Les enseignants déplorent le faible niveau du français des élèves du secondaire

Les enseignants de l’école secondaire déplorent le faible niveau du français des élèves qui sortent du cycle primaire. Ces apprenants qui entrent de plein pied en première année secondaire présentent d’énormes problèmes liés à l’orthographe et à la conjugaison. Fort de leurs lacunes linguistiques, nombreux parmi eux ne pratiquent pas la langue de Molière dans la salle de classe, encore moins dans la cour de l’école lors de la récréation. Un reportage du journal Kinois Forum des AS

Dans les établissements scolaires de Kinshasa, il n’est plus rare de voir des élèves incapables de mieux s’exprimer en français. Nombreux sont ceux qui baragouinent la langue de Voltaire à longueur de journée, préférant mieux s’exprimer en patois ou dans les langues nationales durant les heures des cours, alors que le français est reconnu comme la langue officielle de l’enseignement en RDC.
En marge de la Journée internationale de la Francophonie, le quotidien ’’Forum des As’’ a abordé plusieurs enseignants de la capitale sur le « Pouvoir des Mots », la thématique retenue par l’Organisation internationale de la Francophonie pour l’année 2016. Nombreux d’entre eux se sont appesantis sur le faible niveau des jeunes qu’ils enseignent.
« La plupart de nos élèves qui présentent des lacunes criantes français sont issus des écoles privées. Pour ceux qui terminent leur cycle primaire dans les écoles conventionnées catholiques, le problème ne se pose pas avec la même acuité », atteste un enseignant rencontré dans le district de la Tshangu.
« Les élèves que nous recevons en première et deuxième année secondaire affichent un niveau très faible en français. Au point qu’il nous arrive souvent de nous demander s’ils finissent effectivement le cycle primaire. La conjugaison constitue une véritable bête noire pour eux », explique Théodore Muteba, enseignant de français au Collège Saint Fréderic, dans la commune de Kimbanseke.

RAPPEL DES NOTIONS DU PRIMAIRE
Cette situation pousse les enseignants à consacrer tout le premier mois de reprise de cours à la révision des matières sensées dispensées tout au long du cycle primaire. Au mois de septembre donc, ils s’attardent à réviser des notions de grammaire de base, de structure de la phrase simple et de la phrase composée, de conjugaison et d’orthographe.

C’est après ce survol des matières antérieures du français que les élèves commencent petit à petit à en prendre goût. Ils s’hasardent à formuler de petites phrases, à converser entre eux dans la langue d’apprentissage, et à poser à leurs enseignants des questions en rapport avec la langue française.
« Puisqu’on n’arrive pas à réviser toutes les notions faute de temps, certaines difficultés décelées en première année secondaire persistent même jusqu’à la fin du cycle secondaire pour les élèves qui ne fournissent pas beaucoup d’efforts. C’est pourquoi il est fréquent de trouver en 5ème et 6 ème années des humanités, des élèves qui ne savent pas faire la différence entre le verbe du premier et celui du troisième groupe », largue Nkurume Saturin, enseignant de français dans les écoles d’obédience catholique.

LES ECOLES PRIVEES SUR LE BANC DES ACCUSES
Les personnes interrogées estiment que c’est la prolifération des écoles privées qui est entre autres à la base de la baisse du niveau de français des élèves à Kinshasa en particulier et dans tout le pays en général.

« La plupart d’enseignants de français, recrutés dans les établissements d’enseignement privés, éprouvent eux-mêmes des difficultés en cette matière. Un tel cours devrait essentiellement être dispensé par quelqu’un qui a suivi la filière de français et linguistique à l’Université Pédagogique Nationale(UPN) ou à l’Institut Supérieur de Pédagogie (ISP) », avance Tshim’s Musunda, président du comité des parents dans une école de la place.

DES CONCOURS POUR STIMULER L’INTELLECT

« Au-delà de la contrainte exercée sur les élèves pour les stimuler à parler français dans l’enceinte de l’école, nous avons aussi initié, au sein de notre école, trois concours, dont le Feuillet Cogito ergo sum, Epelle-moi et Génies en herbe. Ces concours constituent une véritable dynamique interne d’émulation entre élèves », indique Nkurume Saturin.

« Les préfets et chefs d’établissements scolaires devraient se montrer plus regardants dans le recrutement des enseignants du français et veiller au strict respect du programme de l’enseignement de cette langue. Ils doivent aussi faire preuve de management en mobilisant des fonds nécessaires à la dotation de leurs écoles des bibliothèques et cybercafés », fait remarquer un analyste.

Orly-Darel NGIAMBUKULU

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