Enième opération d’identification pendant que les téléphones et « sim » se vendent dans la rue.

Depuis la publication de la Loi-cadre n°013/ 2002 du 16 octobre 2002 portant réglementation du secteur des télécommunications en République Démocratique du Congo, on assiste a une panoplie d’arrêtés ministériels fixant les conditions de souscription à l’abonnement téléphonique. On compte à ce jour, pas moins de quatre textes qui tentent de remettre de l’ordre dans un secteur où les téléphones et « sim » sont en vente libre aussi bien dans les « shop » des sociétés de téléphonies cellulaires quo dans les « ligablos » des villes et villages, à travers lus sentiers et los rues, dans les véhicules de transport en commun, à bord des trains, bateaux, baleinières et pirogues, autour des terrains de sports, dans les cours des écoles, instituts supérieurs et universités, devant les casernes des militaires et policiers, dans les débits de boissons, dans les cellules des prisons, chez les « chailleurs » (débrouillards ambulants), etc.

Congolais comme expatriés vivant sur le territoire congolais ne peuvent que s’étonner d’entendre parler d’une énième opération d’identification des abonnés des services des télécommunications dans un pays où le commerce des téléphones et « sim » est plus informel que formel. L’idée d’identifier les abonnés est certes noble, mais sa faisabilité s’avère, dans le contexte actuel, pratiquement impossible. Dans la pratique courante, fris rares personnes qui se font identifier automatiquement sont celles qui se présentent dans des points de vente officiellement agréés par les opérateurs de téléphonie cellulaire. En principe, l’opération en cours ne devrait pas les concerner, leurs coordonnées (noms, prénoms, profession, sexe, état civil, adresse de résidence, numéro de téléphone, etc) étant disponibles dans les fichiers des sociétés de téléphonie cellulaires ou des fabricants des cellulaires et leurs revendeurs agréés.

Obliger ceux qui étaient déjà en ordre, en amont, avec la législation en vigueur, de se faire de nouveau identifier auprès des mêmes services qui gèrent leurs « dossiers » sous le statut d’abonnés va leur causer un terrible désagrément.

Les statistiques qu’affichent régulièrement les uns et les autres, en termes de millions d’abonnés, supposent qu’ils maîtrisent les fiches signalétiques de ceux-ci. D’ailleurs, avant de renouveler une « sim » déclarée perdue, les opérateurs téléphoniques se réfèrent aux données enregistrées à l’achat d’un téléphone avec sim ».

Vers un nouvel échec?

D’aucuns s’interrogent sur les chances de réussite d’une nouvelle opération d’identification des abonnés de la téléphonie cellulaire dans un Etat où ils ont été soumis à pareil exercice plusieurs fois. Le doute tient au fait que les « sim » sont bradées par des vendeurs à la criée et des agents commerciaux temporaires des opérateurs cellulaires à 100 francs la pièce, tandis qu’un téléphone peut s’acquérir, toujours dans la rue, à moins de cinq dollars. Quiconque voudrait causer du tort à autrui ou porter atteinte à la sécurité intérieure ou extérieure du pays peut s’acheter autant des « sim » qu’il veut et les jeter après chaque appel.

Plutôt que de chercher à boucher des innocents, le gouvernement congolais ferait mieux de traquer des millions de « sim » en divagation à travers le pays. Même si pareille opération était lancée, il faudrait plusieurs décennies pour retirer de la circulation le stock incontrôlable et incontrôlé de « sim » en circulation aux quatre coins du pays, où la porosité des frontières et la pauvreté des agents chargés d’assainir l’environnement télécommunicationnel constitueraient de terribles goulots d’étranglement, de la machine de répression. Par ailleurs une opération de traque des vendeurs de « sim » pourrait porter un coup fatal au secteur des télécommunications, que l’on dit venir en seconde position après les mines en matière de taxes diverses au bénéfice du trésor public congolais mais aussi réduire à la misère des millions de jeunes et de chefs de familles en chômage, qui ont trouvé là un créneau inespéré de survie. L’Etat congolais va-t-il prendre le risque d’abattre sa poule aux œufs d’or au moment où plusieurs secteurs d’activités battent de l’aile?

Par Kimp