Présidentielle 2016: Kabila dos au mur

La journée de protestation organisée hier jeudi par l’opposition congolaise  contre le maintien de Joseph Kabila à son poste jusqu’à ce qu’il lui plaise d’organiser un simulacre d’élection pour légaliser sa forfaiture, a rassemblé plusieurs milliers de manifestants à Kinshasa et dans d’autres provinces du pays. Il faut tout de suite saluer cette décision des leaders politiques, d’opinion et de la société civile qui croient en la possibilité d’alternance comme Eve Bazaiba et Vital Kamerhé, tous présents au point de rassemblement ce jeudi 26 mai à Kinshasa pour la marche qui a été très vite dispersée par la police à coup de gaz lacrymogène.

D’autres, à l’intérieur du pays, ont refusé de se soumettre à l’interdiction  des  marches décrétée par des potentats locaux dans de nombreuses villes comme Lubumbashi, Bunia, Mbuji-Mayi et Goma où deux morts auraient été enregistrés suite aux échauffourées entre manifestants et forces de l’ordre. Mais la détermination de l’opposition congolaise, pour importante qu’elle pût être dans le rapport de force entre pro et anti 3è mandat de Kabila, ne saurait avoir un impact sur la posture pouvoiriste de ce dernier que si elle est soutenue à l’intérieur par les forces vives, mais également à l’extérieur du pays, avec l’UA comme tête de pont dans les mises en garde et les sanctions contre le président et sa cour de courtisans.

Malheureusement, cette Union africaine actuellement présidée par « l’autocrate de N’djamena », n’a jamais été à la hauteur des espoirs suscités lors de sa création en 2002 à Durban, préférant être aux abonnés absents même quand les cris de détresse de certains de nos frères africains sont si pathétiques qu’ils alertent des organisations dont les sièges se trouvent à plusieurs années-lumière du continent, comme l’Onu et l’Union européenne.

C’est cette indifférence, ou, n’ayons pas peur des mots, cette complicité de l’instance continentale, qui a permis à certains fossoyeurs de la démocratie comme Nkurunziza, Déby, Obiang, Kagamé, Jammeh, Kabila et tutti quanti, de poursuivre sereinement leurs basses besognes, au grand dam de ceux qui espéraient voir la flamme allumée à Ouagadougou en octobre 2014 illuminer tout le continent. Et plus qu’un reflux, c’est à un négationnisme démocratique qu’on assiste en RDC comme ailleurs en Afrique, et nos président-fondateurs sont aidés en cela par leurs irrésistibles sirènes qu’ils actionnent pour appeler à la soupe, les opposants les plus emblématiques à leurs funestes desseins.

On a vu le cas de Agathon Rwassa au Burundi, on voit actuellement le double-jeu de certains opposants nigériens ; espérons qu’on ne se réveillera pas un matin avec l’annonce d’un gouvernement d’union nationale en RDC avec Kabila toujours aux commandes, et un Vital Kamerhé, un Moise Katumbi ou un André Ilunga comme ministres d’Etat.

On a quelques petits signes avant-coureurs d’un possible changement à la tête du Congo

Certes, la politique est le domaine de tous les possibles, mais espérons que les opposants Congolais auront suffisamment de lucidité pour ne pas subir le sort des éphémérides en se laissant attirer par la lumière tamisée du palais de marbre où le piège tendu par Kabila-fils se refermera fatalement sur eux. En tout cas, on a déjà quelques petits signes avant-coureurs d’un possible changement à la tête du Congo, avec toutes ces grosses pointures qui ont récemment largué les amarres dans l’entourage immédiat du président.

Il ne reste donc plus à l’actuelle opposition qu’à transformer l’essai, en bannissant de leurs rangs les politiciens à l’esprit puéril et en se mettant ensemble autour de l’essentiel, c’est-à-dire faire de la RDC un pays où, pour la première fois dans l’histoire, un président démocratiquement élu remplacera un autre. Le Burkina Faso avait tracé le chemin avec la série de marches organisées par l’opposition avant la chute brutale de son président, et le Congo pourrait en faire autant avec la multiplication de manifestations comme celles d’hier.

Car, c’est l’un des moyens pour amener le très autiste Kabila à renoncer à son projet, l’autre étant, on ne le souhaite pas, la réédition du scénario sanglant du 16 janvier 2001 qui a brutalement mis fin à la présidence et à la vie de son père. Joseph Kabila, qui un témoin privilégié de cette période triste de l’histoire de son pays et de la sienne propre, devra avoir la mémoire intacte pour savoir que dans une période trouble, l’ennemi n’est pas forcément là où on croit qu’il se terre, mais il peut, et c’est bien souvent le cas, surgir du groupe des thuriféraires et des béni-oui-oui, pour asséner le coup fatal. On n’en est pas encore là, mais tant qu’à faire, il vaut mieux amputer un membre infecté plutôt que de laisser la gangrène entamer tout le corps. A bon entendeur, salut !

Hamadou GADIAGA

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