La VIIème édition de Ndule Awards, l’équivalent congolais des Victoires de la Musique en France, a livré ses secrets le 24 décembre courant, dans la somptueuse salle de Béatrice Hôtel, mais pas forcément sur la Toile. Il est vrai que l’on n’a jamais fait l’unanimité même aux Grammy Awards, mais lorsque la contestation est au rendez-vous dans chaque rubrique ou presque, comme l’on peut constater pour la VIIème édition de Ndule Awards où dix rubriques sur dix-sept posent problème, il y a de quoi s’inquiéter.

La crédibilité de ce Prix en recevra un sacré coup, tant qu’on s’éloignera de la réalité des faits! Gros plan, uniquement, sur les rubriques, sujets à caution :

Meilleur événement: Festival Toseka. Organisé avec beaucoup de professionnalisme, l’événement du Théâtre de la Verdure est en passe de devenir certes une institution, mais je continue à chercher en vain son caractère musical! N’est-ce pas qu’on parle de « Ndule », donc « musique! ». En outre, l’on s’est marré comme des bossus avec de talentueux comédiens venus de divers horizons (c’est l’une des forces de Toseka); mais après leur départ, plus rien! Cependant, il y a eu, en 2015, un événement qui, même après que les rideaux soient tombés, se poursuit dans les rues, dans l’administration, bref dans notre société! En effet, le Festival « Fièrement ndundu », non seulement unique en son genre et aussi dans sa portée symbolique, a eu le mérite de commencer à changer le regard de notre société sur les albinos, ainsi que celui de ceux-ci sur eux-mêmes! Là, le jury de Ndule Awards a marché à côté de ses chaussures!

Sans doute que l’initiateur de ce festival cache une sorte d’Aimé Césaire qui, avec Léopold Sédar Senghor, Léon Gontran Damas…, transforme, dans les années 1930, une injure, « sale nègre » ou encore « négro », en une philosophie de combat, et qu’il va appeler « négritude »! « La négritude a été, écrit plus tard Césaire, une révolte contre ce que j’appellerais le réductionnisme européen. Je veux parler de ce système de pensée ou plutôt de l’instinctive tendance d’une civilisation éminente et prestigieuse à abuser de son prestige pour faire le vide autour d’elle (…) La négritude a été une prise de conscience et une acceptation de soi… »

Remplacez ici Nègre par albinos, et Européen par non-albinos (encore que l’albinos ait toujours subi un double racisme : celui du Noir et celui du Blanc). Et l’on comprend mieux le combat de Yan Mambo, l’on comprend mieux « Fièrement ndundu ! Andimi ki ndundu na ye, pe asepeli n’ango fort… », c’est-à-dire « l’albinos a accepté son albinisme et il en est fier ». Comme Césaire qui proclame lui aussi fièrement: «  Je suis un Nègre fondamental, je n’aimerais pas être un Nègre amateur! » Bon, Ndule Awards et « Fièrement ndundu » (j’insiste sur sa déclinaison musicale!), ce n’est que partie remise!

Un impact sans impacter

Prix de la Diaspora féminine: Claudia Bakisa. J’entends d’ici des voix d’Outre-méditerranée et d’Outre-Atlantique hurler: « Aza na niniooooo!!! », « qui est-ce ?». Bien sûr que c’est la jeune sœur de Djino Caporedji (un ancien de Wenge BCBG).   A-t-elle a eu à impacter véritablement à l’étranger? Prix de la Diaspora masculine. Le jury sait-il que Me Gims ne s’est jamais naturalisé français ?, Et par conséquent, il devait « avaler » cette palme, comme d’ailleurs celle de la Star de l’année attribuée à Fally?

Prix de la Révélation de l’année: Héritier Watanabe. Là aussi, le Jury a évolué par GPS, c’est-à-dire Guidé Par les Sentiments! Comment, à partir d’une séance de répétitions pleine à craquer depuis le trio Madjesi et d’un concert pris d’assaut par la communauté congolaise de Luanda, doit-on primer un artiste qui s’est déjà révélé aux côtés de Werrason! Robinio Mundibu l’aurait plutôt méritée, cette palme! « Ye yo, ye yo » déchire en effet dans tous les milieux chauds de la capitale! Prix Espoir: DJ Amarula. Et Innocent Balume dit Innos B dans tout ça, lui qui a été particulièrement productif cette année! Prix du Meilleur Mécène: Grévy Futila. Pour avoir été le plus « matolé? », « caillassé »? Toujours GPS!

Prix de l’Immortel: Franco Luambo Makiadi. Autant dire ce prix reste un vrai chèque en blanc aux contours flous, comme d’ailleurs le Prix de la Meilleure chanson Gospel! « Gospel eza ninioooo? Nzembo nionso oyo rythme elala, eza rumba te » ; tout comme toute chanson de Dieu aux influences américaines n’est pas du gospel!

Seul Prix consacré à nos meilleurs talents dans le domaine musical, Ndule Awards devrait être soutenu par le Gouvernement et par des annonceurs, pour lui donner une envergure supplémentaire susceptible d’impacter à l’international! Entre son impact futur et le présent, les organisateurs devraient y mettre beaucoup plus de rigueur et d’indépendance d’esprit.

(D.M.)