Le Président Joseph Kabila va parler au peuple dans la nuit du 31 décembre 2015 au 1er janvier 2016. C’est pour la troisième fois, dans pratiquement plus d’un mois, que le Chef de l’Etat  s’adresse aux Congolais. Une première depuis son arrivée au pouvoir, il y a environ quinze ans. Dans son dernier discours, il avait haussé le ton contre tous ceux qui refusent le dialogue au profit de ce qu’il a qualifié de ‘’complot’’ contre les institutions légalement établies. De même qu’il les avait mis en garde contre toutes menées subversives à Kinshasa ou à l’intérieur du pays.

Cette fois-ci, quel élément nouveau va-t-il apporter dans son discours ? On s’attend, certes, à ce qu’il présente ses vœux les meilleurs à la population pour l’année 2016. Du reste, il ne peut s’empêcher de développer encore des arguments en faveur de la tenue du dialogue politique. Il l’a déjà fait,  le 28 novembre dernier.

Le 14 décembre, devant les deux Chambres du Parlement réunies en Congrès, il a affirmé qu’il n’existait pas, en dehors du dialogue, d’autre issue pour débloquer le processus électoral. Les deux précédentes sorties du Président ont donné lieu à deux types de réactions dans l’opinion. Les pro et  anti-dialogue. Naturellement, la Majorité Présidentielle, avec ses appendices, a applaudi. Les opposants, eux, ont rejeté toute idée d’un dialogue conçu, selon eux, pour contourner la Constitution.

Bref, de profondes divisions. On espère que le discours du 31 décembre soit à la fois rassembleur et fédérateur. De l’avis de plusieurs éditorialistes, loin de s’afficher comme le chef de file de sa famille politique, Joseph Kabila ferait mieux de se placer au-dessus de la mêlée, question de rassurer tout le monde. Il y a beaucoup de non-dits sur lesquels les Congolais aimeraient avoir directement des réponses dans la prochaine allocution du Chef de l’Etat.

Des non-dits  à l’origine des soupçons de tout genre et qui, dans une certaine mesure, justifient le refus des opposants d’aller au dialogue. Il y en a qui accusent, à tort ou à raison, le Président de convoiter un troisième mandat et de travailler pour sa longévité politique. Les membres de la Dynamique de l’Opposition, le G7 et les autres ne s’en offusquent  point. Côté Majorité, des membres du Gouvernement n’hésitent pas à l’avouer publiquement. Mais, le Chef de l’Etat, lui-même, n’a jamais rien dit de tel. Aubin Minaku, le Président de l’Assemblée nationale, a déclaré, dernièrement, par médias interposés, que Joseph Kabila respectera la Constitution dans toutes ses dispositions.

Il terminait ses propos en rappelant que le Président Kabila partira le jour où un nouveau Président de la République sera élu. Aubin Minaku a également ouvert une brèche, laissant entendre que dans tous les cas, l’expression du peuple souverain devrait être respectée. Ces propos de Minaku sont en ce moment en train d’être analysés. Il ne dit pas en quelle année l’élection présidentielle aura lieu. Alors que l’un des  ses prédécesseurs au perchoir de l’Assemblée nationale, Olivier Kamitatu, se vante d’avoir réussi à organiser les élections générales de 2006,  Aubin Minaku, lui, s’en remet au dialogue.

Seul le dialogue, soutient-il, peut baliser la voie des élections libres et démocratiques. Il est sûr d’une chose. Son mandat de Député national expire, néanmoins,  en février 2017. Est-ce pour autant que les législatives nationales puissent avoir lieu en 2017 ? Il s’est abstenu de faire une affirmation à ce stade. Lorsqu’il parle de l’expression du peuple souverain, ses contradicteurs pensent au fameux référendum dont les moyens financiers seraient prévus dans le Budget de l’Etat 2016.

Dans ces conditions, le dernier discours de l’année 2015 du Président Kabila interviendra dans un environnement qui sent le venin. Le 16 février 2016, la CENCO a prévu d’organiser une grande marche pacifique pour la paix et le respect de la Constitution. L’on a appris aussi  que le PPRD, parti présidentiel, envisage de jeter les jeunes sportifs dans la rue, le même jour, pour soutenir le Président Kabila et l’initiative du dialogue. L’un des Secrétaires adjoints du PPRD, Emmanuel Ramazani  Shadari, a pris l’habitude, chaque dimanche, de mobiliser les jeunes sportifs, issus des quartiers défavorisés, dans le cadre d’une marche de santé qui se termine, généralement,  par un discours politique hostile à tous ceux qui s’opposent au dialogue.

En même temps, on fait état de la création d’une structure au sein du PPRD dénommée ‘‘Génération Kabila’’. Il s’agit, selon le Secrétaire général du PPRD, Henri Mova, d’une structure de la jeunesse du parti chargée de défendre les acquis du Président Kabila. Il reste que le recours aux sportifs rappelle des épisodes sombres des élections de 2006 et 2011. En 2011, des Kuluna, recrutés par les dirigeants de certaines formations politiques, sont entrés en action pour déstabiliser leurs adversaires. La suite, on la connaît. Ces jeunes gens sont devenus incontrôlables. Ils continuent à semer la désolation dans la ville de Kinshasa et dans certaines grandes villes du pays. En Afrique noire, les mouvements de la jeunesse des partis au pouvoir se révèlent très souvent contreproductifs. En Côte d’Ivoire, par exemple, les « Jeunes Patriotes » acquis à la solde de Laurent Gbagbo, aujourd’hui en détention, avaient  commis des crimes contre l’humanité pour lesquels leur principal chef, Charles Blegoudé hume de  l’air frais à La Haye, au fond d’une cellule de la CPI.

En face, on voit s’organiser les acteurs politiques de l’Opposition et les activistes de la Société civile, visiblement déterminés à barrer la route à ceux qui veulent violer la Constitution, pour mettre en application les dispositions de l’article 64 de la Constitution. A tel point que le Procureur général de la République est sorti de ses  réserves,  pour mettre en garde contre toute tentative de renversement des Institutions constitutionnellement établies. Le décor planté incite au surpassement. Le dispositif répressif montre souvent ses limites. D’où, la nécessité qu’il y a à dégager un consensus en vue des élections apaisées. Quoiqu’on dise, la stabilité du pays à court, moyen et long terme réside dans le respect des règles de jeu.  Le temps coule vite, voire  très vite. Le dialogue fait du surplace. Pendant ce temps, les acteurs politiques, toutes tendances confondues, étalent leur étroitesse de vue, jusqu’à ce que le ciel leur tombe dessus.

La Pros.