Malgré une farouche détermination, Youri Kalenga a perdu son combat, contre le Cubain Yunier Dorticos, ce 20 mai 2016.  Derrière ce natif de Kinshasa, dont le père, un ancien boxeur brûlé vif par des membres de sa propre famille, une histoire tragique et un destin fabuleux. Portrait.

A 28 ans, Youri Kalenga a déjà accompli un sacré chemin, et ce qu’il gagne ou pas face au Cubain Yunier Dorticos, ce 20 mai 2016 à Paris. Car le Franco-Congolais a surmonté de nombreuses épreuves, hors des rings, bien avant de briguer une ceinture de champion du monde des lourds-légers (1) sous les couleurs de la France.

« Celui qui ne travaille pas, ne va pas manger, lance le natif de Kinshasa, dans une vidéo de présentation de son combat. Pour être un bon boxeur, il faut avoir un cœur dur. Ça veut dire que j’avance même si je prends des coups ».

Des propos qui pourraient prêter à sourire dans la bouche d’un boxeur français lambda. Sauf que Youri Kalenga parle en connaissance de cause.

Un père boxeur décédé brutalement

« Je suis un boxeur-né, martèle le Kinois. J’ai découvert la boxe à la maison. Je suis fils de boxeur ». Le père de Youri Kalenga a en effet eu une modeste carrière professionnelle, en Italie notamment. Il servait parfois de partenaire d’entrainement à son compatriote Sumbu Kalambay, champion du monde WBA (2) entre 1987 et 1989.

Tshiambala Kalenga finira sa vie de manière tragique : brûlé vif par des membres de sa propre famille avec lesquels il s’était disputé. « Il est mort quand j’avais 6 ans, raconte Youri.Ça m’a fait mal évidemment. J’aurais bien aimé que mon daron soit là, qu’il puisse voir comment son fils se débrouille. Mon but, c’est de gagner la ceinture de champion et d’aller me recueillir sur sa tombe avec cette ceinture. Parce que son rêve, c’était d’être champion du monde ».

Une mère longtemps disparue

Youri Kalenga n’a également pas vu sa mère pendant plusieurs années. « J’ai passé un an avec elle, explique-t-il dans le journal L’Equipe. Puis elle a disparu. On me disait qu’elle était loin, en Europe ». On lui a même dit qu’elle était morte…

Le gamin a en tout cas été élevé par sa tante. Le quotidien est alors souvent difficile, voire brutal. Youri Kalenga est parfois forcé de dormir dehors pour surveiller des sacs de charbon vendus par le compagnon de sa tante « Des voleurs auraient pu me tuer », glisse-t-il

L’Europe, son eldorado

Youri-Kayembre-KalengaLa boxe est alors sa planche de salut. Le Franco-Congolais s’entraîne dur, multiplie les combats. Il grandit avec la légende du combat entre Mohamed Ali et George Foreman à Kinshasa, en 1974. Le « Rumble in the Jungle » passé à la postérité.

Mais lui veut faire l’inverse d’Ali et Foreman : laisser la RDC pour aller montrer son talent ailleurs. En 2009, après plusieurs essais infructueux, Youri Kalenga quitte donc l’Afrique pour l’Europe, son eldorado. Il profite d’un stage au Liban pour faire les démarches nécessaires. « Je suis parti en France parce qu’on était un peu négligé au Congo, soupire-t-il. Là-bas, j’étais un prodige chez les amateurs, puisque j’ai gagné 27 combats dont 25 par KO. Mais les autorités s’en foutaient carrément. Chez nous, c’est surtout le football et la musique qui comptent ».

En France, Youri Kalenga assure avoir trouvé ce qu’il lui manquait : un cadre des moyens. Marié à une Française, père de deux enfants nés en France, le boxeur a d’ailleurs demandé la nationalité de son pays d’accueil, même s’il s’entraîne désormais en Espagne.

Tout le « Congo de Paris » derrière lui

La RDC reste toutefois omniprésente dans son esprit. « Je veux être une référence en Afrique, explique-t-il. Mon but, pour la suite, c’est de rester dans la boxe, en tant que manager et promoteur. J’ai pour ambition d’organiser des camps d’entraînement au Congo, de créer mon propre club ».

Sur le ring, Youri Kalenga est loin de chez lui, de son enfance. Mais il en reste quand même quelque chose. « Les supporters congolais sont excités et seront là (face à Dorticos), rit-il. J’ai presque tout le Congo de Paris qui est derrière moi. Ils viennent avec les tam-tams. C’est magnifique. Tu peux être soutenu en France. Mais au Congo, ce n’est pas pareil. Les Congolais sont fous ! Lorsque tu montes sur le ring, ça chante et ça t’électrifie ! »

Youri Kalenga reprendra alors sa tactique préférée, celle qui lui vaut le surnom d’ « El Toro », le taureau : aller de l’avant sans trop se retourner.

Tous propos recueillis par Hugo Moissonnier,

(1) Pesant entre 79,378 kg (175 livres) et 90,719 kg (200 livres).
(2) Il existe quatre grandes fédérations internationales de boxe professionnelle concurrentes : la WBA, la WBC, la WBO et l’IBF.

Avec RFI