Découvert par les Européens en 1770 lors des explorations dans le Pacifique Sud avec le capitaine James Cook, le tatouage intéresse de plus en plus les jeunes filles à Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo. Actuellement, on peut estimer à plus de 30% les kinoises qui s’adonnent à cette pratique. Est-ce juste pour être à la page, donner une autre dimension à sa beauté, se faire plaisir, séduire les garçons ou pour revendiquer son originalité?

Quelles que soient les raisons qui amènent une personne à se faire tatouer, il est très important de garder à l’esprit que le tatouage est une modification permanente et indélébile. « Je n’attends absolument rien en mettant ce tatouage Je l’ai mis sur ma main juste pour me faire plaisir et pour m’embellir et non pour séduire ou attirer les garçons », a affirmé une fille kinoise rencontrée à bord d’un taxi sur la Place Victoire à Matonge.

Ce caractère définitif du tatouage est habilement souligné par Pascal Tourain dans son livre: «Mes tatouages: du définitif sur du provisoire». «Pour moi, le tatouage, c’est juste un complément à ma beauté. J’ai voulu ajouter une marque de la beauté humaine. Mes tatoues qui datent de quatre ans, ne m’ont jamais créés d’ennuis ni de malaises », s’est justifiée Elysée, une volleyeuse congolaise tout en expliquant qu’elle s’est faite tatouée pour se faire remarquer ou se faire une célébrité. Pour elle, «une personne célèbre doit avoir un symbole personnel».

Mariée, Tanya, habitant la commune de Ngiri-Ngiri s’est livrée à cette pratique pour attirer son mari. «Dans la vie, les femmes doivent savoir comment attirer leurs maris. Moi, je ne peux pas laisser mon époux aller ailleurs. Raison pour laquelle je me suis faite tatouée sur la jambe droite tout juste à côté de ma partie intime et sur le sein droit. Et quand mon mari voit ça, il n’a plus envie d’aller chercher ailleurs», avoue-t-elle.

Les parties du corps sollicitées

Les principales parties du corps sur lesquelles portent généralement les inscriptions sont le dos, le torse, les bras, les jambes et la poitrine. «Il existe même une encre transparente qui ne réagit qu’à la lumière noire : ce type de tatouage est appelé tatouage «UV» ou «Blacklight». Le tatouage est indélébile et est considéré comme un type de modification corporelle permanent. Et moi, je porte le UV sur le dos. J’ai voulu qu’il soit sur cette partie du corps parce que je suis unique à mon genre. C’est-à-dire, il est dessiné sous forme de deux premières lettres de mon nom espacé par une initiale de la monnaie américaine: «E$M». Etant un accros de la musique, je suis allée au-delà en ajoutant un tatouage portant une initiale de la musique appelée, clé de sol. Donc, le motif mais aussi le lieu de l’inscription a également une importante signification», a ajouté la volleyeuse Elysée.

Certaines personnes jugent satanique la pratique de tatouage. «Il y a de gens qui le font inconsciemment, c’est-à-dire, sans le savoir. Ceux-là sont possédés. D’autres savent que la pratique du tatouage n’est pas une bonne chose, mais ils la font toujours. Ils ne regrettent absolument rien. Pour moi, ceux qui se livrent à cette pratique sont candidats à la mort! Même si le tatouage porte le nom de Jésus sur le bras, c’est toujours un péché parce que jésus c’est un nom commun et non, un nom propre. Personne n’a jamais vu Jésus! Celui que nous connaissons se trouve incarné dans des films», a argumenté Constantine Zola, une femme ménagère.

Pratique impopulaire

Dans de nombreux pays, le tatouage est longtemps resté impopulaire, notamment à cause des catégories d’individus qui pratiquent cet exercice. Marie Cipriani-Crauste, psychologue au Centre d’Ethnologie Français, explique à propos des personnes réticentes : «Les images négatives prédominent. Elles associent ces types de parures à la délinquance et au refus de se plier aux normes d’une société».

Au Japon, par exemple, un yakuza qui a manqué à son devoir ou commis une lâcheté peut s’automutiler ou subir un tatouage déshonorant. Dans d’autres pays, le tatouage est assez mal vu. Différents groupes du crime organisé usent du tatouage de façon symbolique. Aussi, dans plusieurs pays, la population criminelle et carcérale se fait largement tatouer. Et de ce fait, le tatouage revêt depuis longtemps une mauvaise connotation.

Santé et hygiène

Le fait de se faire tatouer exige une certaine hygiène. Est-ce que les filles kinoises respectent-elles les conditions qu’impose cette pratique? «La plupart de tatoueurs ne sont pas des professionnels. Ils ne nous recommandent rien après l’opération. D’ailleurs, ceux qui utilisent les matériels sont moins méchants, mais eux, au moins, nous prodiguent quelques conseils à suivre avant, pendant et après la pratique», a expliqué une tatouée.

En ce qui concerne, par exemple, le tatouage consistant à perforer la peau pour y introduire des agents colorants, chaque petite perforation crée une plaie susceptible de s’infecter et de transmettre une maladie via des bactéries ou des virus. C’est la raison pour laquelle certaines règles essentielles d’hygiène sont nécessaires avant, pendant et après cette opération.

Selon les médecins, il est conseillé de ne pas consommer d’aspirine ou d’alcool durant les 24 heures précédant le tatouage. Ces produits fluidifient le sang et risquent d’augmenter les saignements lors du tatouage, ce qui peut gêner le tatoueur. De plus, certains groupes à risque doivent éviter de se faire tatouer. Notamment les personnes sous traitements médicaux, alcooliques, toxicomanes, femmes enceintes, personnes atteintes d’hémophilie, du sida, d’hépatite B et C, de maladies cardiovasculaires, les personnes avec un stimulateur cardiaque, car il y a un risque d’interférence avec les ondes magnétiques du démographe.

Il existe des tatouages temporaires et semi-permanents ainsi que des tatouages autocollants. En 2011, un nouveau type de tatouage temporaire a fait son apparition : le tatouage dentaire. Cette nouvelle mode issue du Japon consiste à fixer une petite décoration sur la dent à l’aide d’une colle séchée avec une lampe à LED et qui peut être enlevé après quelques jours.

Réglementation

Concernant la réglementation, quelques pays européens commencent à disposer d’une réglementation dédiée au tatouage. En l’absence de réglementation, la clientèle doit le plus souvent s’en remettre au sérieux et à l’éthique de chaque professionnel. Les tatoueurs et perceurs doivent informer leurs clients, avant l’acte, des risques auxquels ils s’exposent et après la réalisation de ces techniques, des précautions à respecter. Ils doivent aussi vérifier que leurs clients soient majeurs, car les tatouages et piercings sont interdits sur une personne mineure sans le consentement écrit d’un parent ou tuteur légal.

Jusque-là, cette réglementation ne semble pas encore être le souci des autorités de la République Démocratique du Congo.

Histoire

Le tatouage est une pratique attestée en Eurasie depuis le néolithique. «Ötzi», l’homme des glaces découvert gelé dans les Alpes italo-autrichiennes arbore des tatouages thérapeutiques -petits traits parallèles le long des lombaires et sur les jambes. Les analyses au carbone 14 réalisées par la communauté scientifique estiment sa mort vers 3.500 avant Jésus-Christ.

En Égypte, trois momies féminines tatouées sur les bras, les jambes et le torse, datant de l’an 2000 avant Jésus-Christ ont été découvertes dans la vallée de Deir el-Bahari – près de Thèbes. Leur description évoque de nombreux tatouages représentant des lignes parallèles et des points alignés. Cette pratique qui est actuellement à la mode ne date pas d’aujourd’hui en RDC Car, des historiens affirment que cette pratique était en vogue auprès de nos ancêtres.

Dans la Province Orientale, les habitants des rives de Lomami, c’est-à-dire les Topoke, excellent dans l’art du tatouage comme signe distinctif de leur tribu. Ce peuple se distingue par des tatouages caractéristiques en forme de granulés. Chez eux, si les femmes les portent aussi bien sur le visage et un peu sur la poitrine, les hommes sont tatoués uniquement sur le visage. Les Topoke qui se trouvent dans la Province Orientale ainsi que leurs homologues restés en Equateur, portent des tatouages qui leurs sont propres, nomment sur le visage.

A l’Equateur, précisément chez les Kutu, les corps des femmes Bakutu sont également parsemés de tatouages de multiples motifs. Chez les Yombe, dans la province du Bas-Congo, on observe également des dessins géométriques -tatouages- qui ont à la fois un but esthétique et d’identification propre aux femmes.

Chez les Showa, dans la province du Kasaï-Occidental, les Luba reproduisent en tatouage des dessins en formes pointillées dont ils décorent généralement leurs objets courant. Il est à rappeler que le tatouage est pratiqué depuis plusieurs milliers d’années dans de nombreuses régions du monde pour des raisons symboliques, religieuses, thérapeutiques mais aussi esthétiques.

Dans plusieurs civilisations, il est même considéré comme un rite de passage à cause de la douleur endurée lors de la réalisation du motif. C’était aussi un mode de marquage utilisé pour l’identification des esclaves, des prisonniers ou des animaux domestiques. Au regard de l’Histoire, on peut repérer de nombreuses et diverses raisons à l’acte de tatouer par la force un individu non consentant. Le plus souvent, il s’agit de punir ou de s’assurer qu’un individu ne puisse, de son vivant, cacher certains faits à la société.

La mondialisation de tatouage

A partir de la fin du XXe siècle, le tatouage commence à se démocratiser. Cependant, le véritable engouement pour le tatouage reprend depuis les années 1990-2000 et de nombreuses personnalités de la musique, du sport et des médias se font tatouer de plus en plus ouvertement.

Il y a une majorité des artistes de musique rock, heavy metal, hip-hop ou encore RnB qui portent des tatouages. Le tatouage n’est plus alors une manière d’afficher son appartenance à un groupe, à une tribu ou à un quartier, c’est un moyen de revendiquer son originalité, de séduire, de s’embellir, de provoquer, de compenser.

Certains adolescents le vivent comme un rite de passage et agissent parfois sur une impulsion qu’ils regrettent plus tard. Un tatouage correspond souvent à un moment important de la vie, agréable ou douloureux : naissance, décès, réussite personnelle ou professionnelle sont des exemples récurrents de raisons qui amène à se faire tatouer.

En 2003, 31% des jeunes français (de 11 à 19 ans) se disent tentés par un tatouage. Ce qui fait que de plus en plus de personnes se font tatouer ou acceptent mieux le tatouage. Le tatouage est plus répandu aux Etats-Unis qu’en France, d’après un sondage de l’institut Harris Polls

En 2010, 40 millions d’américains seraient tatoués, ce qui représente 16% de la population contre «seulement» 10% des français selon l’institut IFOP.

Femme d’Afrique