mouvement de réarmement moral (MRA) qui finira par l’envoyer “pour six semaines” au Congo, quelques mois avant l’indépendance.

Le lecteur ne doit pas compter sur ce livre pour apprendre à connaître le Congo : seuls ceux qui en sont déjà familiers en feront leur miel. Ses récits d’opérations sans matériel médical ou presque, dans la turbulente péridoe de l’indépendance, valent cependant leur pesant d’encre.

CIA et secrets

Grand âge (il a 82 ans) ou volonté de celer les événements du passé, William Close est cependant peu explicite sur les événements congolais qui firent l’actualité mondiale.

Bien qu’il reconnaisse avoir été contacté par la CIA pour l’informer sur la santé des dirigeants congolais, il assure avoir refusé parce qu’il était, assure-t-il, “un piètre menteur”. Son fils et une de ses filles travaillèrent cependant, eux, pour la Wigmo, compagnie d’aviation privée spécialisée dans le transport de mercenaires, qui avait été créée au Congo par cette agence de renseignement américaine.

Des secrets, William Close n’en révèle guère. Par touches indirectes, il nous dresse tout de même un portrait peu flatteur de l’homme qu’il servit – dont il reconnaît avoir été “le larbin” tout en assurant qu’il fut de “la poignée de ceux qui lui disaient la vérité”.

Il évoque ainsi l’incapacité de Mobutu à contrôler sa gourmandise; son refus de combattre la corruption (mais le docteur américain ne refusera pas le somptueux cadeau en billets verts du dictateur pour financer le mariage de sa fille, la future actrice Glenn Close); son impuissance à dominer les Ngbandis (tribu du nord du Congo, dont le défunt Président était issu par sa mère) : fils d’une “femme libre” et ignorant qui était son père, écrit William Close, Mobutu ne pouvait s’imposer à cette ethnie patrilinéaire qui lui signifiait, écrit le médecin : “Tu n’as pas de droits ici. Si tu ne te sens pas bien dans le village de ta mère (NdlR : Gbadolite), va ailleurs.”

A l’actif de Mobutu, son ancien médecin reconnaît cependant sa rapidité à réagir à l’apparition du sida, dans les années 80, et à en limiter ainsi la prévalence dans le pays, à une époque où les chefs d’Etat voisins se cachaient plutôt la tête dans le sable.

Hormones de gorille

Au cours d’un récit parsemé d’anecdotes urinaires qui semblent plus liées à une obsession personnelle qu’à instruire le lecteur, William Close nous apprend aussi qu’Antoine Gizenga, aujourd’hui Premier ministre du Congo et alors adversaire emprisonné du pouvoir, se faisait injecter “des hormones de gorille” par un sexologue yéménite. Le médecin américain est persuadé d’avoir sauvé la vie du prisonnier en empêchant le sexologue de procéder à une injection assassine, destinée à permettre au Yéménite de s’approprier le “trésor” des lumumbistes, dont Gizenga aurait été le gardien.

Remercié par Mobutu en 1976, le Dr Close coule depuis lors des jours heureux au Wyoming. Il a néanmoins effectué un retour au Zaïre à l’occasion de l’apparition de la fièvre d’Ebola qui attira l’attention de chercheurs américains spécialistes des “pathogènes spéciaux”. En outre, durant deux ans (1994-96), à la demande de Kengo wa Dondo, il revint à Kinshasa pour tenter de relancer l’hôpital Mama Yemo. En vain.

“Médecin de Mobutu – Vingt ans au Congo parmi les puissants et les misérables”, par William T. Close, Ed. Le roseau vert, 348 pp., 30 photos noir et blanc, 24 euros.