Une « Parisienne » ramenée à Kinshasa par des sorciers

Kinshasa, la ville aux mille et une légendes, n’a pas fini d’alimenter la chronique et de nous émouvoir avec des histoires à faire dresser les cheveux sur la tête des esprits sensibles.

Au millénaire passé, un poisson de la famille de silures pêché un matin à la rivière Ndjili, s’était mué en une belle jeune fille brune, raconte-t-on.

Ce « mutant » a failli être lynché par une foule hostile. N’eût été l’intervention de la police, la jeune fille sortie des eaux de Ndjili serait noyée dans la même rivière. Comme pour la contraindre à rentrer dans son milieu naturel.

Une année auparavant, la capitale de la RDC se réveillait sous une émotion forte à Lingwala avec une légende surprenante. Une épouse, originaire du Lac Maï-Ndombe, résidant sur rue Itaga, constatait qu’après avoir servi des « filtres d’amour » indigènes à son mari, ce dernier était devenu un monstre. Il avait gardé le tronc, la tête et les bras d’un être humain tandis qu’en lieu et place des jambes, une longue queue couverte des grosses écailles s’agitait constamment.

« L’imaginaire collectif a voulu que cet être mythologique » mi-homme mi-crocodile soit placé au jardin zoologique de Kinshasa pour permettre aux Kinois de le voir et de lui parler. Le mariage entre l’irréel et le réel ayant ses exigences et ses limites, ce voeu ne fut pas exaucé.

Une « parisienne » à Kinshasa

En mars dernier, la nouvelle du retour mystérieux d’une jeune fille habitant en France, au domicile de ses parents, à Ndjili, fait courir tout Kinshasa au quartier 5. Régine Mokamo est là en chair et en os, sur rue Bombo n°35, assise devant l’appartement familial. On peut la voir et la toucher. La foule est si compacte que la « Parisienne » doit se cacher dans la maison. Personne ne veut quitter la rue Bombo n°35 sans voir, ni palper de sa main cette jeune fille ramenée mystérieusement. Elle doit se plier malgré elle, à cette exigence. La rumeur est si répandue chaque jour que des masses de curieux se succèdent par vagues intermittentes.

Le dimanche 24 mars, de nombreux croyants s’abstinrent de se rendre au culte dominical. L’insolite vaut la peine d’être vécu. Même les pasteurs et les évangélistes préfèrent partager « ce miracle du 3ème millénaire ». Une dalle couvrant la fosse septique sur rue Bombo n°35 est cassée par la foule. Mlle Régine qu’on regardait comme un animal de cirque, est traumatisée par ces « multiples visites indésirables » des curieux venus de tous les coins de la capitale. Elle rêve même d’aller se réfugier loin de cette commune, mais les moyens de le faire font cruellement défaut.

La vérité : la fuite de la misère

Dans le souci de recueillir la bonne information, nous nous sommes rendus la semaine dernière à Ndjili, avec comme seule indication, l’histoire, sans identité, ni adresse de la jeune fille. Après avoir sillonné les quartiers 3,4 et 5, le hasard nous a conduit sur la rue Bombo, où nous avons rencontré Mlle Régine Mokamo. De notre entretien, la « Parisienne » nous édifiera sur son voyage retour à Kinshasa.

Mlle Régine Mokamo est née en 1968 à Kinshasa. Au terme de ses études secondaires, nous dira-t-elle, elle s’était rendue en France à la recherche du mieux-être. Comme la plupart des jeunes de son âge, elle débarqua en octobre 1989 dans un pays où sans connaissances, ni amitiés particulières, l’intégration fut un casse-tête. Il fallait trouver d’abord Un logis décent et par la suite, un emploi, n’importe lequel. Mokamo vécut successivement à Levallois, Robinson, Ville ponte (Houet-Sous-Bois) et à Argentueil. Jusque mars dernier, Régine demeurait à l’immeuble Impasse Daunay au 2ème niveau, à Paris 75011. Son numéro de téléphone était le 01433676243. Pour elle, le voyage retour s’est déroulé sans incident particulier. Son billet d’avion lui a permis de prendre le vol Sabena de samedi 24 mars. Elle est arrivée à Ndjiii à 20h30′.

C’est tout de même curieux que cette jeune fille lucide, intelligente et pleine de projets en tête, ait regagné le toit paternel sans un sac, parce que dit-elle, elle en avait ras le bol d’une vie misérable en France. Fait qui conforte la rumeur et entretient le doute sur sa version. Aucune assistance mutuelle n’est venue à son secours, au point qu’elle s’est retrouvée dernièrement dans un hôpital de France. Sans aide, le monde de la solitude lui a paru dans toute sa cruauté et dans toute son indifférence. Aujourd’hui, cette jeune fille est à la recherche d’un emploi. A Kinshasa, elle croit bâtir son bonheur et refaire sa vie.

Elle a besoin d’aide et de soutien. Depuis que son histoire s’est répandue à travers la ville, elle n’est visitée que par des curieux. Aucun Bon samaritain ne lui apporte même un réconfort moral. Régine est abandonné à son triste sort, ses parents tous à la retraite, le sont eux aussi. C’est une famille en détresse qui a urgemment besoin d’aide.

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