Les internautes congolais ont partagé, durant toute la journée de jeudi, un article publié par le groupe américain spécialisé dans l’information financière, Bloomberg, dévoilant “le réseau d’entreprises” qui “a rapporté des centaines de millions de dollars à la famille” du président Joseph Kabila. Et ses auteurs de suggérer que cette manne pourrait expliquer pourquoi le chef de l’Etat congolais ne veut pas quitter le pouvoir à la fin de son dernier mandat légal, ce 19 décembre, malgré le risque de troubles.

Septante compagnies

Zoé KabilaSelon Bloomberg, des “milliers de documents” montrent un “réseau” international de quelque “70 compagnies” construit par la famille de Joseph Kabila. “Sa femme, ses (deux) enfants et huit de ses frères et sœurs contrôlent plus de 120 permis” miniers pour exploiter “or, diamants, cuivre, cobalt et autres minéraux“. “A elles seules, deux des affaires de la famille possèdent des permis miniers pour le diamant pour des superficies s’étirant sur plus de 450 miles” (724 km).

La famille a aussi des parts dans “des banques, des fermes, des distributeurs de carburant, des opérateurs aériens, un constructeur de routes, des hôtels, un grossiste en pharmacie, des agences de voyage, des boutiques et des night-clubs. Et même une entreprise qui a essayé d’envoyer un rat dans l’espace”.

 Par la propriété directe d’entreprises et par la détention de parts dans des co-entreprises, les Kabila ont créé “un système tellement invasif que même un paiement aussi apparemment innocent que le loyer payé par l’Onu pour un bureau de police finit par trouver son chemin vers la famille“.

Bloomberg estime que “le manque de transparence dans certaines transactions de la famille a causé des dommages à l’économie du Congo. En 2012, le FMI a coupé son programme de prêt d’un demi-milliard de dollars au Congo après que le gouvernement a refusé de publier les contrats concernant un accord de 2011 sur une mine de cuivre appelée Comide. Une des compagnies impliquées, Goma Mining, appartient pour au moins 10 % à la famille et est présidée par Joséphine, sœur de Kabila”.

Acacia et la Gécamines

Les intérêts miniers de la famille sont partiellement représentés par l’entreprise “Acacia, majoritairement possédée par Jaynet”, sœur jumelle du Président; “Masengo, un de ses petits frères; Sifa, sa fille de 16 ans; et son assistant financier Emmanuel Adrupiako”.

Acacia, poursuit l’article, possède notamment trois mines sur six, près de Luisha, appartenant officiellement à la Gécamines, société nationale, “qui n’a jamais annoncé de partenariat avec la compagnie des Kabila“. “Des soldats, sur le site, forcent les creuseurs à ne vendre leurs minéraux qu’à Acacia et au-dessous des prix du marché“, ajoute Bloomberg, qui cite un rapport financé par la Banque mondiale.

Une autre compagnie contrôlée par la famille, écrit Bloomberg, Kwango Mines, détient “96 permis miniers“; la rivière Kwango, près de l’Angola, est en pleine zone diamantifère.

Un ancien employé de De Beers au Congo a expliqué à Bloomberg que les compagnies minières internationales “n’ont eu d’autre choix que de négocier avec les Kabila”.

Bloomberg souligne qu’en février dernier, Standard and Poor’s a baissé la note du Congo pour les investissements jusqu’à “négatif” en raison des tensions suscitées par le refus de Joseph Kabila de quitter le pouvoir. Et de rappeler que la guerre (1998-2003) avait “diminué la production” de cuivre “de plus de 96 %”.