Les légendes du catchs congolais

Edingwe, Dragon, City Train, Mabokotomo ; les “légendes » du catch congolais s’inventent tous les jours dans les faubourgs de Kinshasa. Amateurs de culturisme ou de magie noire, ils se disputent la gloire sur des rings de fortune. Issus de la rue, leur charisme forge respect et admiration, deux atouts majeurs dans les rues de « Kin la belle ».

Kinshasa reste l’une des villes les plus dense et animée du continent. Huit millions d’habitants, venu des quatre coins du pays pour trouver un refuge, un emploi, une famille. Dans ce perpétuel capharnaüm, on se débrouille, on s’adapte, on invente pour survivre. C’est comme ça qu’est né, il y a une vingtaine d’années le catch zaïrois logiquement rebaptisé catch congolais depuis la chute de Mobutu.

Aux dernières heures du jour, après avoir raccroché de leurs occupations, ils enfilent masques et tenues pour combattre. Alors que la chaleur du jour s’estompe, la parade motorisée des lutteurs draine les foules des rues poussiéreuses de Massina, Ngili et Matete, les communes périphériques de la capitale congolaise. Au son des fanfaristes accrochés sur le toit d’un « mbua » (carriole) repeinte au couleur nationale, une nuée d’enfants leur emboitent le pas. Ils crient et chantent le nom des catcheurs qui résonnent dans les ruelles. Bientôt, c’est tout le quartier qui vibre au son de la trompette et de la grosse caisse.

Le ring est monté à la hâte : quelques planches, une bâche, parfois un peu de sciures de bois pour amortir les chutes. Dans une arrière-cour, sur la terrasse d’un troquet, ou à même la rue, on s’échauffe à coup de Primus et de chanvre.

L’arbitre grimpe aux cordes. « Activez le jeu ! ». Commence alors les combat, plus ou moins arrangé. Les moins expérimentés entament les hostilités. Les rounds se succèdent, s’articulant sur le schéma classique du bon versus le méchant pour muter ensuite vers un autre schéma, celui du technicien versus le féticheur.

La montagne de muscle projette assez rapidement son frêle adversaire dans les cordes. Le sorcier plie sous les coups, son corps vole et retombe sur les latte de bois dans un grand fracas. Quand la situation paraît désespérée, le jeteur de sorts révèle alors sa botte sécrète. Il foudroie soudainement son adversaire grâce à ses gri-gri : collier magique, dance incantatoire voir même une bible. Le combat est remporté.
Bien sûr, le scénario se décline sous de multiples formes. Les « grands féticheurs » sont légion à Kin. Pas besoin de beaucoup d’entrainement pour faire une danse mystique, juste une bonne capacité à encaisser les coups et de quoi garder son public en haleine. Les plus audacieux oserons se planter une machette dans la tête, arracher les tripes de leur adversaire ou manger son œil. L’hémoglobine artificielle coulée, on passera aux apparitions de boites de sardines, francs congolais et petits animaux.

Mais les héros du ring ont la victoire modeste : « Kobeta libanga papa mundele » [on se débrouille,le blanc]. Au catch comme à la ville, ils se donnent en spectacle et récoltent ce qu’ils peuvent. Chauffeurs de Taxis, vendeurs ambulants, garde du corps pour les plus chanceux. La débrouille reste la principale source de revenu à Kinshasa.

Les lutteurs « pro » de Kin qui s’entrainent quotidiennement, n’aspirent que de se retrouver entre les corde de la World Wrestling Fight (WWF) : ils se moquent bien de ses catcheurs « du village ». Diffusés depuis des décennies, les émissions de catch américain entretiennent les rêves.

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Le guerrier « Masseke » (antilope en Lingala), catcheur congolais, posant dans son jardin. Les catcheurs congolais utilisent la magie noire pour terrasser leurs opposants. © Colin Delfosse
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« 6 bolites », un catcheur congolais, posant dans son jardin (Matete, Kinshasa). Les catcheurs congolais utilisent des sorts et des fétiches lors des combats. © Colin Delfosse
, par Colin Delfosse

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